Armes nucléaires : forte aggravation des risques

Publié le : , par  Marc Ollivier

Les dangers que font peser les armes nucléaires sur l’avenir de l’humanité se sont aggravés avec les décisions irresponsables prises sur ce terrain par le président des États-Unis Donald Trump : annulation de la signature des USA du Traité multilatéral avec l’Iran sur sa politique nucléaire (le "Plan d’action global commun" (JCPoA), nom officiel du traité), retrait des USA du traité avec la Russie sur la limitation de certains missiles (Traité FNI sur les forces nucléaires à portée intermédiaire), décision de ne pas exclure l’emploi de l’arme nucléaire en premier dans tout type de conflit militaire, annonce d’un programme pour moderniser à grands frais son arsenal nucléaire (suivi sur ce point par Emmanuel Macron), etc. Par ailleurs l’ensemble des pays disposant de ces armes, y compris la France de la République en marche, continuent à ne pas respecter le traité de non prolifération signé en 1968, qui dans son article 6 les oblige à négocier "de bonne foi" l’interdiction de leur usage et le désarmement des arsenaux existants.

Ces décisions irresponsables interviennent alors qu’à l’Assemblée Générale des Nations Unies, 122 états sur 192 ont voté le 7 juillet 2017 un Traité d’interdiction des armes nucléaires qui entrera en vigueur après sa ratification par au moins cinquante d’entre eux. Ce vote majoritaire a résulté d’une prise de conscience mondiale animée par l’ICAN (Campagne Internationale pour l’Interdiction des Armes Nucléaires) et il a entraîné des prises de position de nombreux citoyens dans les pays disposant d’armes nucléaires : aux États-Unis par exemple les municipalités de Baltimore, de Los Angeles, de Salt Lake City et Washington DC, ainsi que le congrès de l’état de Californie, ont adopté des résolutions appelant le gouvernement états-unien à soutenir ce traité, et de semblables résolutions sont en cours de signature par les états d’Oregon et d’Hawaii. Une forte mobilisation internationale se poursuit donc en faveur d’un désarmement nucléaire et notre avenir dépend de ses résultats dans les pays nucléarisés comme les États-Unis, la France, la Russie, la Chine, etc.

Dans ce contexte très préoccupant, nous diffusons ci-après une déclaration de David Krieger, Président de la "Nuclear Age Peace Foundation", dont il a été l’un des fondateurs en 1982, pour alerter l’opinion publique sur l’aggravation de ces dangers.
David Krieger est l’auteur et l’éditeur de nombreux ouvrages sur les dangers nucléaires, notamment de "ZERO : l’objectif pour l’abolition des armes nucléaires".

Ère nucléaire : l’Humanité flirte avec son extinction

La réalité la plus accablante et la plus effrayante de l’ère nucléaire est celle-ci : les armes nucléaires sont capables de détruire la civilisation et toute forme de vie sur la planète, et pourtant presque rien n’est fait à ce propos. L’humanité flirte avec son extinction et fait l’expérience du "suicide de la grenouille", comme si l’espèce humaine était plongée dans une casserole d’eau tiède (métaphoriquement en ce qui concerne les dangers nucléaires et littéralement avec le changement climatique) et nageait calmement dans l’eau pendant que sa température augmente vers son point d’ébullition. Dans cet article, je mets l’accent sur la métaphore de la casserole d’eau en train de chauffer jusqu’à devenir toute bouillante pour représenter les dangers nucléaires croissants qui menacent toute l’humanité.

Il est déconcertant qu’il n’y ait virtuellement aucune volonté politique de la part des nations possédant les arsenaux nucléaires pour modifier cette dangereuse situation en dépit des obligations légales de négocier "de bonne foi" pour mettre fin à la course aux armements nucléaires et pour décider un désarmement nucléaire.
Et on ne constate aucun effort sérieux parmi les les pays dotés d’armes nucléaires et ceux qui y sont associés pour obtenir leur élimination. Alors que les pays sans armes nucléaires ont négocié un Traité d’interdiction des armes nucléaires (TPNW, Treaty on the Prohibition of Nuclear Weapons) et s’efforcent de mettre ce traité en application, ces pays possédant de telles armes et ceux prétendant se mettre à l’abri sous leur protection n’ont pas soutenu ce nouveau traité.

Les neuf pays disposant d’armes nucléaires ont tous boycotté les négociations internationales sur l’interdiction et l’élimination des armes nucléaires.
Bien plus, chacun de ces pays est en train de moderniser son arsenal nucléaire, dilapidant ainsi des ressources appréciables pour les armes qui ne devraient jamais être utilisées, alors que pour des milliards de gens les besoins humains fondamentaux sont globalement insatisfaits et négligés.
En dépit de cette situation injuste et déplorable, nombre des 7 milliards d’habitants de notre planète semblent accepter les armes nucléaires. Cela ne fait qu’attiser le feu sous la casserole des grenouilles...
Dans l’ère nucléaire, l’humanité fait face à un défi comme jamais auparavant. Notre technologie, et particulièrement nos armes nucléaires, peut nous détruire avec tout ce que nous chérissons.

Mais avant que nous puissions répondre aux graves dangers, nous devons d’abord prendre conscience de ces dangers.
Le contentement de soi-même prend racine dans l’apathie, le conformisme, l’ignorance et le déni : c’est une recette pour le désastre. Si nous voulons l’emporter sur nos technologies, nous devons abandonner l’apathie pour l’empathie, le conformisme pour la pensée critique, l’ignorance pour la sagesse et le déni pour la prise de conscience du danger. Mais comment allons nous y parvenir ?

La clé est l’éducation, l’éducation qui promeut l’engagement, l’éducation qui oblige les individus comme les nations à faire face à la vérité sur les dangers de l’ère nucléaire.
Nous avons besoin d’une éducation qui mène à l’action et permettra à l’humanité de sortir de la casserole métaphorique pleine d’eau chaude avant qu’il ne soit trop tard.
L’éducation peut prendre de nombreuses formes, mais elle doit commencer par une solide analyse des dangers actuels ainsi que des critiques sur l’absence de progrès pour contenir ceux de l’ère nucléaire.
Nous avons besoin d’une éducation qui soit enracinée dans le bien commun.
Nous avons besoin d’une éducation qui fournisse une place aux voix des survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, qui mette en lumière l’instabilité et la nature dangereuse de la dissuasion nucléaire.
Nous avons besoin d’une éducation qui mette en question l’extrême arrogance des dirigeants qui croient que le statu-quo nucléaire global peut survivre indéfiniment face à la faillibilité et à la malveillance des humains.

Nous avons besoin d’une éducation qui puisse briser les réseaux de l’insanité nucléaire et mettre le monde en action. Nous avons besoin que l’opinion publique s’exprime et exige beaucoup plus de nos dirigeants si nous voulons nous extraire de la casserole d’eau bouillante, éviter un désastre et atteindre le sûr refuge du zéro nucléaire.

David Krieger
Texte original ici (traduction Marc Ollivier).

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