ATTAC-Isère au Contre-sommet du G7 de Biarritz, août 2019

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Nous avons demandé à nos amis d’Attac de restituer les objectifs et les temps forts du contre G7 (21-26 août dernier), à une trentaine de kilomètres de Biarritz où s’est déroulé le G7 du 24 au 26 août. Il s’agissait pour l’essentiel de dénoncer cette prétention des grandes puissances de régenter l’ordre du monde, ou plutôt le désordre et la destruction accélérés d’un monde et d’une planète. Ce contre G7, en dépit d’une surveillance et d’une répression brutales, est parvenu par à travers ses rencontres et ses marches à faire entendre une autre voix, celle des citoyen·nes et des peuples en colère et en quête d’un tout autre monde, d’une toute autre planète.

À cheval sur la frontière avec l’Espagne, en plein pays basque, c’est à Hendaye et Irun, villes séparées par le pont-frontière, que s’est tenu du 21 au 26 août le contre-sommet du G7.
A l’origine de l’organisation, deux plateformes qui ont réussi à s’accorder sur l’essentiel, "opposer des résistances et des alternatives aux politiques incendiaires des 7 chefs d’Etat présents au G7".

  1. la plateforme "G7 EZ" pour les Basques avec 44 organisations (16 associations, 10 syndicats, 17 partis politiques) ;
  2. la plateforme hexagonale "Alternatives G7" avec 27 associations, fondations, syndicats, collectifs (CRID, ATTAC, CADTM, Confédération paysanne, Solidaires, LDH, etc.)

Tous les participants ont eu à cœur de dénoncer une gouvernance capitaliste qui impose avec violence un système au service des plus riches et des multinationales, et de manifester une opposition "au G7 et à son monde". En parallèle, il y a la volonté de promouvoir les initiatives qui se déploient pour la transition sociale, écologique et démocratique, dont celles mises en place au pays basque : chambre de l’agriculture basque au service du développement de l’agriculture paysanne, reconnue par l’État après une longue lutte ; l’Eusko, 1ère monnaie locale européenne [1], etc. Des conférences ont également permis des éclaircissement sur le processus de paix au pays basque et des échanges entre peuples sans Etat.

Le G7, groupe formé dans les années 1970 pour s’affranchir du cadre de l’ONU, ne semble plus, depuis quelques années, un endroit où de grandes orientations se prennent, car des tensions internationales divisent les puissances. Certains parlent plutôt d’"une opération de communication de l’oligarchie mondiale" [2] : les coups de communication ont été effectivement nombreux, par exemple le fait de placer le G7 sous le signe de la lutte contre les inégalités, ou les déclarations de Macron sur l’Amazonie.

Cependant, faire un contre-G7 est une occasion de s’opposer aux politiques mises en places par chaque pays (ou de manière bilatérale ou multilatérale pour les traités de libre échange), qui creusent les inégalités sociales, renforcent les dominations dues au racisme et au patriarcat, organisent l’industrialisation de l’agriculture, nourrissent l’industrie de l’armement, accélèrent les crises environnementales, lèvent des murailles pour empêcher la libre circulation des personnes les plus pauvres. [3]

En quelques jours, 3 à 4000 participant·es (français, basques, espagnols, anglais et allemands) ont planté leur tente sur le site du campement autorisé par les autorités dans les locaux d’une ancienne colonie de vacances, à deux pas de l’océan mais à des kilomètres des salles et lieux de l’activité militante ; une navette avait été mise à disposition des participant·es même s’il fallait effectuer un trajet de 2 km à pied pour arriver à son point de départ ! et autant le soir pour rejoindre le campement ! Mais sur le site, l’accueil, l’ambiance entre les gens étaient réconfortants et l’organisation bien pensée, avec l’apport de collectifs divers (équipe juridique, équipe de soins, cantines autogérées, village des Gilets jaunes), et la participation de chacun·e aux tâches.

Le programme prévoyait une grande manifestation le samedi 24, des rassemblements "arc-en-ciel" sur 7 places entourant le lieu du G7 le 25 et 3 journées de rencontres et d’échanges du 21 au 23 août. Celles-ci ont compté 200 intervenants pour 40 conférences traduites en 4 langues, 50 ateliers et des rencontres zadistes de NDDL, Gilets jaunes, Jeunesse basque sur 4 pôles répartis sur les 2 villes d’Hendaye et d’Irun, et portant sur 7 thématiques centrales des luttes : le capitalisme, l’environnement, le féminisme , les peuples, la démoKratie, l’impérialisme et les migrations.

