Radio Kaléidoscope (RKS) : 3 équipes évincées !

Publié le :

RKS (Radio Kaléidoscope) est une radio associative (fréquence : 97.0 FM) , dont le siège est au Village Olympique, créée juste un an après le Centre d’Information Inter-Peuples, soit en 1981. Une radio associative, pluriculturelle, qui a toujours ouvert son antenne aux associations interculturelles et de solidarité internationale (le CIIP est souvent intervenu sur les antennes de RKS), ainsi qu’aux populations étrangères et issues de l’immigration. Sans oublier son programme musical riche et coloré comme l’émission Black Planet, et les interviews et témoignages en différentes langues. Aussi avons-nous été stupéfaits lorsque des ami·es, dont certains sont adhérent·es au CIIP, nous ont récemment alerté·es et informé·es qu’un changement soudain, autoritaire, était survenu suite à un changement de direction. Changement radical, entraînant aussitôt la suppression immédiate de 3 émissions : "DégenréEs" (émission féministe), "Parloirs libres" et "Micro-ondes". Des ami·es qui intervenaient dans ces émissions se sont exprimé·es en dénonçant ce véritable "coup de force", protestation à laquelle nous ne pouvons que nous associer. Nous leur donnons la parole.

Médias locaux – Inquiétantes pratiques à radio Kaléidoscope

Question : Pour vous, c’était quoi radio Kaléidoscope ? 
Yvon : Pour moi, c’était une radio libre locale, ou du moins, une héritière des radios libres, avec une dynamique locale, sociale, culturelle, en marge des logiques commerciales. Kaléidoscope a une image de radio portée essentiellement par les bénévoles, avec souvent des émissions culturelles et politiques proposées notamment par des habitant·es issu·es de différentes vagues d’immigration à Grenoble (Italie, Chili, Maghreb,…). On y entendait des propos, des musiques, une tonalité qu’on n’entendait pas sur les radios commerciales. Kaléidoscope a cette histoire de radio non assujettie aux pubs et surtout de radio locale qui repose sur une dynamique associative et participative forte : "la radio la plus participative des radios grenobloises !". C’est encore un jingle qu’on entend sur radio Kaléidoscope, même si là, ce jingle n’est plus adapté à la réalité de l’association ! C’est devenu faux.
 
Question : Quel était votre projet en arrivant sur Kaléidoscope ?

Jeanne : Le projet de "Micro-ondes" s’inscrivait bien dans la démarche dont parle Yvon, avec l’envie de faire entendre des voix qu’on n’entend pas ou peu. Micro-ondes est une émission qui se veut le relais des luttes locales, un moyen d’entendre des personnes, des collectifs en lutte, des voix de premi·ère·rs concerné·es par des discriminations, des dominations. Micro-ondes veut retrouver une forme d’expression libre et pas fabriquer les débats à la place des gens en lutte. C’est une autre manière de faire de l’information.
Par ailleurs, ça nous faisait plaisir de rejoindre la radio où était produite et diffusée depuis plus de 15 ans l’émission DégenréEs qu’on connaissait bien. DégenréEs proposait de l’actualité, des analyses, des témoignages, des infos, des débats, des points de vue et des musiques, etc. de femmes, de lesbiennes, de trans "et autres monstres !" comme elles disent. C’est plutôt rare, et du coup très précieux d’avoir accès à des émissions comme ça.
Et au même moment que notre arrivée à Kaléidoscope, il y avait aussi des copines de "Parloirs libres", une émission lancée par des Grenoblois·es en septembre 2015, pour briser l’isolement des personnes détenues. C’est une émission d’appels et de messages pour les personnes prisonnières et pour leurs proches. Les messages pouvaient être passés en direct sur le téléphone de la radio ou bien laissés sur le Facebook de l’émission et lus après à l’antenne. Les émissions couvraient la Maison d’arrêt de Varces, ainsi que le centre de semi-liberté de Grenoble. Avec l’équipe de Parloirs libre, on se connaissant bien, parce qu’on était déjà ensemble sur radio New’s fm.
Bref, c’était motivant de se retrouver et de faire dynamique ensemble.
 
