Fresque chilienne de Moirans

Publié le : , par  Bernard Déquier

Discours du 21 septembre 2019 lors de l’inauguration de la restauration de la fresque

Fresque chilienne de Moirans
Interprétation : Au centre, trois visages montrent la diversité des origines du peuple chilien : espagnole, africaine et indienne. Deux bras protecteurs s’étendent au dessus des enfants et se terminent par deux poings serrés en hommage à la bravoure du peuple Mapuche dont la résistance aux colonisateurs inca puis espagnol est légendaire. A gauche et à droite, sur fond des deux drapeaux nationaux, les enfants français accueillent les enfants chiliens exilés. Côté chilien, l’épi de blé symbolise l’espoir en un avenir meilleur.

La fresque peinte par la Brigade Pablo Neruda en 1979 était devenue presque invisible 40 ans après. Invisible mais pas oubliée. Elle restait dans les consciences : dans la conscience des Chiliens qui passaient la voir de temps en temps incognito ; dans la conscience des enfants de l’école Louis Pergaud, Aujourd’hui devenus adultes et enfin dans la conscience des Moirannais qui avaient bataillé avec succès en 1984 contre le fait du prince pour empêcher l’effacement de la fresque.

En juillet de l’année dernière, le projet municipal qui prévoyait le recouvrement de la fresque a réveillé toutes ces consciences qui sommeillaient. Ainsi est née presque naturellement l’association des "Amis de la fresque de la Brigade Pablo Neruda".
J’en profite pour remercier tous les adhérents sans qui le projet n’aurait pas vu le jour. Je remercie aussi les responsables des trois associations franco chiliennes pour leur aide précieuse : AFCDC - Maison Latina et Nuestra América. Je remercie aussi Brigitte Daïan qui nous a insufflé l’esprit de résistance de 1984 et enfin je n’oublie pas la douzaine de bénévoles qui sont intervenus tour à tour sur le chantier, certains pendant 5 jours, d’autres quelques heures après leur travail. C’était notre volonté de faire un chantier ouvert pour respecter l’esprit collectif et militant qu’on trouvait dans les brigades des années 1970. L’artiste peintre José Donoso a dirigé notre travail avec beaucoup de pédagogie comme il se doit pour une œuvre d’éducation populaire. Aujourd’hui encore, beaucoup de nos concitoyens ne vont jamais au musée et ne possèdent aucun tableau chez eux. La peinture murale est donc faite pour être vue par tous.

Je tiens à vous parler de l’œuvre elle-même car il a été dit dans le passé tout et souvent n’importe quoi. D’emblée disons qu’on a le droit de ne pas aimer l’œuvre, on est en France, pays de liberté. On a dit aussi qu’elle était étrange et même qu’elle faisait peur aux enfants. C’est vrai qu’elle n’est pas ordinaire, elle nous questionne et elle ne laisse personne indifférent. Mais, pour moi, c’est la preuve que c’est une œuvre réussie. Les explications gravées sur la plaque vous donneront les clefs pour mieux la comprendre et l’apprécier.

On a dit aussi que la fresque était politique et donc qu’elle n’avait pas sa place dans une école. Je ne suis pas d’accord, cette fresque n’est pas politique au sens strict du terme. On y voit des enfants français qui accueillent des enfants chiliens exilés dont les visages sont tristes et inquiets. La fresque nous délivre un message humaniste de solidarité entre les peuples, Elle a donc tout a fait sa place dans une école républicaine et laïque. Pour nous autres adultes, c’est toujours plus compliqué parce que nous cherchons toujours à aller au fond des choses, là où justement tout devient politique. Nous connaissons l’Histoire avec un grand H et nous savons que cette fresque n’existerait pas si une catastrophe ne s’était pas produite le 11 septembre 1973. Ce jour là, la violence brute des militaires s’est abattue sur les forces vives du Chili : les partis de gauche, les démocrates, les étudiants, les syndicalistes ont tous été arrêtés parce qu’ils avaient mis leur espoir d’une vie meilleure dans un gouvernement d’Unité Populaire. Le bilan fut terrible : des dizaines de milliers de morts, des dizaines de milliers de torturés et de disparus, 200 000 exilés de force et 18 ans de privation de liberté sous le régime du Général Pinochet. La classe possédante chilienne et le gouvernement des États-Unis (Nixon) portent la responsabilité du coup d’État. Il fallait que ces choses soient dites pour que nous puissions faire la fête après, parce que la vie continue.

Cette œuvre, par delà de ses belles couleurs, je la vois aussi comme une antidote contre la dictature, avec une piqure de rappel chaque année au moment de la journée du patrimoine. Je vous remercie de votre attention.

Article publié dans Inter-Peuples n°282, janvier 2020

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