1980-2010 : 30 ANS D'INFORMATION,
DE RÉSISTANCES, DE MOBILISATIONS SOLIDAIRES
ET MAINTENANT ?
A l'occasion d'une "Semaine sur les Libertés"
organisée par le club Léo Lagrange en novembre 1977, plusieurs
associations et comités de lutte contre la répression et
pour les libertés (au Chili, en Argentine, en Afrique du Sud, au
Maroc, en Tunisie, en Palestine, en Tchécoslovaquie, en Éthiopie,
en République Fédérale d'Allemagne, en URSS, aux
USA, en soutien aux immigrés) ont décidé, tout en
continuant leur combat spécifique, de se coordonner et de faire
émerger à terme une association globale, transversale, de
solidarité internationale. D'où la création du Centre
d'Information Inter-Peuples lors d'une réunion publique tenue le
4 octobre 1980 (80 personnes).
A l'occasion de ce 30e anniversaire nous vous proposons un dossier de
quatre pages qui permettra aux plus "anciens" de retrouver des
traces et des références qu'ils auront pu oublier, et à
tous ceux/toutes celles qui sont plus jeunes de découvrir les multiples
initiatives militantes et interculturelles du CIIP. Nous n'insisterons
jamais assez sur le fait que le CIIP a bien pour objectif clé de
participer, à sa très modeste mesure, à l'émergence
d'un tout autre monde fondé sur une répartition égalitaire
des richesses, une satisfaction universelle des besoins fondamentaux,
la sauvegarde des ressources naturelles et des écosystèmes.
Un monde sans oppression, sans guerres, sans exclusion ni discrimination,
sans pollutions
En ce sens le CIIP ne s'est jamais déclaré
apolitique, même si nous sommes farouchement indépendants
des organisations politiques. C'est bien aux causes et non pas aux effets,
aux conséquences que nous cherchons à nous attaquer. C'est
pourquoi nous avons toujours récusé l'étiquette "d'association
humanitaire". Le CIIP est bien une association de solidarité
internationale qui n'a de cesse d'interpeller les pôles de décision
économique et politique qui sont à la base des inégalités,
de la paupérisation des trois-quarts de la planète, de la
destruction de l'environnement
Et, en Europe, en France notamment,
nous avons toujours été aux côtés des demandeurs
d'asile, des sans papiers victimes d'une politique d'immigration et d'asile
exclusivement autoritaire, répressive, criminalisante
Et maintenant ? Nous avons bien l'intention d'être fidèles
à ces objectifs et à ces idéaux, en agissant au maximum
en partenariat avec les associations et les collectifs qui partagent avec
nous cet esprit de résistance et de solidarité internationale.
Nous essaierons de continuer de jouer un rôle d'aiguillon pour faire
entendre la voix des sans voix, pour maintenir un éveil actif et
vigilant des consciences citoyennes face aux injustices. Agissons ensemble.
Oui, nous pouvons changer le monde. Durant tout le dernier trimestre de
cette année nous allons proposer, avec de nombreux partenaires,
cette "Saison des peuples autochtones en résistance",
précisément parce que ces "peuples autochtones",
peuples fragiles s'il en est, sont les premières victimes d'une
économie mondialisée, prédatrice et destructrice.
Mais nous vous retrouverons, lecteurs conscients et solidaires, sur tant
de combats pour les droits et les libertés partout où ils
sont bafoués
et pour montrer qu'un autre monde est possible
!
|
SANS PAPIERS : URGENCE
D'UNE RIPOSTE COLLECTIVE !
Mai 2007 : pour la première fois dans l'histoire de la République
et de l'Union européenne, un ministère de l'Immigration,
de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement
est créé en France. Ainsi étaient instituées,
officialisées deux idées obsessionnelles du nouveau président,
répétées en boucle tout au long de sa campagne
présidentielle : d'une part, "l'identité nationale"
est gravement menacée par l'arrivée de tous ces immigrés
africains, notamment maghrébins, adeptes pour beaucoup de l'Islam
; d'autre part, ou bien " on aime la France ou on la quitte ".
Avec très vite un plan quinquennal d'expulsions, lequel fixe
le nombre d'étrangers en situation irrégulière
qui doivent être reconduits de force dans leur pays d'origine
ou supposé tel : 21 000 furent ainsi expulsés en 2007,
un peu plus de 29 000 en 2008 et 2009, selon une courbe croissante...