Question : Vous parlez au passé et vous dites que radio Kaléidoscope ne mérite plus son jingle favori. Alors, qu’est-ce que s’est passé ?
Yvon : Il y a eu un changement de direction à radio Kaléidoscope en 2018. L’ancien président ne pouvant plus exercer ses fonctions de président pour des raisons de santé, le nouveau président est arrivé. Pour préciser, les bénévoles de Kaléidoscope, celleux qui produisent les émissions comme nous par exemple, n’avaient pas accès au statut d’adhérent. Du coup, on n’a pas eu d’infos sur la manière dont c’est arrivé. A-t’il été nommé ? Élu ? En tout cas, il n’y a pas eu d’assemblée générale pour ça, ou alors, on n’en a pas été informé.

Jeanne : Il nous a fallu attendre février 2019 pour le rencontrer. Visiblement, il y avait beaucoup de choses à gérer et c’était compliqué d’organiser une rencontre avec les bénévoles avant. Nous étions super motivé-es d’être invité·es à notre première réunion associative qui rassemblait des bénévoles, le salarié, le nouveau président et un "assistant" de ce président qui s’est présenté comme un "expert radio" censé être là pour aider à développer la radio, dynamiser la grille des programmes et relancer la radio.
A ce moment là, nous avions tellement envie que ça marche et que se mette en place une dynamique interne qu’on ne s’est pas méfié. Le président s’est retrouvé avec pas mal de meufs des 3 émissions citées, habituées à fonctionner en collectif, habituées à réfléchir et à prendre des décisions collectives. Il y avait certes un petit décalage mais ce qui nous était renvoyé, c’était plutôt "nous avons besoin de vous, blabla, les émissions bénévoles sur des sujets qui touchent et concernent les habitants, c’est l’âme des radios locales, blabla". Il avait même été décidé de faire des réunions mensuelles, une mailing liste des bénévoles, pour qu’iels puissent être plus en lien les un·es avec les autres et plus impliqué·es au sein de la dynamique de la radio. Ça laissait présager que quelques chose de super allait se lancer.
Deux mois plus tard : "Vous ne pourrez plus émettre sur Kaléidoscope. Vous ne finissez pas la saison. On ne veut plus de vous. Pas la peine d’insister". "Vous n’êtes rien" a même exprimé le nouveau président de l’association à une bénévole plutôt émue et en colère face à cette brutale décision.

Yvon : Radio Kaléidoscope nous a annoncé le lundi 22 avril que trois des émissions de la grille des programmes sont supprimées ; et ce, sans discussion, sans ménagement, au détour d’un appel concernant une émission qui aurait dû être diffusée le lendemain. Il n’y a pas eu de courrier, pas de rencontre. Et d’ailleurs, c’est toujours le cas. Comment cette décision a été prise ? Dans quel cadre ? Par qui ? Avec quels objectifs pour le projet de la radio ? Nous n’avons pas reçu de véritable argument ou raison à cela sinon qu’elles n’entreraient plus dans la ligne "politique" de la radio.
 
