Production et ventes d’armes françaises : NON à ce commerce de la mort

Publié le : , par  Jo Briant

Malgré des frappes tuant des civils, la France continue de vendre et de livrer des armes à la coalition arabe au Yémen, alors qu’il est prouvé que Paris sait pertinemment que ces armes sont bien utilisées pour bombarder, mitrailler, faire couler le sang des Yéménites, dont des milliers d’enfants. Un mensonge d’État, révélé le 10 avril dernier, sans contestation possible, par six organes de presse (dont l’ONG-média Disclose, Mediapart, Konbini, Radio France, Arte et The Intercept) qui ont publié les éléments d’un rapport classé "confidentiel défense" sur l’utilisation d’armes françaises au Yémen. De même qu’il est prouvé qu’en août 2013 "nos" blindés et "nos" mitrailleuses ont été utilisés massivement le 14 août 2013 Place Rabaa al Adawiya, au Caire, pour semer la terreur et tuer au moins 1000 personnes, dont de nombreux jeunes, qui manifestaient pacifiquement pour la liberté et la justice sociale en Egypte. Deux exemples parmi tant d’autres d’une politique mortifère voire criminelle qui soulève une question centrale : pourquoi n’y a-t-il en France aucun débat possible sur cette politique de production et de ventes d’armes ? Alors que dans un pays comme l’Allemagne - qu’il n’est pas question d’ériger en modèle - un ordre d’arrêt des exportations d’armes vers l’Arabie saoudite a bien été pris jusqu’au 30 septembre 2019 précisément à cause de l’utilisation possible de ces armes au Yémen. Une telle décision est quasiment impensable en France. Pourquoi ? Parce que la Constitution de la 5ème République adoptée en 1958 prévoit de conférer au Président de la République le pouvoir exclusif de la politique extérieure de la France. Aucun débat parlementaire digne de ce nom ne s’est jamais imposé dans l’espace public français. Et pourtant, a plusieurs reprises, sous la présidence d’Emmanuel Macron, comme sous celle de François Hollande, des députés et des sénateurs communistes, écologistes et de la France insoumise ont tenté d’alerter sur ce sujet des ventes d’armes – mais pas sur l’industrie de l’armement, sauvegarde de l’emploi oblige ! - mais en vain. En juin 2018, la France insoumise avait demandé la création d’une commission d’enquête sur les ventes d’armes françaises à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. En février 2019, le député non inscrit Sébastien Nadot a déposé une plainte contre la France auprès de la Commission européenne "pour manquement au droit de l’Union européenne". En vain.

En fait, l’épineuse question des ventes d’armes est circonscrite en France aux ministères de la Défense et des Affaires étrangères, d’où n’émane aucun communiqué, aucune information. In fine, c’est Emmanuel Macron, comme ce fut le cas de toutes les présidences, qui décide et clôt le débat, avec son VRP de la défense, Jean-Yves Le Drian. La France n’est cependant pas la seule parmi les puissances occidentales à connaître des problèmes de démocratie dès lors qu’il s’agit de respecter le TCA (Traité sur le commerce des armes), Traité de l’ONU adopté le 2 avril 2013 et entré en vigueur le 24 décembre 2014 et qui interdit toute vente d’armes dès lors qu’il est probable sinon certain que ces armes peuvent être utilisées par un belligérant. Parmi les 87 États qui ont ratifié le traité – dont le Royaume Uni, le Japon, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la France, au contraire des États-Unis, de la Russie, de la Chine ou encore d’Israël - bon nombre de ces pays, dont la France, ne le respectent pas. En cause, le chantage à l’emploi brandi de façon systématique par les gouvernants. Il sera toujours très difficile, sinon impossible de s’opposer aux ventes d’armes tant que l’industrie française d’armement sera l’un des piliers de notre économie. L’industrie française d’armement représente un chiffre d’affaires annuel de 17 milliards d’euros et 165 000 emplois. Plus de 8% des emplois de l’industrie manufacturière relèvent de l’industrie de la défense : sur les 50 premières usines, 15 appartiennent à des groupes engagés dans la production militaire, actifs dans les secteurs aéronautique, naval, terrestre et nucléaire. Entrer 1990 et 2018, cette industrie a réalisé 30% de son chiffre d’affaires à l’export : elle est l’un des pôles clé de la "compétitivité" de l’industrie française. Et tout le secteur scientifique et technique français est par ailleurs profondément marqué par cette économie de guerre.

Quelles alternatives ?

Quelles alternatives, manufacturières, industrielles peut-on concevoir pour remplacer progressivement ces emplois "militaires" par des emplois socialement et écologiquement acceptables et utiles ? Le moins qu’on puisse dire est qu’en France aussi bien les organisations associatives, syndicales et politiques ne se sont pratiquement jamais investies dans cette réflexion pourtant essentielle et impérative. Un exemple est donné par la nouvelle production de turbines hydrauliques par l’arsenal de Brest. De concert avec une transition écologique absolument indispensable, impérative, il faut investir dans le développement des énergies alternatives (on estime à 500 000 le nombre d’emplois qu’une telle révolution pourrait induire) : une transition pacifique de notre industrie doit être mise en chantier. Un chantier trop peu exploré par les syndicats : on ne peut plus défendre l’emploi pour l’emploi, surtout quand ces emplois sont caractérisés par la production d’armes par essence mortifères et destructrices.
Le moment est d’autant plus grave que le président Emmanuel Macron se laisse embrigader par Trump dans une course folle aux armements. Une course folle, criminelle se traduisant par une augmentation continue du budget de la défense qui atteint 1,8 % du PNB, l’objectif étant d’atteindre 2 % ! Avec l’objectif caché de Trump et de ses alliés de l’OTAN d’imposer un nouvel ordre mondial soumis à leurs intérêts commerciaux. Nous devons nous opposer de toutes nos forces à de telles logiques militaristes, impérialistes. Décidément, le chemin vers une société démilitarisée est semé d’embûches et de terribles contradictions.
Dernier point, pour le moins central et gravissime : alors que le 1er juillet 1968 un Traité, le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire), a été signé par plus de 70 pays, il y a toujours 9 pays détenteurs de l’arme nucléaire : États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Israël, Corée du Nord, Inde, Pakistan. Certes, un certain mouvement de désarmement nucléaire a été conduit depuis la fin de la guerre froide. Mais le stock nucléaire – 15 000 ogives ! - reste plus que suffisant pour détruire la planète. Alors que toutes les puissances nucléaires, notamment la France, modernisent sans cesse leur arsenal, l’objectif d’un monde sans armes nucléaires semble aujourd’hui très lointain.
Le 7 juillet 2017, 122 pays, soit une écrasante majorité, ont approuvé un traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) à l’ONU… mais la France refuse de signer ce texte. Nous devons peser sur le gouvernement français, avec des organisations comme le Mouvement de la Paix et Sortir du nucléaire, pour faire en sorte que la France signe et ratifie elle aussi ce Traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) et instaure enfin, des mesures de désarmement concrètes et progressives. Avec Emmanuel Macron, obsédé par une augmentation du budget militaire, on en est loin…

Pour en savoir plus sur le commerce des armées et les marchands de mort, nous renvoyons nos lecteurs au dossier (papier) très complet réalisé par le Centre d’Information Inter-Peuples en août 2017, intitulé : "Au grand bonheur des marchands de mort : commerce des armes, à qui profite le business ?" (82 p., 6 euros).

Pour signer la pétition "La France doit ratifier le Traité d’Interdiction des Armes Nucléaires !" : https://www.sortirdunucleaire.org/Petition-TIAN

Article publié dans Inter-Peuples n°277, juin 2019

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