Bolivie : un coup d’État fasciste

Publié le : , par  Jo Briant

Une chape de plomb s’abat sur la Bolivie et une répression sanglante, criminelle a été aussitôt déclenchée par les putschistes qui ont renversé le Président Evo Morales, alors que le résultat de l’élection présidentielle du 20 octobre avait donné la victoire à Evo Morales, en présence de 320 auditeurs internationaux qui ont attesté du bon déroulement du scrutin. Et alors que ce même Evo Morales, devant ce coup d’État sanglant, se disait prêt à accepter de nouvelles élections. À la date du 20 novembre pas moins de 23 personnes, dont au moins cinq paysans indiens, avaient été assassinées. "Être indien et être de gauche anti-impérialiste est notre péché", a déclaré Evo Morales lors de l’annonce de son retrait. Avec l’administration américaine la plus viscéralement anticommuniste depuis longtemps, Evo Morales constituait à coup sûr une cible prioritaire. Quant à l’opposition de droite et d’extrême-droite, elle a montré son vrai visage en refusant de reconnaître le résultat de l’élection et en encourageant la police et l’armée à réprimer brutalement toute opposition. Quant à la responsable de l’opposition, Jeanine Anez, elle se proclame aussitôt "présidente par interim" (!), et elle twitte aussitôt : "Je rêve d’une Bolivie libérée des rites indigènes sataniques, la ville n’est pas pour les indiens. Il vaudrait mieux qu’ils aillent sur l’Altiplano ou au Chaco". C’est-à-dire à la très haute montagne ou à la savane quasi désertique. Et il fallait voir cette même Jeanine Anez arriver au palais présidentiel pour prendre - en toute illégitimité ! - possession des lieux en brandissant triomphalement une énorme Bible au-dessus de sa tête. Tandis que ses supporters criaient "La Bolivie pour le Christ, Pachamama n’entrera jamais dans ce palais" ! Depuis, la présidente autoproclamée s’est imposée par la force en absence de quorum après que la police ait chassé les élus du Mouvement vers le socialisme (MAS), majoritaire au Sénat. Depuis elle a menacé d’incarcérer le président Evo Morales en exil au Mexique s’il revenait au pays, et a évincé tout l’état major de la police et de l’armée. Rien de moins que ça !

Les raisons de ce coup d’État… et maintenant quelles solidarités ?
Les véritable raisons de ce coup de force sont d’abord la volonté des États-Unis de mettre la main sur les plus grandes réserves de lithium au monde et celle de l’oligarchie locale de mettre fin à la politique menée par Evo Morales de redistribution des richesses et contrôle des ressources naturelles par l’Etat. Le caractère raciste, patriarcal et fascisant, sinon fasciste, de ce coup d’Etat vise aussi à empêcher la participation d’Evo Morales à d’éventuelles nouvelles élections et chasser la population indigène de toutes sphères du pouvoir.
Non seulement il faut condamner sans ambigüité ce coup d’Etat contre la président démocratiquement élu, Evo Morales, mais il faut aussi dénoncer la persécution des militants du MAS et de la population indigène. Et exiger des médias de ne pas se rendre complices de ce coup d’Etat et de ce crime par le silence ou par le refus d’expliquer ce processus de confiscation brutal et illégitime… Nous devons en outre interpeller le gouvernement français et l’UE, exiger pour le moins qu’ils ne reconnaissent pas le gouvernement illégitime de La Paz. Le silence d’E. Macron à ce jour est pour le moins inquiétant et honteux. Nous appelons la communauté internationale – si tant est qu’elle existe réellement - à tout faire pour que soit rétabli l’état de droit en Bolivie et que cessent immédiatement les violences et la violation des droits du peuple bolivien. A Grenoble le Centre d’Information Inter-Peuples reste étroitement en contact avec les organisations et communautés latino-américaines pour informer le plus largement possible les Grenoblois·es de la situation en Bolivie et au Chili et s’associer à toutes initiatives solidaires qui seront mises sur pied…

Article publié dans Inter-Peuples n°281, décembre 2019

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