Génocide rwandais : 25 ans d’impunité…

Publié le : , par  Jo Briant

Du 7 avril au 17 juillet 1994 : un génocide entraînant la mort d’au moins 800 000 hommes, femmes, enfants rwandais, en grande majorité Tutsis, a été perpétré, mais des Hutus opposés à cette extermination ont été aussi exterminés. Rappel : le Rwanda est un pays d’Afrique centrale, riverain du Congo (RDC), de la Tanzanie, du Burundi et de l‘Ouganda. Peuple agro-pastoral, colonisé par les Allemands à la fin du 19e siècle, placé en 1922 sous le mandat des Belges, devenu indépendant en 1962. Ce sont bien les puissances coloniales, y compris la France qui a organisé et armé les gendarmes et les militaires rwandais dès les années 1980-85, qui ont apporté et diffusé une lecture raciale (entre les Hutus et les Tutsis) selon la logique "diviser pour mieux régner".

Dès 1990, la France sait qu’un génocide est possible sinon probable…

En 1973, alors que des tensions et des massacres avaient déjà eu lieu, l’armée rwandaise essentiellement à composante hutue intervient avec le coup d’État du général Juvénal Habyarimana qui sera élu en 1978 et réélu en 1978, 1983 et 1988. A partir de 1990, la guerre civile oppose l’armée gouvernementale, équipée et encadrée partiellement par l’armée française, au Front patriotique rwandais (FPR), à majorité tutsie et réfugié en Ouganda. Dans les années 1992-93, il y a bien des négociations soutenues par la France, qui aboutissent aux Accords d’Arusha en août 1993. Mais le parti présidentiel (MRND), à composante hutue à 100%, est hostile à ces négociations et va jusqu’à relayer et soutenir les appels à éliminer les Tutsis, via notamment la sinistre radio "Mille collines". Des dizaines de milliers de machettes sont importées…

6 avril 1994 : les présidents rwandais et burundais (Juvénal Habyarimana et Cyprien Ntaryamira) meurent abattus avec leur avion (par un missile). C’est alors que va être déclenché et perpétré un génocide entre le 7 avril et la mi-juillet 1994, génocide qui répondait à la volonté criminelle du régime rwandais, mais c’est aussi le résultat d’une idéologie raciste. Depuis 1990, les extrémistes hutus au sein du régime, n’ont eu de cesse d’attiser la haine anti-Tutsis au sein de la population.

Silence des grandes puissances, soutien et complicité des autorités françaises

La France aurait pu arrêter dès les années 1985-90 son soutien au régime rwandais, alors que le projet génocidaire se dessinait de plus en plus et que le régime de Habyarimana, loin de s’opposer à ce projet, lui prêtait pour le moins une oreille complice. Compte tenu que la France (dont le président était François Mitterrand qui a osé dire après coup : "dans ces pays-là, un génocide ce n’est pas très important") encadrait partiellement la gendarmerie et l’armée rwandaises, et avait un pouvoir d’influence économique et géopolitique incontestable, elle n’a pas exercé de réelle pression pour enrayer l’escalade génocidaire. Pourquoi ? Sans doute l’explication essentielle : la France risquait de perdre pied dans ce pays aux portes de l’immense Zaïre (devenu République Démocratique du Congo) et ses immenses richesses minières, et plus largement dans cette Afrique de l’Est en grande majorité anglophone. C’est principalement pour cette raison qu’elle apporte donc avant puis pendant le génocide un appui à la fois militaire, diplomatique et financier au pouvoir rwandais. Ainsi se vérifie tragiquement et honteusement cette constante politique de la France comme des autres grandes puissances : le soutien aux régimes les plus violents, les plus corrompus est une constante dès lors que les intérêts économiques et géopolitiques sont en cause.

"Rwanda 1994 : France complice"
Action symbolique au pied de la statue de la République, à Paris, le 7 avril 2019
Photo Survie

Aujourd’hui L’État français continue de nier sa complicité… même si Emmanuel Macron vient de décide de faire du 7 avril une Journée officielle de mémoire de ce génocide. Mais sans rompre avec la logique du silence et le refus d’ouvrir sans restriction les archives classées "secret défense" aux historiens et chercheurs. Nous devons exiger, avec notamment nos amis de l’association Survie, la reconnaissance de la responsabilité partielle mais bien réelle de la France dans ce génocide, la dé-classification et l’accès au public de tous les documents officiels concernant non seulement ce génocide mais plus largement la politique africaine de la France depuis les indépendances (1960). Et limiter enfin les pouvoirs exorbitants de l’exécutif, notamment du Président, en matière d’envoi de troupes à l’étranger, de soutien diplomatique et militaire à tel ou tel régime. Un immense chantier…

Pour aller plus loin : le site de Survie

Article publié dans Inter-Peuples n°276, mai 2019

Point de vue sur...

AgendaTous les événements