Cette Amazonie qui brûle : Pourquoi ? Quelles alternatives ?

Publié le : , par  Jo Briant

Juillet-août 2019 : des milliers d’incendies sont déclenchés dans la forêt amazonienne, non seulement dans sa partie brésilienne mais aussi dans l’Amazonie bolivienne, péruvienne, paraguayenne.

Selon l’Instituto Nacional de Pesquisas Espaciais (INPE), organisme brésilien officiel d’observation et d’alerte qui recense chaque jour les incendies en Amazonie, 75 336 feux ont été observés en huit mois au Brésil, dont 40 000 décomptés dans la plus grande forêt tropicale du monde, entre le 1er juillet et le 31 août 2019. Certes chaque année, à cette période de l’année, des incendies se produisent naturellement pendant la saison sèche. Mais les incendies de forêt se multiplient du fait de l’activité agricole, agro-industrielle, de la production de plus en plus intensive de soja (exporté notamment en Europe, surtout en France, pour l’alimentation du bétail). Feux et défrichages légaux et illégaux, agriculture sur brûlis encouragés incontestablement par le président Jair Bolsonaro, défenseur des gros propriétaires terriens et d’une agriculture intensive. Ces incendies émettent une quantité très inquiétante de monoxyde et de dioxyde de carbone, et la forêt amazonienne stocke et convertit de moins en moins le dioxyde de carbone en oxygène. Un désastre écologique, non seulement pour le Brésil et les autres pays amazoniens mais pour l’ensemble de la planète.

La faune… et les peuples autochtones gravement menacés

En plus des dommages environnementaux, cette agriculture sur brûlis et ces incendies ont d’ores et déjà causé, depuis une dizaine d’années la mort d’un grand nombre d’animaux et complètement perturbé leurs habitats naturels. De nombreux animaux vivant dans la jungle amazonienne ne sont pas adaptés à ces incendies à grande échelle : les paresseux, les fourmiliers, les grenouilles sont les animaux les plus touchés en raison de leur petite taille et de leur faible mobilité. Les espèces aquatiques sont aussi affectées car les incendies modifient la composition chimique de l’eau. Dans la partie amazonienne de la Bolivie, 500 espèces animales, dont 35 endémiques, sont menacées par les incendies. Mais en plus de ces dommages environnementaux, ces incendies et cette agriculture sur brûlis menacent directement les peuples autochtones du Brésil résidant dans la forêt amazonienne.

L’Amazoni en feux
Une menace pour les territoires autochtones

Des représentants autochtones ont déclaré que les agriculteurs, les bûcherons et les mineurs (qui cherchent des minerais rares… si recherchés pour la fabrication de nos ordinateurs et autres smartphones, ou encore de l’or…notamment en Guyane Française qui fait partie de l’Amazonie), encouragés par le gouvernement brésilien, forcent ces populations autochtones à quitter leurs territoires. Les chefs de tribus et les membres d’ONG qui défendent les droits des peuples autochtones parlent même de génocide. Certaines de ces tribus ont juré de lutter contre tous ces auteurs de la déforestation afin tout simplement de survivre, l’association Survival qui défend les droits des peuples autochtones signalant que plusieurs membres de ces populations sont régulièrement tués. Ce qui est le cas aussi en Guyane : faut-il rappeler que la France partage une frontière de 450 km avec le Brésil, et une partie de la forêt amazonienne est située sur le territoire de la Guyane. Et que cette forêt guyano-amazonienne est dévastée, certes par des incendies, mais surtout par des milliers de chercheurs d’or que les autorités françaises laissent opérer dans des conditions épouvantables d’extraction.

En cause : tout un système agro-industriel… quelles résistances ?

C’est bien tout un système agro-industriel – au Brésil, mais aussi dans le monde, en France…- qui est responsable de ce désastre. L’agriculture industrielle est responsable des 2/3 de la déforestation qui sévit en Amazonie mais aussi dans d’autres écosystèmes. Jair Bolsonaro a entrepris un démantèlement systématique de la politique environnementale du Brésil. Emmanuel Macron a certes reconnu que la France "a sa part de responsabilité en raison de ses importations de soja", mais lui et son gouvernement n’ont nullement l’intention de s’attaquer réellement à ces importations, et encore moins au modèle agro-industriel. Ni de renoncer aux accords commerciaux comme le CETA ou le Mercosur qui sont basés sur ce modèle productiviste et consumériste. Ni de s’attaquer à la surconsommation de viande – on consomme beaucoup trop de viande en Europe notamment en France-, surconsommation qui n’est possible que par la destruction de la forêt amazonienne pour lui substituer l’élevage bovin et la production de soja.

Ces incendies et cette politique agro-industrielle de Bolsonaro ont suscité de vives réactions à la fois au Brésil et dans le monde. Au Brésil d’abord, de nombreuses manifestations se sont déroulées aussi bien à Porto Alegre, à Sao Paulo, à Rio de Janeiro que dans de nombreuses autres villes. Une pétition a été mise en ligne sur Change.org par l’avocat brésilien Gabriel Santos, qui habite Rio Branco au cœur de l’Amazonie, pour exiger du gouvernement brésilien qu’il change de politique et cesse immédiatement d’encourager ces incendies, et exiger une enquête pour déterminer les causes et les responsabilités [1]. En 48 heures, elle a recueilli plus de 2,4 millions de signatures. De nombreuses célébrités et des athlètes ont exprimé leurs préoccupations et leur soutien à travers internet. Le 23 août, à l’appel des mouvements écologistes Extinction Rebellion et Fridays for future, des manifestations ont eu lieu devant les consulats et ambassades du Brésil en Europe, et sur le continent américain.

Au-delà de la dénonciation de ces incendies, c’est à tout un modèle de développement agro-industriel mais aussi d’alimentation qu’il faut s’attaquer, exiger le renoncement au CETA et au Mercosur, substituer peu à peu une agriculture familiale à l’agro-industrie, réduire d’au moins 50% notre consommation de viande. Sait-on que l’élevage du bœuf, du porc, de la volaille émet de grandes quantités de méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2 de l’atmosphère ? C’est bien tout un système de production et de consommation qu’il faut revoir…

Article publié dans Inter-Peuples n°279, octobre 2019

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