Inter - Peuples |
||||
Inter-Peuples est un mensuel généraliste et solidaire de 20 pages diffusé sur abonnement. |
|
A lire... |
|
![]() |
n°185 - Mars 2010
n°184 - Février 2010
|
MARS : LE MOIS DES LUTTES
|
VOUS AVEZ DIT TERRORISME
?
|
|
La conférence-débat a fait salle comble,
ce soir du 3 février, à la Maison des Associations, à
plus de sept mois du coup d'État contre le président légitime
de ce pays, Manuel Zelaya. Maurice Lemoine était l'invité
du Collectif Honduras de Grenoble (1), un collectif d'associations,
partis, syndicats qui s'est créé au fil des mobilisations
de protestation contre le coup d'État et de solidarité
avec la résistance du peuple hondurien, depuis celle du 29 juin,
au lendemain du coup d'État ; la prochaine initiative sera, le
20 mars, une soirée festive de soutien à la résistance.
Que retenir de la mine d'informations exposées pour comprendre la situation, non seulement du Honduras lui-même, mais aussi de l'environnement latino-américain, avec l'omniprésence des États-Unis dont la Doctrine Monroe du début du 20ème siècle - l'Amérique aux Américains - est toujours en vigueur ? Le Honduras : un pays pauvre - pour 70% de la population - au passé de république bananière, comme le reste de l'Amérique centrale, sous l'hégémonie de la compagnie United Fruits (voir Miguel Angel Asturias : La pieuvre verte) devenue maintenant Chiquita, et impliquée dans le renversement de Jacobo Arbenz au Guatemala en 1954. L'économie est à base d'agro-exportation et de maquiladoras, ces usines de sous-traitance pour des multinationales, situées en zone franche et exploitant une main d'uvre essentiellement féminine, sans respect de ses droits, sans syndicats. 40% des revenus proviennent des remesas, l'envoi d'argent à leurs familles des Honduriens qui ont émigré. Dans les années 80 une terrible répression, avec des centaines de disparus, s'abat sur le pays. Le Bataillon 316, auquel participèrent des policiers argentins et chiliens, y est de funeste mémoire. Les États-Unis ont une base militaire et un centre d'entraînement à Palmerola depuis 1982, alors que la constitution du Honduras interdit la présence permanente de troupes étrangères dans le pays. Manuel Zelaya. Il est élu en novembre 2005. Membre du parti Libéral, c'est un propriétaire terrien, il fait partie de l'oligarchie. Quand se produit un virage dans sa politique, comme le passage du salaire minimum de 126 à 202 € ou le rapprochement avec Chavez pour faire partie de Petrocaribe, suite à la fin de non-recevoir de son appel d'offre pour des besoins en combustibles, auprès de Washington ou de la Banque Mondiale : cela déplait et les réseaux de Chiquita à Washington s'agitent. Noter qu'Éric Holder, ministre de la justice d'Obama, fut avocat de Chiquita en 2007, pour un problème de liens avec les paramilitaires colombiens. Un accord avec les Cubains pour des médicaments génériques déplait également à l'oligarchie, propriétaire des Laboratoires Finlay. Le coup d'État du 28 juin. Zelaya est séquestré de nuit et emmené au Costa Rica. Le prétexte du coup d'État : une consultation à l'occasion d'élections générales : " Êtes-vous d'accord pour installer une 4ème urne ? " pour un accord non contraignant sur la réforme de la constitution. La "communauté internationale" condamnera unanimement le coup d'État. Les militaires remettent immédiatement le pouvoir aux "civils", évitant ainsi le retrait de l'aide des États-Unis. On retrouve le scénario de la fausse lettre de démission du président, comme lors du coup d'État contre Chavez en 2002 ! Les médias sont réduits au silence, aucune information sur ce qui se passait, Telesur, la chaîne liée à l'ALBA et aux gouvernements de gauche d'Amérique du sud, est expulsée. La répression s'installe, avec son cortège d'arrestations, de disparitions, d'assassinats ; Billy Joya, un ancien du Bataillon 316 entre au gouvernement, et les escadrons de la mort reviennent. Le retour de Zelaya. Il tentera deux retours qui échouent, le 5 et le 25 juillet. Il réussira plus tard avec l'aide de Chavez et de Lula, et sera accueilli à l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa, où il vivra avec un entourage bientôt réduit, encerclé par les forces de l'ordre, jusqu'à l'accord pour son récent départ pour la République Dominicaine. La réaction de la population. Peu à peu, une nouvelle force de gauche émerge, avec de puissantes manifestations populaires qui n'ont pas cessé. Rôle de la presse : en France, Libération