Le nucléaire, une fausse piste pour sauver le climat

Publié le : , par  Olivier Potet

À l’heure de l’emballement du dérèglement climatique et des réponses urgentes à lui apporter en décarbonant nos modes de vie, et pas seulement l’économie, avec par exemple l’interdiction annoncée de la vente de véhicules à énergie fossile en 2040, à remplacer par des véhicules électriques ou à hydrogène (possible à produire sans gaz à effet de serre avec de l’électricité), se pose plus que jamais la question des sources d’électricité. D’autant plus que le modèle productiviste n’est pas remis en cause par les planificateurs, ce qu’il serait pourtant impératif de faire.

Les pro-nucléaires proposent une "solution" : pérenniser et développer leur filière, car elle serait faible émettrice de CO2, indépendante des caprices de la météorologie (vent, ensoleillement), rentable, garantissant l’indépendance nationale et ayant fait ses preuves. 
Cette option et ces affirmations appellent un certain nombre de remarques correctrices.

  1. Tout d’abord les nucléocrates, comme à leurs habitudes, ne mentionnent pas les risques de la filière qu’ils défendent : risques d’accident majeur (Tchernobyl, Fukushima), pollutions chroniques (lors de l’extraction de l’uranium, lors du fonctionnement des centrales, lors du retraitement des déchets) et gestion très problématique des déchets (dont certains hautement radioactifs et à très longue vie).
  2. Notons que la production d’électricité nucléaire n’est pas aussi indépendante de la météorologie que présentée : les centrales ont de gros besoins d’eau pour leur refroidissement et les sécheresses avec bas débit des fleuves peuvent entraver leur fonctionnement ; soulignons également qu’un événement climatique extrême peut endommager gravement le fonctionnement d’une centrale. Par ailleurs, lors des canicules, les centrales réchauffent les cours d’eau au détriment de la faune aquatique.
  3. Rappelons que l’uranium "français" est importé d’Afrique et que cette situation alimente la volonté de nos gouvernements de vouloir prolonger leurs interventions politico-militaires dans la zone dans le cadre de la FrançAfrique, en défense, entre autres, des intérêts d’approvisionnement de cette filière.
  4. Malgré ces objections, ce que ne font pas les nucléocrates c’est une comparaison fine de leur choix de drainer les principaux investissements énergétiques vers leur filière par rapport à un choix qui serait celui d’investir massivement dans des alternatives également faiblement émettrices de CO2 (le nucléaire émet du CO2 de façon non nulle). En effet si les capitaux vont dans le nucléaire ils ne se dirigeront pas, ou marginalement, vers l’éolien ou le solaire (photovoltaïque ou pas). La France se lierait donc au nucléaire pour encore longtemps, puisqu’il s’agit de construire une nouvelle tranche d’une nouvelle génération de centrales (les EPR). Or la construction de ces centrales est très longue (prévue en 10 ans, mais les imprévus de chantier peuvent doubler ce temps) : on ne peut pas dire que ce choix réponde dans l’urgence au défi climatique. De plus, tous comptes faits, le kilowatt heure nucléaire est cher.
  5. Les nucléocrates français veulent faire de leur filière EPR un objet d’exportation d’excellence compétitif. Outre le fait que les engagements pris en termes de délais ne sont pas tenus et sont très coûteux en pénalités (voir l’exemple finlandais), cette technologie ne correspond pas aux besoins des pays du Sud les moins développés sur le plan énergétique qui ont besoin de technologies légères, en partie décentralisées et le moins polluantes possible, ce qui correspond au profil des vraies énergies renouvelables.

Non l’avenir climatique ne passera pas par des EPR partout !

Le 20 mai 2019

Pour aller plus loin : https://www.sortirdunucleaire.org/nucleaire-climat

Article publié dans Inter-Peuples n°277, juin 2019

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