Solidarité avec le peuple chilien

Publié le : , par  Jo Briant

Depuis le 20 octobre le peuple chilien se soulève massivement. Du refus de l’augmentation du prix du ticket de métro, les revendications se sont vite élargies contre les dégâts du libéralisme : privatisation de l’éducation, de la santé, de l’eau, du gaz, de l’électricité, des retraites, des transports ; La violence du capitalisme, tel qu’il s’est appliqué depuis 1973 avec la dictature de Pinochet, puis en 1975 avec le "tournant" néolibéral des "Chicago boys", s’est prolongé à partir des années 1990 sous les différents gouvernements civils, prétendument "démocratiques". Et même si la pauvreté a été divisée par deux depuis les années 1990, les inégalités sociales ont continué, elles, à s’accroître. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui l’économie du pays est dominée par sept grandes familles de la bourgeoisie chilienne et que 50% des travailleurs gagnent moins de 480 euros par mois (alors que le prix d’un aller en métro à Santiago est d’un euro). La "démocratie des consensus" qui naît en 1990 (chute du dictateur Pinochet et élection de Patricio Aylwin, "socialiste") a légitimé ce "modèle" et ses élites ont accepté de conserver (avec quelques réformes) la Constitution illégitime, répressive, anti-terroriste imposée par Pinochet en 1980.

Des premières mobilisations (2006-2011) à la révolte massive d’aujourd’hui…

L’explosion d’aujourd’hui a été précédée par des expériences et des révoltes antérieures, des grandes mobilisations ouvrières (2006-2007), puis lycéennes et étudiantes (2011). Il y a aussi eu les luttes moins connues mais tout aussi radicales des habitant·es des zones rurales dans les zones d’extractivisme et de projets de grand barrages, des Indiens Mapuche chassés de leurs terres et de leurs forêts primaires transformées en "forêts à bois" (pins, eucalyptus) et persécutés sous la loi anti-terroriste… On peut citer en outre les mobilisations importantes autour de la question du système des retraites, complètement privatisé. Sans oublier les luttes de la jeunesse précarisée des collégiens, des lycéens qui ont vite appelé à "frauder", à sauter au dessus des tourniquets du métro à Santiago, des femmes pour le droit à la contraception et à l’avortement...

Aujourd’hui, plus d’un million deux cent mille personnes se sont retrouvées dans les rues de Santiago le 19 octobre et des centaines de milliers au nord comme au sud du Chili. En réponse, le président Piñera a déclaré "Nous sommes en guerre", a appelé l’armée et a instauré un moment le couvre-feu. On dénombre plus d’une trentaine de morts, des milliers de blessés… et au moins 5 550 détenus.

Aujourd’hui, en cette fin novembre, face à cette incroyable détermination de tout un peuple, Piñera a été jusqu’à présenter des excuses au peuple chilien ( !) et à envisager une réforme constitutionnelle précédée par un référendum, espérant ainsi faire céder le mouvement social. Mais le peuple chilien, qui s’organise, se réunit et élabore dans de multiples réunions dans les quartiers et villages ("cabildos") une toute autre société, fondée sur la reconnaissance des droits sociaux, à la santé, à l’éducation, à un partage des richesses, ce qui passe par un changement constitutionnel et l’avènement d’une véritable démocratie sociale, économique et politique. Avec les amis chiliens et latino-américains de Grenoble, nous devons exiger de notre gouvernement et de l’Union européenne qu’ils se désolidarisent fermement, sans ambigüité de la répression menée par le gouvernement Piñera. Et nous resterons à leurs côtés pour soutenir la grève générale et les revendications sociales, économiques et politiques du peuple chilien.

Article publié dans Inter-Peuples n°281, décembre 2019

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