et Le Monde ont tendance à renvoyer dos à dos Zelaya et les putschistes. Comme El Mercurio au Chili, El Heraldo et La Prensa au Honduras, El Pais en Espagne, les grands médias sont silencieux, parce qu'ignorants (à moins que ce ne soit de l'"intox" délibérée ), et il en va de même pour ce qui se passe dans le reste de l'Amérique latine, en particulier pour attaquer Chavez au Venezuela. Mais, même avec plus de 3 000 fosses communes, des millions de déplacés (le 2ème pays après le Soudan), 1 300 enquêtes en cours pour le scandale des "faux positifs", ces assassinats délibérés de jeunes pour faire croire à des pertes de la guérilla, un record de syndicalistes assassinés, des dizaines de politiciens impliqués avec les paramilitaires et les escadrons de la mort, la Colombie ne fera jamais la une de ces médias. " Et Obama ?" Un coup d'État en Amérique latine avec Obama ? diront ceux d'entre nous qui espéraient quelque chose. Obama prend au début position pour Zelaya, mais Hillary Clinton, via l'OEA, l'Organisation des États Américains, fera passer la médiation avec les putschistes par Arias, le président du Costa Rica, pour un accord sur le retour de Zelaya, mais avec des pouvoirs limités. Deux conseillers de Micheletti, le président issu du coup d'État, sont ou ont été des assesseurs d'Hillary et Bill Clinton. Pour l'installation de bases en Colombie, c'est la même question, mais les structures de pouvoir sont plus compliquées, en général le Pentagone a ses projets, le président ratifie En dehors du Honduras, il faut aussi examiner ce qui se passe, notamment avec les bases militaires en Colombie : c'est une nouvelle phase de la bataille pour contrôler l'Amérique latine(2). Le 13 juillet 2000 le président de la Colombie Andrés Pastrana et Clinton signent le plan Colombie, rédigé par les seuls États-Unis. 5 millions de dollars sont reçus par le pays ; des chiffres exagérés font état des morts et démobilisés de la guérilla. Le 30 octobre 2009, la Colombie signe pour l'utilisation de sept bases militaires par les États-Unis, avec des projets d'installations disproportionnées par rapport à l'objectif de lutte contre le narcotrafic et le terrorisme tel que défini par Washington et Bogota. À Palanquero, plus de 31 millions d'euros sont investis pour un aménagement pour les avions C17, d'une autonomie de 8 000 km, avec des radars volants de longue portée, etc. Cela en toute illégalité, car selon la Constitution, seul le survol du territoire serait autorisé. C'est sans doute le Venezuela qui est en ligne de mire, un rapport secret du Congrès le définissant comme un "narco-État". Comme pour le coup d'État contre Arbenz au Guatemala, ou l'attaque de la Baie des cochons contre Cuba, ou les attaques de la Contra contre la Révolution sandiniste du Nicaragua, c'est à partir de bases souvent clandestines dans des pays tiers d'Amérique latine que les États-Unis interviennent. D'autres pays en ce moment refusent ces bases, comme le Brésil, l'Équateur, qui ne renouvelle pas la base de Manta, le Paraguay pour la base Mariscal Estigarribia, mais le président Lugo y est menacé comme Zelaya au Honduras. Le 29 janvier, Lobo, le nouveau président élu le 29 novembre dans un Honduras militarisé, prend ses fonctions. Il a l'aval de Washington qui rétablit l'aide économique, la Banque mondiale aussi, on va vers une normalisation en douceur. "Pepe" Lobo signe un décret pour l'amnistie des acteurs du coup d'État, non-lieu définitif pour les militaires et les civils ; le 14 janvier, Micheletti est intronisé député à vie, pour garantir son immunité ! Le gouvernement décide de sortir de l'ALBA ; là encore, grande manifestation d'opposition dans le pays. Expectatives Le Front de Résistance Populaire
du Honduras ne fait que se renforcer ; lors de son départ, Zelaya
est ovationné par une multitude à l'aéroport. Mais
les élections au Brésil s'approchent, et quelles que soient
les critiques, le rôle de Lula a été bénéfique
pour le continent, c'est pour cela que les États-unis ont cherché
à enfoncer un coin entre lui et Chavez, le Chili passe à
droite
Marie-France. Allamand, 1) Contacts : FAL38 tél. 04
56 17 32 16 / assofal38@gmail.com - Collectif de soutien à l'ALBA
tél. 04 76 51 36 56 / collectifcuba@orange.fr |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Comment s'abonner : il vous suffit de nous renvoyer un bulletin d'abonnement accompagné d'un chèque à l'ordre du CIIP. L'abonnement vous fait bénéficier de l'adhésion au CIIP.
|