En marge de ce qui était programmé et annoncé en avance, de nombreuses actions ont eu lieu également. Le 22 une marche féministe en mixité choisie [4] s’est déroulée avec une belle énergie. Le 23 ont eu lieu, d’une part, une marche visant le blocage de ronds-points à Urrugne et d’autre part, une action non violente conduite par 6 associations pour paralyser l’usine Monsanto de Peyrehorade (Landes). "Les multinationales sont les grandes gagnantes du monde du G7. Cibler l’une des pires d’entre elles, Bayer-Monsanto, qui empoisonne les paysans, les champs et nos assiettes, c’est montrer l’inaction coupable des États", explique Raphaël Pradeau, pour Attac.

Manifestation contre G7
24 août 2019

La grande marche pacifique du 24 entre Hendaye et Irun a rassemblé entre 10 et 15000 personnes : gilets jaunes, altermondialistes, écologistes et féministes, dont de nombreux basques ; tous porteurs de slogans, banderoles, pancartes , avec parfois un aspect plus "artistique" (drapeau français "revisité" pour symboliser le métissage du peuple, marionnettes géantes des chefs d’État du G7,...). Le 24 également, des centaines de personnes ont convergé vers Bayonne pour une tentative de rassemblement, qui a été réprimé sévèrement par les autorités. Le 25, une "marche des portraits" a eu lieu à Bayonne (ANV, Alternatiba, Bizi) avec certains des portraits présidentiels décrochés des mairies, et une marche de soutien aux gardés à vue a été organisée devant leur lieu de rétention.

Le consensus d’action validé en amont par les plateformes insistait sur le caractère pacifique des actions, en excluant la confrontation avec les forces de l’ordre (au profit de techniques de résistances non-violentes). Il était exigé en échange leur retrait de tous les endroits de regroupements, dont le campement, dans le but d’assurer la sécurité des personnes. En amont du contre-sommet et au cours des AG sur le campement, le fait d’éviter la confrontation avec la police a donné lieu à de nombreux débats entre militant·es. Certains collectifs, n’approuvant pas ce consensus ont préféré quitter la plateforme ou le campement (Collectifs Indar Beltza et IPEH Antifaxista). Un point de vue défendu notamment par des membres de la plateforme basque consistait en une stratégie de montée en puissance des actions, strictement pacifistes jusqu’au samedi, puis s’orientant vers la désobéissance civile ou les blocages le dimanche et lundi.

Si la manifestation Hendaye-Irun du 24 a pu se dérouler avec une présence déportée à quelques dizaines de mètres des forces policières, d’autres ont donné lieu à une répression acharnée. Sur le camp, la police n’était pas loin non plus, avec notamment des rotations régulières d’hélicoptères au-dessus du camp, et des relevés de plaques et contrôles d’identité sur le parking. Le 23, les forces de l’ordre ont poursuivi des activistes rentrant de la manifestation de blocage des ronds-points, et sont venues à l’abord immédiat du campement. Des affrontements ont alors éclaté avec des tirs de projectiles et l’usage de gaz lacrymogène et de lanceurs de balle de défense. Le même type de confrontation s’est poursuivi la nuit suivante. Au delà de la position de chacun·e sur la bonne manière de défendre le campement contre une intrusion policière (comme cela avait été le cas à Gênes en 2001), reste la question de savoir pourquoi la police est venue si proche du campement à des moments de repas ou de repos.

Au total la répression du contre-G7 se solde par 168 interpellations, 119 gardes à vue – dont 3 observateurs des pratiques policières parfaitement identifiables [5], de nombreuses arrestations préventives, de multiples contrôles d’identité, des manifestant·es nassé·es durant plusieurs heures, l’incarcération de 3 jeunes allemands et plusieurs participants espagnols reconduits à la frontière.
En voie de conséquence, face au déploiement surdimensionné de la répression, et suite à l’arrestation d’une personne partie en reconnaissance, les organisateurs du contre-sommet, considérant que "la sécurité et l’intégrité des militants" n’étaient plus garanties, ont fini par annuler les 7 rassemblements non violents et symboliques prévus le 25.

Nous déplorons l’intensification de la répression policière sur les mouvements sociaux : il n’est pas supportable de mener une action pacifique sous la menace de la violence policière et judiciaire de l’Etat. Nous revenons tout de même riches des nombreux échanges et réflexions que nous avons pu avoir durant ces ces quelques jours.

Marine et Liliane
ATTAC 38

Article publié dans Inter-Peuples n°279, octobre 2019

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