Passage de frontières dans les Balkans

Publié le : , par  Anne-Marie Barbezier

Nous rentrons de Bosnie-Herzégovine, découverte de ce pays aux montagnes somptueuses, aux nombreuses vallées encaissées. Sarajevo, ville en pleine reconstruction, foisonnante de projets, mais qui n’oublie pas son effroyable passé si proche dans les mémoires. Les cimetières et les stèles, innombrables dans tout espace vert de la ville, sont là pour le rappeler.
Il est 17 heures ce samedi soir et nous prenons place dans le bus. Direction Munich où nous devons changer de ligne. Il est bondé, de jeunes hommes bosniens [1] apparemment familiers du transport. Nous comprenons que, les congés terminés, ils rentrent retrouver leur travail en Allemagne. Main d’œuvre non européenne, très intéressante pour l’UE, mais aussi très fliquée comme nous allons le voir.

Nous somnolons, les autres passagers non. Il est 21h00, le car s’arrête, nous sortons de Bosnie et sommes sommées de descendre du car. Passeports en main. Il fait nuit, nous sommes en file indienne en attente de présenter le document devant un hygiaphone. Un enfant de 2 ans est dans les bras de sa mère, une petite fille de 6 ans attend sagement.

Nous repartons. Entrée 200 mètres plus loin en Croatie, nous redescendons, toujours en file indienne, pour un nouveau contrôle. Pendant ce temps un policier et sa lampe de poche scrutent tous les rangs du car, les soutes à bagages...
Nous repartons, le sommeil nous gagne, les Bosniens sont toujours en éveil.. Arrêt du car, il est 1h30 et nous sortons de Croatie. Il faut descendre et toujours le passeport en main... fraicheur de la mi-septembre, fatigue du voyage et nuit aidant, nous sommes à la traîne... File indienne.. Des images inhumaines et humiliantes, trop souvent vues, s’imposent à nous. Dans les bras de sa mère le petit enfant, enroulé dans une couverture. Elle court pour prendre la tête de la file et regagner vite le car.. Les parents portent la fillette endormie dans leurs bras.

Espace Schengen
Carte

Nous repartons. 200 mètres plus loin, entrée en Slovénie... Schengen !!! Une barrière immense pour un petit pays ! Nous sommes effarées par l’importance du trafic qui stationne là. Camions, voitures, cars de tourisme... lumières crues, bruits de moteurs, agitation des policiers sur les multiples quais... Des gens dehors, partout et en files... Bientôt nous descendons du car, nous resterons ainsi jusqu’à 3h10... Et en plus il pleut... les 2 chauffeurs patientent, en profitent pour s’assoupir sur le volant. Le troisième, chemise blanche, cravate et blouson, fait la navette entre le bâtiment de la police et nous. Nous comprenons qu’il doit être chargé par la société de bus de faciliter les opérations, veiller sans doute aussi sur les passagers pour éviter tout énervement qui serait malencontreux pour la suite du voyage. Le petit enfant et la petite fille sont autorisés à rester dans le bus jusqu’à ce que la file avance, passeports à la main.

Une dame parlant italien nous explique que ces opérations de contrôle se pratiquent depuis très longtemps déjà. Nuit et jour, sous 40° de température ou dans le froid de l’hiver... C’est Bruxelles qui veut ça dit elle, comme le fait d’avoir toujours 100 euros sur soi. La Croatie, admise trop récemment en Europe, n’est pas assez sure pour être chargée du contrôle de l’espace Schengen, mais la traque aux migrants s’y pratique quand même.

Nous remontons enfin. Les jeunes bosniens s’endorment, les gros contrôles enfin passés. Mais Schengen ne veut pas dire arrêt des contrôles. Entrée en Autriche, les policiers montent à bord.. Ils scrutent les passagers, prennent quelques passeports dont les nôtres qu’ils vérifient sur l’ordinateur avant de nous les remettre. Je comprendrai en cherchant sur internet que le contrôle classique à la frontière, dont celui des migrants, se double depuis 3 ans du contrôle des Européens qui auraient pu partir en Irak ou en Syrie et avoir des velléités de revenir en Europe..
Après un dernier contrôle à l’entrée de l’Allemagne, nous arrivons à 10 h à Munich. Nous avons un peu vécu ce que les autres, les non-européens, vivent régulièrement. Colère, contre l’Europe qui ne sait que se protéger, contre l’humiliation qu’elle fait vivre aux travailleurs dont elle profite. Nous refusons d’être de cette Europe.

Article publié dans Inter-Peuples n°280, novembre 2019

[1Les Bosniens sont les habitants de Bosnie-Herzégovine ; les Bosniaques désignent un peuple slave du sud (au même titre que les Croates, les Serbes, les Slovènes, etc.) à majorité musulmane.

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