Une véritable xénophobie d'État, qui vient de nouveau
se renforcer avec l'exploitation d'un fait divers, celui de cet homme
qualifié sans examen par Brice Hortefeux de polygame, menacé
aussitôt de se voir déchu de la nationalité française.
Faut-il rappeler que la "dénaturalisation" des citoyens
reste une disposition très strictement définie en France,
en réalité jamais appliquée
sauf par le régime
de Vichy dans les années 40-44 (à l'encontre notamment
de dizaines de milliers de citoyens français d'origine juive).
Rafles, rétentions, expulsions, criminalisation,
stigmatisation : tel est le sinistre quotidien de dizaines de milliers,
de centaines de milliers d'étrangers sans papiers. Face à
cette politique aussi inédite qu'indigne, que font les gauches
parlementaire et radicale ? Observe t-on la même mobilisation
que pour défendre le service public de la Poste ou bientôt
pour s'opposer à la réforme des retraites ? Loin de là.
Certes, il y a des milliers de citoyens, des syndicalistes, des élus
investis dans la défense des sans papiers, pour empêcher
l'expulsion de tel ou tel étranger, pour parrainer tel ou tel
demandeur d'asile ou sans papier, pour arracher quelques hébergements
Mais il manque un mouvement politique large, regroupant associations,
syndicats, partis pour instaurer un réel rapport de forces face
à un État et à un gouvernement dont la politique
vis-à-vis des étrangers est ouvertement basée sur
la xénophobie, la discrimination, la criminalisation, le racisme.
L'absence de riposte nationale et unitaire est dramatique et condamne
les militants de base au "cas par cas", à tenter désespérément
chaque jour d'éviter le pire. Mais le pire est déjà
là
jusqu'à quand ?
Le 1er Mai est partie de Paris une Marche d'une centaine
de sans papiers pour rappeler que la majorité des sans papiers
travaillent, produisent des richesses, "bossent ici" et ont
donc vocation à rester ici. Destination : Nice, où s'est
tenu fin mai un Sommet des chefs d'État africains, sous la houlette
de l'État français, pour "célébrer"
les 50 ans d'indépendance des États africains. Une indépendance
qui fut très largement confisquée
Et si un grand
mouvement de soutien naissait et grossissait sur la lancée de
cette marche, à l'image de ce qui s'était produit en 1983
lors de la Marche des Beurs ? On peut toujours rêver. Il est plus
qu'urgent que se dessine enfin un vaste mouvement d'opposition à
une politique indigne d'un pays qui a su accueillir par le passé
tant d'exilés et de persécutés
Et que l'on
repense nos relations avec les pays du Sud, sur la base d'une annulation
d'une dette odieuse et illégitime, de l'arrêt du pillage
de leurs ressources, du soutien aux peuples africains dans leur aspiration
à la démocratie et à un développement solidaire
|
À NEW-YORK, À L'OCCASION DE LA
CONFÉRENCE D'EXAMEN DU TRAITÉ DE NON-PROLIFÉRATION
DES ARMES NUCLÉAIRES À L'O.N.U.
Du 29 avril au 8 mai 2010, Jean-Paul Vienne, Président du Mouvement
de la Paix Isère, s'est rendu à New York à l'occasion
de la Conférence d'Examen du Traité de Non-prolifération
des armes nucléaires (TNP). Nous vous proposons son témoignage
militant
Il se passe actuellement à New York, du 3 au 28 mai 2010, un événement
considérable, encore que, dans la presse, quelque peu laminée
entre les humeurs d'un volcan islandais et la crise financière
: la Conférence d'Examen du Traité de Non-prolifération
des armes nucléaires (T.N.P.), qui se tient au siège de
l'O.N.U. Il ne s'y joue, en effet, pas moins que l'avenir de l'humanité
toute entière. Si cette conférence réussit, c'est
une dynamique durable de paix qui est enclenchée ; en cas d'échec,
c'est la course aux armements nucléaires qui est relancée,
avec, à terme, un risque probable de guerre nucléaire, qui
serait fatale pour tout le vivant de notre planète.
Nombre d'États du monde sont conscients de l'enjeu de cette échéance
capitale, mais aussi, de plus en plus d'associations de citoyens, d'origine
géographique, confessionnelle, idéologique les plus diverses,
qui ont en commun d'aspirer à un monde de paix et de sécurité.
