1926-2016 : Hasta siempre, Fidel !

Publié le : , par  Jo Briant

Leader charismatique de la révolution cubaine, Fidel Castro s’est éteint le 25 novembre dernier, à l’âge de 90 ans. Héros national et international, porteur d’un message universel d’émancipation, il a défié 50 ans durant la superpuissance étatsunienne. C’est bien un monument qui vient de disparaître, issu d’un peuple pauvre vivant de la monoculture du sucre, amarré tout près des côtes américaines, à l’existence incertaine, menacé en permanence par l’embargo total et criminel imposé dès 1960 par les USA, un an à peine après la chute du dictateur Batista et l’entrée triomphale de Fidel et des Barbudos dans La Havane où l’attendaient le Che (Guevara) et Camilo Fuegos.

Un parcours qui a changé Cuba et l’Amérique Latine

Dès les premières années Fidel Castro lance un programme social aux résultats spectaculaires et enviables pour nombre de pays pauvres dans les domaines de l’éducation, en mettant fin à l’analphabétisme, de la santé et de la lutte contre les inégalités. Au point de pouvoir dès les années 80 envoyer aussi bien dans des pays latino-américains voire africains des "brigades" de médecins et d’infirmiers ou encore d’alphabétisation. Et bien sûr il y eut la réforme agraire, la redistribution des terres aux paysans, les nationalisations dans des secteurs clé de l’économie (énergie, industrie sucrière). Ce qui lui vaudra de nombreux ennemis tant à l’intérieur (les gros propriétaires, les bénéficiaires de l’ancien système ultra inégalitaire et corrompu), et qui provoquera l’exil de centaines de milliers de Cubains aux Etats-Unis, qu’à l’extérieur (Etats-Unis surtout, mais pas seulement). Au point que la vive tension avec les Etats-Unis, qui voyaient leur chasse gardée et leurs intérêts leur échapper, déboucha dès 1960 non seulement sur la rupture des relations diplomatiques et le terrible embargo, mais sur la "crise des missiles" : l’URSS, le seul allié important du régime cubain, qui acheta massivement le sucre de Cuba, installa en effet des missiles pour s’interposer entre les Etats-Unis et Cuba. Sans oublier les centaines d’attentats et tentatives de déstabilisation orchestrées par la CIA.

Ajoutons que Fidel Castro s’imposa vite comme le chef de file des pays du Tiers-Monde et du Mouvement des non-alignés. Mais surtout, il a inspiré de nombreux mouvements progressistes voire révolutionnaires en Amérique Latine, même si ces mouvements ont été écrasés par les dictatures des années 1960-1975 largement suscitées et soutenues par l’impérialisme US. Une victoire essentielle : Fidel Castro s’est élevé très vite et très vigoureusement contre la mise en place de la zone de libre échange des Amériques (Alca) que tentait et tente encore d’imposer Washington, de l’Alaska à la Terre de Feu, avec un succès très relatif du fait des nombreuses résistances populaires. De même que Fidel Castro condamna vivement la politique étrangère agressive de George W. Bush : "Il est impossible d’établir un ordre mondial sur la force". Une contestation et une dénonciation qui prennent tout leur sens quand on voit la situation désastreuse, apocalyptique du Moyen-Orient…

"L’histoire m’acquittera"

Une déclaration de Fidel Castro dans les premières années de son "règne". On a le droit d’émettre des réserves voire des remarques critiques relatives à l’instauration d’un parti unique - le Parti communiste cubain -, d’une presse unique ("El Granma"), de l’étouffement de toute opposition, de la répression, tout au moins au début, des homosexuels… Mais comment ne pas souligner en même temps et surtout qu’en libérant Cuba Fidel Castro a sonné le glas d’une certaine arrogance impérialiste, qu’il a redonné espoir à de nombreux peuples et qu’il a ranimé les braises de nombreux mouvements de libération. Malgré l’invivable blocus, le Cuba de Fidel a innové et inventé dans le domaine médical, social, éducatif, biotechnologique ou culturel, multiplié les coopérations avec les pays voisins et même lointains. Un souhait : que, fidèle à son "Comandante", le peuple cubain puisse souverainement écrire des pages nouvelles de l’émancipation, d’un développement durable et partagé, sans blocus. Une tâche et un avenir qui dépendent aussi de nous, citoyens du monde qui devons faire pression pour que cesse enfin un blocus criminel et absolument injustifiable.

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