Avec ces peuples qui se révoltent… édito n°281, décembre 2019

Publié le : , par  CIIP

Tout a commencé il y a plus d’un an avec le Soudan. C’est de Khartoum qu’est venu ce premier signal. Au mois d’avril 2019, après des mois de manifestations pacifiques et au prix de centaines de morts, les Soudanais ont chassé leur dictateur et arraché un gouvernement civil. En février ce fut le "Hirak" algérien : une mobilisation continue, inlassable, pacifique, déterminée qui se concrétise d’abord par la chute de l’inamovible Bouteflika, mais surtout par l’ébranlement de tout le système militaro-mafieux qui se cachait derrière la momie. Prochaine étape : l’élection présidentielle le 12 décembre que veut imposer le pouvoir… et dont ne veut pas la majorité du peuple algérien. Puis ce fut Port-au-Prince et la révolte du peuple haïtien, Hongkong, Quito en Equateur, Beyrouth et un peuple libanais qui se mobilise au-delà des divisions confessionnelles et où les femmes libanaises sont très présentes, c’est le peuple irakien qui tient toujours la place Tahrir malgré une terrible répression (au moins 400 morts à la mi-novembre). Plus près de nous, le peuple catalan se mobilise massivement contre la répression et l’emprisonnement des responsables politiques. Et, plus récemment, avec une force et une imagination collectives incroyables, c’est au Chili tout un peuple qui - en réaction à l’augmentation du prix du ticket de métro - conteste massivement tout un système néolibéral, capitaliste où tout (santé, éducation, culture…) est payant, et une Constitution ouvertement fasciste imposée par Augusto Pinochet en 1980.

Certes, chacune de ces révoltes populaires a ses particularités, mais les mêmes mots et les mêmes colères sont formulés, criés : inégalités, corruption, démocratie… Au-delà des revendications spécifiques on glisse vite aux exigences politiques de liberté, de démocratie, de partage des richesses et du pouvoir. Au-delà des distances, des continents, une nouvelle génération, féminisée - les jeunes sont majoritaires au sein de toutes ces révoltes - prend conscience de sa force, fait irruption sur la scène politique. Trente ans après la chute du Mur de Berlin, on persiste à nous ressasser que le libéralisme et le capitalisme sont désormais la seule voie possible. Une nouvelle ère est peut-être en train de surgir et d’émerger. A nous non seulement d’être solidaires de toutes ces révoltes populaires mais de nous engager ici en France contre tout un système d’injustices et d’inégalités qui se creusent chaque jour. Là-bas, ici, c’est le même système qui enfonce l’humanité dans une impasse sociale et climatique. Ces peuples, ces jeunes, ces femmes qui se révoltent nous appellent non seulement à une solidarité urgente mais nous indiquent la voie d’une contestation d’un système économique et politique de plus en plus destructeur et insupportable.

édito publié dans Inter-Peuples n°281, décembre 2019

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