A propos de la cité Mistral

Publié le : , par  Roseline Vachetta

Sur ce quartier populaire la mort de deux jeunes, Adam et Fathi, poursuivis par la police interroge sur l’histoire du quartier et poussent les habitants à réclamer vérité et justice.

De la cité-jardin aux grands ensembles

En 1920, c’est la première cité-jardin de France. Ce sont des maisons et 4 petits immeubles avec jardins, services et commerces où 8000 personnes vivront dans ce quartier classé composé uniquement de logements sociaux. Dans les années 1960, la cité est peu à peu démolie, sans réelle concertation avec ses habitants, 1100 logements sociaux sortent de terre : des tours de 15 étages et des barres dont certaines atteignent 500 mètres de long. Le quartier jardin devient un grand ensemble de logements sociaux.

Une gentrification qui ne dit pas son nom

Le choix politique a ensuite été fait de loger dans ce territoire excentré du centre ville de Grenoble, les populations les plus pauvres, les immigrés venant d’Italie et du Maghreb, 35 nationalités y cohabitent plus ou moins bien. A partir des années 2000, l’ANRU* et la Ville mènent une politique dite de désenclavement. Les tours qui avaient fini par faire partie du paysage tombent. Des familles sont expédiées dans d’autres quartiers, voire d’autres villes, ils ne sont plus que 3000 à vivre dans ce quartier qui se dégrade. Les commerces de proximité et certains services publics disparaissent. Et depuis presque 20 ans, le quartier est un vaste chantier permanent de démolition / reconstruction. L’ANRU finance principalement la partie démolitions des projets et ce sont essentiellement les bailleurs sociaux, donc les loyers des locataires en grande partie, qui financent les rénovations et reconstructions. Les démolitions, une source de profits non négligeable pour les entreprises du BTP.

Un gouffre d’inégalités

Grenoble est une ville dans laquelle les inégalités sociales sont immenses. D’après différents documents d’analyse des besoins de la Ville, dans certains quartiers du centre, les revenus mensuels des habitants atteignent 2500 euros alors qu’ils ne sont que de 900 euros en moyenne à Mistral. 45% des 18-30 ans sont au chômage contre 27% de la même tranche d’âge dans le reste de la ville.

La défiance des habitants vis à vis des institutions est énorme, à la hauteur de leur conscience des discriminations et inégalités subies. Mais le service public le plus présent reste la police. Et comme le confirme le défenseur des droits J. Toubon, plus la violence sociale faite de suppression de services publics et de commerces de proximité et de pauvreté sont importantes et plus la présence et les violences policières augmentent. Jusqu’à des courses poursuites mortelles. Interviewé après la mort de Fathi et d’Adam, le délégué départemental FO des policiers reconnaît : "on poursuit parce qu’on ne sait jamais si on ne va pas déboucher sur des infractions plus graves commises antérieurement". Toujours la présomption de culpabilité ! Il faut rappeler encore que Fathi et Adam étaient poursuivis d’abord pour absence de casque et d’éclairage. De tels drames sont rendus possibles sur certains quartiers, par le cumul de discriminations, parfois à caractère raciste, d’injustices sociales permanentes et des actions de police particulièrement offensives. Une enquête judiciaire est en cours, les habitants exigent que toute la vérité et la justice soient faites sur la mort de ces deux jeunes.

Article publié dans Inter-Peuples n°275, avril 2019

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