Debout maintenant et non plus tard ou demain

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Alors que les mobilisations exigeant la démission de Jovenel Moïse de la présidence politique en Haïti se poursuivent [1], nous avons reçu ce texte de Abner Sptembre, rencontré par Philippe Savoye lors de ses pérégrinations en Haïti en 2017. Le sociologue haïtien exhorte les organisations paysannes et leurs leaders à se soulever.

Debout maintenant et non plus tard ou demain

La situation politique du pays empire de jour en jour. Des acteurs prennent position par des déclarations publiques comme le Forum Économique du Secteur Privé, des chambres de commerce et d’industrie, le Core groupe, des écrivains, l’université, l’église, des regroupements de journalistes, des partis politiques, des syndicats d’administration publique et privée, etc. D’autres ont envahi les rues de la capitale comme en provinces, pour exprimer leur raz le bol, pour exiger le procès pétro-caribe [2] et la démission du président de la république. C’est le cas des pétro-challengers, des partis et organisations politiques, des syndicats et de simples citoyens.

Mais, on n’a pas vu ni entendu vraiment certains groupes sociaux importants du pays, comme par exemple les acteurs touristiques dont les activités en pâtissent sévèrement depuis les dernières émeutes de février 2019, et plus particulièrement encore la paysannerie haïtienne. Pourquoi cette indifférence ou ce silence complice ? Où sont les organisations paysannes et les leaders paysans ? Pourquoi sont-ils en retrait jusqu’ici, alors que le paysan et son milieu subissent les pires injustices d’un système qui fait en grande partie sa fortune sur leur dos ? Sont-ils alors satisfaits de la situation et ne veulent pas de changement ? Doivent-ils attendre passivement un dénouement heureux de la crise pour jouir comme un vulgaire parasite du fruit de l’effort des autres ou ne doivent-ils pas au contraire mettre la main à la pâte pour faire changer les choses dans le sens qui profitera aussi à leurs besoins et attentes ? Comme le dit ce proverbe créole :

"Timoun ki pa kriye pa bezwen tete“ (un bébé qui ne pleure pas, c’est qu’il n’a pas besoin de téter).

Le drame qui se joue aujourd’hui n’est pas une équation uniquement avec ces deux variables : la politique et la corruption ou le dossier pétro-caribe. Il est plutôt plus profond, à la fois multidimensionnel et pluri-sectoriel. Seul séparément ou en réseau de copains pratiquant le même discours, on n’arrivera pas à juguler cette crise coriace créée par des acteurs se donnant eux-mêmes des assises économiques et un système de protection immunitaire. Il est donc temps que les organisations paysannes et les leaders paysans fassent montre de capacité à se mobiliser ensemble autour d’un agenda commun partagé pour défendre leurs droits et contribuer avec d’autres acteurs à l’émergence d’un autre système juste et équitable.
Autrement, ils resteront toujours marginalisés, en-dehors des centres et prises de décision, exclus des avantages auxquels ils ont droit conformément à la Déclaration universelle des droits humains, à la Constitution de la République et au Décret-loi portant création du CASEC [3].

Organisations paysannes et leaders paysans de tout le pays, mettez-vous debout pour manifester ensemble, de manière pacifique ou non violente, pour cracher fermement le refus du statu quo et pour le renverser une fois pour toutes, mais aussi et surtout pour devenir un interlocuteur incontournable dans le design du nouveau paysage sociopolitique et économique du pays. C’est maintenant et non demain.

Vallue, 15 juin 2019
Abner Septembre, Sociologue

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[2Petrocaribe est une alliance créée en juin 2005 entre les pays des Caraïbes et le Venezuela. Ce dernier, premier pays exportateur de pétrole brut latino-américain, permet aux pays membres de PetroCaribe de lui acheter le pétrole à des conditions de paiement préférentielles. En avril 2006, sous la présidence de René Garcia Préval, Haïti a intégré le Fonds PetroCaribe dont la gestion s’est avérée une vaste opération de corruption et de détournement des fonds publics ; un scandale politico-économique, qui implique quatre présidents haïtiens et six gouvernements. Pour en savoir plus : "Affaire PetroCaribe en Haïti", publié le jeudi 18 avril 2019 par Céline Guilleux.

[3Conseil d’Administration de la Section Communale, élu au suffrage direct pour 4 ans

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