En finir enfin avec la Françafrique ! Solidarité avec les peuples africains édito n°279, octobre 2019

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Dès la Conférence de Brazzaville (1944) il fut décidé qu’il fallait octroyer l’indépendance aux pays africains sous tutelle coloniale française. En 1960, en prenant bien soin de confier le pouvoir à une bourgeoisie et à des hommes comme Léopold Senghor au Sénégal, Houphouet-Boigny en Côte-d’Ivoire, ou encore Ahidjo au Cameroun relayé très vite par Paul Biya encore au pouvoir, tous prêts à servir les intérêts de l’ex-métropole. Et en constituant très vite une "cellule africaine", discrète, hors de tout contrôle parlementaire : tout un système que François-Xavier Verschave, fondateur de l’association Survie, dénomma "Françafrique". Tout ce dispositif secret, mafieux, criminel a permis des assassinats d’opposants africains, de nombreux coups d’État pour empêcher toute évolution qui menacerait les intérêts français. Quant à la politique française au Rwanda à partir des années 1985-1990, elle joua un rôle complice dans le génocide perpétré en avril 1994, génocide dans lequel furent massacrés au moins 800 000 hommes, femmes, enfants dans des conditions atroces, en majorité de la minorité tutsie. Aujourd’hui, c’est le soutien tout aussi inconditionnel aux régimes sanguinaires d’Idriss Déby au Tchad, de Paul Biya au Cameroun, de Denis Sassou-Nguesso au Congo Brazzaville et de bien d’autres. Et c’est le pillage des matières premières, agricoles et minières via les grandes entreprises comme Total, Bolloré… Ce sont les 20 bases militaires françaises qui permettent d’intervenir aussitôt dans n’importe quel pays africain francophone pour écraser toute révolte populaire. Sans oublier cet "outil" décisif de domination : le franc CFA, cette monnaie imposée dès les "indépendances" dans les pays francophones, empêchant ainsi toute autonomie monétaire et économique.

"Y EN A MARRE !", ont commencé à crier et tambouriner les chanteurs, rappeurs et de plus en plus de jeunes Africain·es à partir des années 2012-2013, contestant en même temps leurs régimes et la Françafrique. Septembre 2017 : de nombreuses manifestations se sont déroulées – et se déroulent encore aujourd’hui - pour dire non au franc CFA qui empêche tout développement autonome. Des procès, initiés par des associations africaines et françaises (Survie, Les Amis de la Terre) sont en cours actuellement contre plusieurs multinationales françaises dont Total qui exploitent le pétrole ou encore l’uranium dans des conditions iniques et destructrices (des populations et de l’environnement), en exportant leurs bénéfices dans des paradis fiscaux. Le gouvernement Philippe-Macron est dans la ligne droite de cet impérialisme néocolonial, soutient inconditionnellement les Idriss Déby, Paul Biya et autres chefs d’État africains. Au-delà des dénonciations, nous devons être solidaires des révoltes et des revendications - dans des conditions difficiles, parfois héroïques - des populations et des militant·es africain·es. Oui, il faut en finir enfin avec ce système mafieux de la Françafrique et cette exploitation éhontée des économies africaines. En lien étroit avec les mouvements sociaux, populaires qui traversent et ébranlent les sociétés africaines. Assurément une lutte prioritaire qui nous engage…

Édito d’Inter-Peuples n°279, octobre 2019

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