Inter - Peuples |
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Inter-Peuples est un mensuel généraliste et solidaire de 20 pages diffusé sur abonnement. |
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A lire... |
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n°204 - Février 2012
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NOS VOLONTÉS SOLIDAIRES POUR
2012
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CLIMAT : LA
MAISON BRÛLE
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ECHOS DES REVOLUTIONSLe CA du CIIP a décidé d'ouvrir une rubrique permanente
dans son bulletin mensuel
ÉGYPTE : ALLIANCE
OBJECTIVE DE L'ARMÉE ET DES FRÈRES MUSULMANS La révolution égyptienne ? On peut effectivement se poser des questions suite aux élections qui ont vu une victoire significative des courants islamistes et face à la répression sanglante par l'armée des contestataires Place Tahrir. Nous avons demandé à notre ami Jean François Galletout, qui connaît bien la réalité égyptienne, de nous proposer des éléments d'analyse... Alors que se tiennent les premières élections sincères le temps est venu de regarder la société égyptienne telle qu'elle est et non telle que l'occident voudrait qu'elle soit. Les néo-orientalistes, certains intellectuels égyptiens francophones et francophiles, les diplomates retranchés dans leurs ambassades et leurs limousines, les envoyés spéciaux pressés, nous donnent une fausse image de l'Égypte d'aujourd'hui. L'armée, institution respectée en Égypte depuis 1952, a évité au pays une guerre civile. Comme son homologue tunisienne elle a pris le parti du peuple. Depuis Gamal Abdel Nasser et jusqu'à la mort de Sadate, l'armée dirigeait le pays aux côtés d'une administration tentaculaire génératrice d'emplois dans une démographie galopante. Moubarak, général d'aviation et vice-président de Sadate n'a eu de cesse, dès son accession au pouvoir en 1981, d'affaiblir l'institution dont il était lui-même issu, par peur de ne pouvoir la contrôler. En donnant tous les pouvoirs au ministère de l'intérieur - qui emploiera jusqu'à plus d'un million de personnes ! - et aux services spéciaux, les biens connus "moukhabarat", il souscrivait une assurance vie alors que le spectre de l'assassinat de son prédécesseur hantait son esprit. Exit donc l'armée au profit de ce nouvel appareil sécuritaire, et en même temps apparition de cette clique d'hommes d'affaires sans scrupules, qui, ayant fait leurs classes sous Sadate après plus de 20 ans d'économie dirigée, ont mis le pays en coupe réglée dès le début des années 1990. D'aucuns y voient une analogie avec l'Iran de la fin du Shah et l'arrivée au pouvoir de Khomeiny où une minorité très éduquée et riche avait volé le pays au peuple. En Égypte, depuis trente ans, jour après jour l'armée perdait un peu plus de son pouvoir jusqu'à l'humiliation. Les officiers supérieurs de la génération du maréchal Tantawi ont pour la plupart été formés en URSS et conservent une idée du service de la patrie qui s'accorde assez mal avec le capitalisme sauvage, la corruption et le racket de l'ère Moubarak. En même temps, les frères musulmans, mouvement crée en 1928, alliés des militaires lors du coup d'État de 1952 et de la révolution qui a suivi (le général Neguib et Anwar Al-Sadate étaient eux-mêmes membres de la confrérie) se trouvaient harcelés par le régime. Tolérés puis chassés, amadoués et poursuivis, jamais Moubarak n'a joué franc-jeu avec les frères pourtant constitués en parti politique et ayant officiellement renoncé à l'action violente. Jamais ne purent-ils trouver leur place dans la vie publique égyptienne, entraînant naturellement une radicalisation d'une minorité qui s'organisa pour constituer un mouvement salafiste clandestin, adepte d'un islam supposé être celui pratiqué par les ancêtres (salaf en arabe). Celui-là même qui se présente aux élections aujourd'hui. C'est donc le pouvoir en place qui a donné naissance aux partisans de l'islam radical comme partout ailleurs dans le monde. A l'aube des événements de janvier 2011, l'Égypte se retrouve donc avec deux pouvoirs ostracisés par le régime trentenaire de Moubarak : l'armée et les mouvements religieux avaient de bonnes raisons différentes de tout mettre en uvre pour le chasser du pouvoir à la première occasion. L'agitation, la mobilisation, facilitée par des moyens de communications, surveillés mais libres, puis le soulèvement massif - mais relatif au regard d'une population de plus de 80 millions d'habitants - furent-ils aussi spontanés qu'on les a présentés ? L'armée et les frères y virent-ils une opportunité à saisir ? Les instiguèrent-ils pour reprendre, pour les uns le pouvoir perdu, pour les autres exister enfin sur la scène politique égyptienne ? A l'aune des résultats partiels des élections législatives en cours, cette alliance objective porte ses fruits. Les frères musulmans s'affirment comme la première force politique égyptienne, surprise elle-même par le poids de son extrême droite salafiste. L'armée, organisatrice de ces élections, en sort confortée comme la garante de l'intégrité, de la sécurité du pays et de son peuple. Ce duo, déjà vu dans d'autres "révolutions ", au Soudan par exemple, semble convenir aux chancelleries et aux voisins de l'Égypte. Israël doit quant à elle être rassurée par la présence en toile de fond de l'armée égyptienne. Ce nouveau paysage politique laisse un goût amer
uniquement à ceux qui rêvent l'Égypte et ne la
connaissent pas. Le peuple égyptien, multimillénaire,
hospitalier, pétri d'humour et de bon sens qui vient de se
déterminer par les urnes, n'est pas la minorité des
"twitteux et facebookeux" vus et revus dans les médias.
Le peuple égyptien continue de souffrir, de trimer pour le
pain, un peu d'éducation pour ses enfants, et pour accéder
à un système de santé des plus inégalitaires.
Ses besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Il désire
surtout, comme tous les peuples esclaves de "l'hyper-capitalisme"
changer de modèle de société. Au delà
des convictions et pratiques religieuses, c'est le message populaire
de ces élections libres qui ont porté au pouvoir des
candidats réputés intègres et non corrompus pour
une Égypte plus juste. Sera-t-elle aussi plus démocratique
? Les libertés fondamentales y seront-elles garanties ? A suivre. Jean François Galletout |
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