Ces citoyens organisés ont décidé, à cette
occasion, de faire le voyage de New-York pour s'informer et, surtout,
exprimer avec force, face aux représentations des États,
leur volonté de parvenir à cet objectif qui leur tient particulièrement
à cur : l'élimination pérenne des armes nucléaires.
La France y était bien présente, avec une délégation
fort remarquée de 250 personnes, emmenée par le Mouvement
de la Paix et son co-président, Pierre Villard, et représentant
26 associations nationales, cependant loin derrière une impressionnante
délégation japonaise de 1500 personnes. Je représentais
notre département en tant que président du Comité
de l'Isère du Mouvement de la Paix. La Provence, la région
parisienne, la Bretagne étaient particulièrement bien représentées.
La présence des pacifistes français à New York s'est
manifestée à trois niveaux :
- d'abord à un niveau militant : ils ont montré publiquement
leur détermination à exiger le désarmement nucléaire
:
- en manifestant quotidiennement devant le siège de l'ONU, face
au portail d'entrée des diplomates, avec des masques blancs qui
n'ont pas manqué d'attirer l'attention des médias
- en participant, avec tous les pacifistes des États-unis et
de l'étranger, à la grande Marche de la Paix du 2 mai
qui a mené de Time Square au siège de l'ONU en passant
par la 42ème rue ; organisateurs et police tombant d'accord pour
compter 15.000 manifestants
- en stationnant devant les missions diplomatiques de chacune des neuf
puissances dotées de l'arme nucléaire ; pour ma part,
je me suis ainsi retrouvé devant la mission du Pakistan.
La police new-yorkaise s'est montrée, chaque fois, bien présente
et très vigilante, néanmoins plutôt bienveillante.
Le directeur de la police new-yorkaise est venu lui-même féliciter
les Français pour leur "bonne tenue".
- ensuite en s'informant aux sources : c'est ainsi que les membres de
la délégation française, dûment pourvus de
l'accréditation de l'ONU, ont assisté aux débats
de l'assemblée plénière, où les représentants
diplomatiques de tous les pays du monde, à des niveaux divers,
expriment le point de vue de leurs gouvernements sur l'application et
la nécessaire révision du TNP. La presse du monde entier
a surtout retenu la "passe d'armes" entre M. Ahmanidejad et
H. Clinton. Néanmoins, l'expression des autres États,
petits ou grands, méritait tout autant l'attention. On aura noté
l'inquiétude de nombre d'orateurs face au risque de prolifération
nucléaire, ainsi que la volonté affichée par nombre
d'États à parvenir à mettre un terme aux armes
nucléaires dans les meilleurs délais.
La représentation des États-unis a, il faut le dire, fait
forte impression par son ambition affichée de parvenir à
l'élimination des armes nucléaires. Le représentant
de la France, brillant dans la forme, a déçu sur le fond
en ne proposant aucune perspective concrète d'élimination
de ces armes.
Ils ont aussi assisté aux conférences thématiques
données, toujours au siège de l'ONU, soit par des Institutions
internationales, soit par les États eux-mêmes. Les conférences
les plus attendues furent celles de Mayors for Peace (Maires pour la
paix), vigoureusement soutenus par le Secrétaire Général
de l'ONU, M. Ban Ki-Moon et où s'illustra avec brio le maire
d'Aubagne (13), succédant aux maires d'Hiroshima et de Nagasaki,
ainsi que celle de l'UIP (Union Inter-Parlementaire). La délégation
française a, bien entendu, aussi participé à la
conférence des ONG du 7 mai, toujours au siège de l'ONU
pour donner voix à la "société civile"
(comme on dit à l'ONU), autrement dit aux associations de citoyens.
- enfin en multipliant les échanges de vues avec les responsables
au plus haut niveau : ce fut d'abord le Secrétaire Général
le l'ONU lui-même. M. Ban Ki-Moon, qui vint saluer chaleureusement
en personne les ONG (dont les Français), alors rassemblées
en grand nombre à Riverside Church. Il les assura qu'il comptait
au moins autant sur la "société civile" pour
faire aboutir la conférence à un accord de désarmement
que sur les représentations diplomatiques. "Vous représentez
la conscience du monde", a-t-il déclaré aux ONG présentes.
