Le FSM de Tunis : super ! Et après ?

Publié le : , par  Marc Ollivier

Que le FSM de Tunis ait été une grande réussite, je suis d’accord. L’organisation a très bien fonctionné, à part quelques détails inévitables lors d’un rassemblement de cette ampleur. Félicitations en particulier aux très nombreux jeunes tunisiens bénévoles chargés du contrôle des déplacements de dizaines de milliers de participants et du service d’ordre des grandes manifestations du forum. Par ailleurs le FSM a parfaitement rempli la mission précisée dans la charte de Porto Alegre : servir de plate-forme de dialogues et d’échanges entre tous les participants (dans plus de 900 ateliers … !), sans objectif de programme ni de mobilisation organisée.
Selon les coutumes du mouvement altermondialiste, c’est à l’Assemblée des Mouvements qui s’ouvre à la fin du FSM qu’il appartient, le cas échéant, d’adopter des objectifs d’action. C’est sur ce terrain que le FSM de Tunis m’a semblé manquer de punch. Ou plutôt, puisque l’organisation d’actions ne relève pas de ses fonctions, qu’il ne me semble pas avoir été suivi d’engagements collectifs opérationnels bien visibles. Si cette impression se confirme, comment peut-on l’expliquer ?

A mon avis deux raisons (au moins) pourraient y contribuer : d’une part la plupart des ateliers se sont consacrés à dénoncer des atteintes aux droits : droits des femmes, droits des migrants, droits des Palestiniens, etc. tandis que les luttes sociales qui se multiplient contre ces violations n’ont pas été tellement mises en lumière. D’autre part, je n’ai pas ressenti d’effort approfondi et documenté pour caractériser et démontrer les modes d’action des multiples agents qui mettent en œuvre dans tous les secteurs et sur l’ensemble de la planète la prépondérance des intérêts de l’oligarchie qui instrumentalise à son profit les structures complexes du système néolibéral. Celui-ci a bien fait l’objet d’une condamnation et d’un rejet global, mais les dispositifs concrets d’action de cet adversaire systémique n’ont pas été, selon moi, suffisamment analysés.
Du coup, ce qui semble avoir émergé du FSM sont davantage des propositions idéales ou même des visions utopiques plutôt que des idées de stratégies concrètes qui auraient pu être reprises et harmonisées dans des projets d’actions collectives. Et le slogan "un autre monde est possible" m’apparaît cantonné dans le domaine du rêve plutôt que d’une perspective d’actions concrètes.
Cette observation me semble pouvoir aussi être appliquée à l’état actuel de l’évolution du mouvement social en Tunisie : sur la lancée de la révolution qui a liquidé la dictature de Ben Ali dans ce pays en 2011, il me semble que dans tout le pays les Tunisiens, tout en manifestant leur satisfaction d’avoir reconquis leur liberté d’expression, d’organisation et de manifestation, sont lancés dans des débats généralisés sur leurs problèmes sociaux (essentiellement le taux élevé de chômage et l’effondrement des ressources touristiques) et sur l’organisation de la démocratie qu’ils veulent instaurer, mais n’ont pas amorcé de véritable analyse des causes de ces problèmes ni des forces sociales qui en sont responsables. Je n’ai pas perçu de mobilisation populaire contre la financiarisation de l’économie mondiale ni contre les institutions internationales telles que le FMI. Le gouvernement tunisien continue à négocier un accord avec ce dernier dont les conditionnalités (baisse des dépenses publiques, privatisations, etc.) ne peuvent qu’aggraver les problèmes du pays.
Je pense que le mouvement altermondialiste doit poursuivre un dialogue avec les forces de progrès tunisiennes pour contribuer à faire avancer le débat public dans ce pays sur les moyens de contester l’ordre néolibéral.

Marc Ollivier

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