À propos de la révolte du peuple algérien

Publié le : , par  Marc Ollivier

Oui, on peut parler d’une véritable révolte populaire en Algérie.
Elle a éclaté fin février dernier lorsque le président-fantôme Abdelaziz Bouteflika postula pour un cinquième mandat. Connectés par les réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire, Algériens et Algériennes ont alors envahi par millions les espaces publics.

Premières conséquences : le Président a dû renoncer à se présenter une cinquième fois, puis il a supprimé les élections prévues le 18 avril en décidant de rester à son poste pendant une période de transition [1].

C’est alors que la révolte populaire s’est élargie, en exigeant cette fois le "dégagement" de tous les dirigeants du système : le nouveau Premier ministre Bedoui, le nouveau chef d’état intérimaire Abdelkader Bensalah, le président du Conseil Constitutionnel Tayeb Belaïz, le président de l’Assemblée nationale Mouad Bouchareb et même le chef d’état major Gaïd Salah, tous considérés comme de fidèles exécutants du système .

Depuis cette évolution radicale, on assiste à une cascade de tentatives pour maintenir ce système, à chaque fois rejetées par d’immenses manifestations. Et Gaïd Salah s’y montre sensible, pour tenter de maintenir son autorité sur une armée de conscrits dont la base est évidemment acquise aux exigences populaires. D’abord il a fait pression pour la démission du président, puis pour appliquer l’article 102 de la Constitution (qui permet de démettre le chef de l’Etat pour incapacité physique), ce qui conduirait à un président intérimaire et à des élections le 4 juillet prochain. Mais les magistrats ont refusé leur contribution au contrôle de telles élections et de nombreux maires ont aussi décidé de ne pas ouvrir les bureaux de vote. Le pouvoir a tenté alors d’utiliser la police le vendredi 12 avril (un étudiant en est mort) pour briser les oppositions. En vain : la police a été submergée par le nombre, pendant que des pancartes proclamaient "NON à l’article 102, mais une Algérie SANS EUX !" !
Du coup le chef de l’armée, lors d’une déclaration à Ouargla le 16 avril dernier, est revenu à son jeu de bascule : il a encouragé les Algériens à poursuivre leurs manifestations si elles sont pacifiques (ce qu’elles ont été depuis le début) et proclamé son engagement à les protéger, en critiquant les interventions musclées de la police.

On voit donc que la révolte populaire se poursuit en Algérie. Après avoir "dégagé" Bouteflika, elle s’oppose aux tentatives que cherchent à imposer ceux qui veulent maintenir leurs privilèges. Pour autant, cette révolte n’a pas encore produit de solutions pour garantir le retour du pouvoir au peuple, une gouvernance et une justice démocratiques et un développement économique bénéfique pour tous et toutes. Les observateurs estiment qu’elle va se poursuivre pour obtenir ces solutions qu’exigent des millions d’Algériens.

Signalons à ce propos un fait nouveau à Grenoble : le modeste rassemblement de soutien aux immenses manifestations algériennes qui se manifestait chaque dimanche devant le siège du consulat algérien depuis début mars a décidé de se produire samedi 13 avril après midi place Félix Poulat pour être plus visible. Les Grenoblois présents ont pu assister à un spectacle animé et sonore : les participants, agitant des drapeaux algériens, ont entonné à plusieurs reprises une chanson bien connue de la guerre de libération ("Min djebel ina" etc.). Ensuite ce rassemblement a été côtoyé par la manifestation des gilets jaunes, source de congratulations réciproques qui traduisent certaines analogies entre ce mouvement français et celui qui secoue toute l’Algérie.

Au Centre Inter-Peuples nous ne pouvons que soutenir de notre mieux ces deux profondes mobilisations populaires pacifiques, en France et en Algérie, pour rendre le pouvoir aux peuples, répartir équitablement les richesses produites par les travailleurs, exiger la justice, la fin de la corruption, et des violences policières.

Article publié dans Inter-Peuples n°276, mai 2019

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