Algérie : forte majorité d’abstentions à l’élection présidentielle du 12 décembre dernier

Publié le : , par  Marc Ollivier

Les élections présidentielles imposées par le Chef d’état-major de l’armée Gaïd Salah ont abouti à l’élection d’un nouveau Chef de l’État illégitime en Algérie, puisqu’il n’a recueilli que les voix de seulement 20 % des électeurs inscrits sur les listes électorales. Un score très faible dû à une abstention massive (60 % des électeurs inscrits) et à des votes blancs et nuls importants (13 % des votants).

Résultats provisoires publiés par El Watan le 16/12/2019 :

  • Électeurs inscrits sur les listes : 24 464 161
  • votants : 9 755 340 (40%) - abstentions : 14 726 357 (60%)
  • Votes valides : 8 442 055 (86 % des votes exprimés)
  • blancs et nuls : 1 244 925 (14 % des votes exprimés)
  • Pour Abdelmadjid Tebboune : 4 947 523 (60 % des votes exprimés valides), soit 20 % des électeurs inscrits.

L’appel au boycott de ces élections, voulues par les chefs militaires qui gouvernent ce qui reste en Algérie du "régime Bouteflika", a donc été massivement entendu et suivi par le peuple algérien. C’est une preuve de son engagement pour faire aboutir les objectifs du "Hirak", ce mouvement social populaire à travers tout le pays qui réclame la fin du "système Bouteflika", la libération de tous les détenus d’opinion et une nouvelle constitution issue de la souveraineté du peuple.

Abdelmadjid Tebboune, ce nouveau président mal élu, ne pourra donc s’appuyer sur une véritable légitimité pour diriger son pays. Comme le président intérimaire "officiel" qui l’a précédé depuis le départ de Bouteflika (Abdelkader Bensalah), il sera entièrement dépendant du pouvoir de l’état major et de ses complices, qui maîtrisent encore illégalement les institutions publiques, les ressources de l’État et les forces de l’ordre.

Nous reprenons ci-dessous le communiqué du "Pacte de l’Alternative Démocratique (PAD)", publié dans le journal El Watan le 17 décembre 2019, qui traduit bien les réactions des organisations et personnalités politiques algériennes soutenant de mouvement populaire du Hirak.

Rejet massif de la "mascarade électorale" du 12 décembre : les forces de l’alternative démocratique saluent une "victoire populaire éclatante"

Les forces du Pacte de l’alternative démocratique (PAD) ont salué, hier, une "victoire populaire éclatante" du Hirak qui a rejeté massivement "la mascarade électorale" du 12 décembre, tout en réitérant leur exigence d’une "véritable transition démocratique". Cette "victoire populaire éclatante a été rehaussée par une mobilisation millionnaire historique durant les journées des 10-11-12 et 13 décembre sur tout le territoire national. Elle dément les résultats de ce énième hold-up contre la volonté populaire et les aspirations légitimes du mouvement révolutionnaire", ont souligné les forces du PAD dans une déclaration rendue publique, au lendemain d’un scrutin marqué par une abstention record et qui s’est déroulé dans un contexte de contestation massive.

"Ce coup de force du pouvoir de fait a été soutenu par une répression ciblée et massive à travers tout le pays et plus particulièrement dans les villes de Kabylie, de l’Oranie et à Annaba", ont estimé les forces du PAD, composées de partis de l’opposition (FFS, RCD, PT, PST, MDS, UCP), de la LADDH et de plusieurs personnalités politiques, d’universitaires, etc. [1]

Évoquant une situation "inadmissible", les forces du PAD "ont dénoncé vigoureusement cette escalade répressive et mettent en garde les tenants du pouvoir de fait autoritaire sur les conséquences gravissimes et irréversibles qu’entraînera l’usage de la répression contre le mouvement populaire révolutionnaire et pacifique". Elles considèrent que "la situation induite par le fait accompli institutionnel ne change fondamentalement rien au déni de souveraineté et à ses conséquences inacceptables subies par les Algériennes et les Algériens »".

Pour les partis du PAD, "la volonté de restaurer le système autoritaire est flagrante, la liste des arrestations, inculpations arbitraires et détenus politiques et d’opinion ne cesse de s’allonger, les entraves aux libertés et droits fondamentaux persistent et confinent à un état d’urgence de fait, le champ médiatique reste interdit à toute expression contraire aux intérêts des tenants du système autoritaire", lit-on dans le communiqué.
À ce titre, les forces du PAD exigent "que cesse immédiatement toute forme de répression, que soient libérés tous les détenus politiques et d’opinion et que soient levées toutes les entraves à l’exercice effectif des libertés démocratiques et de l’activité politique".

Les forces du Pacte de l’alternative démocratique ont réaffirmé "que seuls une véritable transition démocratique et un processus constituant souverain, qui pourraient être discutés dans la transparence dans une conférence nationale indépendante du système actuel, composée de participants du mouvement révolutionnaire et débouchant sur le départ du système, constituent un moyen permettant au peuple algérien de se réapproprier sa souveraineté pleine et entière". Enfin, les formations regroupées au sein du PAD "appellent les Algériennes et les Algériens à continuer à résister pacifiquement contre la dictature en déjouant tous les stratagèmes de divisions et de manipulations".

[1FFS : Front des Forces Socialistes - RCD : Rassemblement pour la Culture et le Démocratie - PT : Parti des Travailleurs - PST : Parti Socialiste des Travailleurs - MDS : Mouvement Démocratique et Social (issu du PAGS) - UCP : Union pour le Changement et le Progrès - LADDH : Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme.

Point de vue sur...

AgendaTous les événements