Question : Qu’est-ce que ça vous raconte cette histoire ? Vous allez jusqu’à parler d’un putsch à Radio Kaléidoscope. Vous pensez vraiment que c’est le cas ?
Yvon : D’abord, on est très en colère. C’est humainement dégueulasse. Pour ma part, j’ai pas envie qu’on laisse ça passer. Mais il y a plusieurs choses à dire en fait. On peut commencer par le fait que le statut associatif est totalement dévoyé. Qui sont les adhérent·es de Kaléidoscope ? on ne sait pas. Les bénévoles que nous sommes n’avons pas possibilité d’être adhérent·es. Où sont-iels ? Y a t-il des assemblées générales ? Des rapports moraux, économiques ? Rien de visible pour nous en tout cas. Qui est garant du projet radiophonique, associatif et participatif de Kaléidoscope ? Ce devrait être chacun de nous !
Avec l’arrivée des radios associatives début des années 80, une volonté de l’État de remettre de l’ordre face à la montée des radios libres, qu’on appelait radios pirates à l’époque, bref, début 80, deux grands courants se sont dessinés : les gros groupes type Fun radio font des radios associatives des relais de leurs produits : pubs, contenus musicaux, infos... des programmes standardisés, uniformisés, insipides envoyés sur les ondes. C’est le modèle commercial. Et en marge, des radios associatives qui se revendiquent de l’histoire des radios libres, non commerciales, avec une dimension militante, participative forte, à la recherche d’expressions libres. Il y a donc un enjeu pour elles à ce que le statut associatif ne soit pas dévoyé, à ce que les adhérent·es aient du pouvoir et à ce que la dynamique s’appuie sur elleux.
 
Jeanne : C’est pour ça qu’on a parlé d’un "putsch en cours a Radio Kaléidoscope". Le nouveau président débarque avec son expert développeur issu des radios commerciales et, en quelques semaines, des émissions se font virer du jour au lendemain. Nous n’avons eu aucun levier, aucune personne vers laquelle nous retourner au sein de l’association. Le mec arrive et s’accapare un projet pour l’orienter comme il le souhaite. Il se comporte comme un chef d’entreprise, pas comme un président d’association soumis à son assemblée générale pour ses orientations et ses décisions. En fait, pour cette déjà "petite marge" de radios associatives, ça veut dire concrètement une perte de fréquence, la disparition d’un outil d’éducation populaire, de lutte, de liberté… Ça veut dire encore moins de diversité sur les ondes, moins de contradiction aux discours/sons diffusés largement sur les grands médias, moins de liberté, plus de normalisation… C’est grave. L’enjeu est bien sûr politique car on retrouve ici au niveau local comme au niveau nationale le même accaparement des médias par la logique du fric.
 
Question : Qu’est-ce qu’on peut faire ? Comment agir ?
Jeanne : d’abord, il faut que ça se sache et que Kaléidoscope ne bénéficie plus de l’aura de son histoire. Il faut que tout le monde se rende compte du tournant commercial et du putsch. Ce sont les habitant·es qui perdent un média libre. C’est pourquoi nous avons d’abord commencé par faire une campagne d’information où nous avons diffusé aux ami·es, associations, personnes interviewées et/ou passées par la radios, autres médias, dont les radios associatives locales… partout où on pouvait, en demandant de relayer et de réagir auprès de Radio Kaléidoscope.
Est-ce qu’il y a un moyen de contrer le putsch ? Que Kaléidoscope ne soit pas avalée par un projet commercial et vidé de son sens politique ? C’est le moment d’interpeller Kaléidoscope en tant qu’adhérent·es, ou tant qu’auditrice·teurs, ou en tant que personne souhaitant être adhérente pour réclamer une assemblée générale, révoquer le CA et la présidence. Avoir une autorisation de fréquence, c’est vraiment précieux. Idéalement, c’est une dynamique d’adhérent·es militant·es et de militant·es locaux qui serait importante, afin de maintenir un média libre et non assujetti pour qu’il reste à Grenoble un endroit où la parole des minorisé·es, des invisibles soient entendue et diffusée.
 
Question : Et vous avez des projets pour l’avenir ? Il va se passer quoi pour vos 3 émissions ?
On espère tout·es pouvoir poursuivre nos émissions respectives sur Radio Campus Grenoble. C’est en bonne voie.
 
Nous communiquons les coordonnées de RKS pour réagir auprès d’eux :
redactionrks chez yahoo.fr
BP 422 / 38018 Grenoble cedex 01
Tél : 04 76 40 63 62
Président : Jean MOSCO

Et pour nous joindre :
micro-ondes chez gresille.org

Agglomération grenobloise

AgendaTous les événements