"Jusqu’au bout !" édito n°277, juin 2019

Publié le : , par  CIIP

Sur l’esplanade du quartier général des forces armées occupée jour et nuit, les Soudanais n’ont pas l’intention de quitter leur "village de la contestation", avant d’obtenir ce qu’ils veulent. Et ce qu’ils veulent, comme en Algérie, c’est plus que la chute d’un dictateur, c’est la fin du régime. Ils le clament haut et fort, ils et elles iront "jusqu’au bout" !

El Béchir aura donc régné 30 ans. Coupable d’organiser les disparitions d’opposants, les détentions arbitraires, les tortures, les viols et les massacres, dont ceux de 300 000 habitants du Darfour, il est sous le coup de mandats d’arrêt internationaux pour "crimes de guerre" et "crimes contre l’Humanité et génocide".

Mais la destitution par l’armée du dictateur n’a pas, là-bas non plus, sonné la fin d’un régime haï. L’armée, garde prétorienne et pléthorique façonnée par 30 ans de dictature, véritable ossature du régime, n’a pas hésité à lâcher un général-président devenu encombrant, mais n’entend absolument pas lâcher le pouvoir. Elle a donc imposé la création d’ un conseil militaire de transition pour deux années. Ce que refuse le peuple du Soudan appauvri et maltraité par des dizaines d’années de guerre civile et le rapt des richesses naturelles. Comme en Algérie ce que le peuple veut c’est dégager le régime.

Le mouvement a sans doute eu comme déclencheur le triplement du prix du pain à la mi-décembre 2018. Le nombre de chômeurs, l’un des plus élevés du monde, surtout chez les jeunes notamment diplômés, l’absence de perspectives pour sortir du sous développement tout cela a donné ensuite l’énergie nécessaire à la lutte. Le mouvement exige d’abord la remise du pouvoir aux mains des civils. L’APS (association des professionnels du Soudan) qui remplace les syndicats toujours interdits propose au débat un projet de constitution provisoire. S’y trouve une déclaration des droits des citoyens, une réforme de la justice, une décentralisation du pouvoir. Ainsi que l’instauration de plusieurs instances transitoires : un conseil présidentiel uniquement chargé de la représentation de la souveraineté du Soudan, un gouvernement civil, une assemblée constituante composée de 120 membres issus de toutes les régions, tous les partis et toutes les associations du pays et avec obligatoirement 40% de femmes. Pour l’adoption d’ une Constitution qui réponde aux besoins sociaux et aux exigences politiques des peuples du Soudan et la tenue des élections d’ici 3 ans.

Ils organisent des manifestations énormes (on parle d’1 million de personnes) et multiplient les débats ouverts et riches dont ils ont été privés pendant des dizaines d’années. L’espoir est renforcé par la fraternisation de soldats et de gradés avec leur mouvement. Les soldats du rang sont souvent issus des milieux populaires, leurs parents et leurs amis participent au mouvement. Ce qui réduit considérablement pour le conseil militaire ses marges de manœuvre pour écraser la résistance.
Si les peuples du Soudan et de l’Algérie gagnent c’est un nouveau vent de printemps qui soulèvera les peuples d’Afrique !

édito publié dans Inter-Peuples n°277, juin 2019

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