Ce véritable encouragement fut relayé par son second,
responsable aux affaires de désarmement, M. Sergio Duarte, qui
rencontra personnellement la délégation française,
l'exhortant, dans le même esprit, à poursuivre avec persévérance
sa lutte pour l'abolition de toutes les armes de destruction massive.
La délégation française a ensuite tenu à
rencontrer le plus d'ambassadeurs possible, dont, naturellement, celui
de notre pays, M. Éric Danon, qui représente la France
à la Commission du Désarmement de l'ONU. Un échange
courtois, et même cordial, qui, pour autant, ne masquait aucune
divergence de vue, notamment en ce qui concerne l'interprétation
de l'article VI du T.N.P. : l'élimination (rapide) des armes
nucléaires prévue par cet article ne saurait, en aucune
façon, être compatible avec leur modernisation à
marche forcée mise en uvre par notre pays (et, du reste,
par la plupart des puissances nucléaires). M. Danon ne manqua
pas pour autant d'encourager les membres de la délégation
française à susciter un vrai débat démocratique
de fond sur ce sujet capital dans notre pays.
Rencontre également fructueuse avec la représentation
de l'Union Européenne, actuellement assurée par l'Espagne
: la déclaration du 5 avril dernier de l'U.E. ambitionne également
de son côté l'élimination des armes nucléaires
et salue, elle aussi, explicitement " la contribution de la société
civile à la promotion des principes et des objectifs du TNP "
[art.3 b) 6)].
Tant d'encouragements au plus haut niveau ne sauraient rester sans effet
: la délégation française s'en est trouvée
toute regonflée d'énergie et d'initiatives.
Cette intense activité militante à l'ONU fut, en vérité,
précédée par un gros week-end de rassemblement des
associations de lutte contre les armements nucléaires à
Riverside Church (l'activité militante passant aux États-Unis
le plus souvent par le biais des églises). Riverside Church, au
bord de l'Hudson, est une espèce de gros complexe confessionnel
à l'américaine (où s'illustrèrent en leur
temps M.L. King et N. Mandela) offrant des salles immenses et toutes les
commodités propices à une activité militante efficace.
Les associations, originaires de nombreux pays, mais aussi d'horizons
culturels, idéologiques et confessionnels les plus divers, y échangèrent,
au cours de multiples rencontres, leurs expériences et leurs initiatives,
bien décidées à faire converger leurs énergies
et accroître leurs efforts pour ce but, toujours le même :
l'élimination des armes nucléaires et une solidarité
toujours croissante du "village planétaire". Des associations
transnationales, telles que le Bureau International de la Paix, y jouèrent
forcément un rôle fédérateur. Ce fut aussi,
pour les associations nationales, le moyen de faire plus ample connaissance
entre elles. Les témoignages des Hibakushas (les rescapés
d'Hiroshima et de Nagasaki) furent des temps forts des ces rencontres.
Des spécialistes, souvent des universitaires, voire d'anciens diplomates,
vinrent fournir quantité de données chiffrées et
prospectives sur les armements nucléaires dans le monde. Des artistes,
dont la chanteuse française Catherine Lecocq, surent donner une
dimension culturelle à ce rassemblement.
Il trouva son point culminant dans la manifestation du 2 mai à
travers les rues de New-York. Les Français, très remarqués
aussi, furent amplement filmés (notamment par CNN et ABC, mais
aussi les télévisions japonaises) et reçurent tous
les encouragements de la part de la population new-yorkaise.
Les contacts inter-associatifs se poursuivirent encore les jours suivants,
notamment lors d'une rencontre extrêmement chaleureuse avec l'association
états-unienne Peace Action à Long Island.
Beaucoup d'interlocuteurs ont manifesté un optimisme "mesuré"
quant à l'issue de cette Conférence d'Examen. Mais tous
ont souligné avec force qu'aucune véritable percée
dans le domaine de l'élimination des armes nucléaires ne
se fera sans la pression accrue des opinions publiques du monde, de la
"société civile", ce que toutes les associations
présentes ont immédiatement traduit par un effort redoublé
en direction à la fois des opinions nationales (presse incluse)
et des instances politiques (gouvernements et partis) de leurs pays respectifs,
les associations de la France, pays doté de l'arme nucléaire,
ayant une responsabilité toute particulière en ce domaine.
à Grenoble, le 11 mai 2010
Jean-Paul Vienne
|