Birmanie - Ces Rohingyas : extrême urgence… et questions… édito Inter-Peuples n°261, décembre 2017

Publié le : , par  CIIP

La Birmanie, rebaptisée Myanmar en 1989 par la dictature militaire, est un pays d’Asie du Sud-est ayant des frontières communes avec le Bangladesh, la Chine, l’Inde, le Laos et la Thaïlande, à majorité bouddhiste, avec une minorité importante musulmane, les Rohingyas, privée depuis toujours de la nationalité birmane et interdite de vote. Cinquante années de dictature militaire qui ont donné à l’armée un contrôle total sur le pays et une mainmise sur les ressources naturelles dont ce pays regorge. Les richesses du sous-sol de la Birmanie se trouvent surtout dans la périphérie (ouest, nord, est), territoires des minorités, notamment des Rohingyas (environ deux millions). Pour rappel : ce pays a été colonisé par les Britanniques qui ont très vite - diviser pour mieux régner - instrumentalisé les enjeux ethniques pour asseoir leur domination coloniale. Ce que firent ensuite les différents gouvernements militaires, en appuyant leur pouvoir sur la majorité bouddhiste dont une composante est ouvertement raciste à l’encontre de la minorité musulmane Rohingya. Mais il est essentiel de ne pas en rester à une approche inter-ethnique. Dès les années 1990 les juntes militaires ont confisqué des terres, notamment celles des Rohingyas, pour des projets dits de "développement" (grands projets agricoles en lien avec des multinationales, extensions de bases militaires, infrastructures touristiques…). Mais les Rohingyas ne se sont à aucun moment laissé faire et ont combattu les militaires prédateurs, mais à armes inégales…

L’élection à la tête de la Birmanie en 2015 de Aung San Suu Kyi – Prix Nobel de la Paix en 1991-, à la tête du LND (Ligue nationale pour la Démocratie), pouvait laisser espérer une pacification du pays après tant d’années de dictature militaire, et une reconnaissance - même timide - des droits des minorités opprimées notamment des Rohingyas. C’était oublier que Aung San Suu Kyi est avant tout bouddhiste et nationaliste. D’où son silence coupable, criminel pour nombre d’observateurs, face aux persécutions militaires de plus en plus violentes à partir de 2016 de la minorité Rohingya. Villages et récoltes incendiés, viols des femmes, massacres qui culminèrent en juillet et août 2017 forçant littéralement la moitié de la population Rohingya – soit un million de personnes - à fuir et à se réfugier au Bangladesh voisin. Ils s’y agglutinent dans des camps érigés en hâte de façon sommaire, dans des conditions matérielles, sanitaires indignes, d’où un taux de mortalité énorme. En septembre dernier, le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU a dénoncé cette situation à la fois en Birmanie et dans les camps au Bangladesh, et demandé à la communauté internationale d’interpeller Aung San Suu Kyi et les militaires et d’envoyer très vite des secours d’urgence. Ni Aung San Suu Kyi ni la communauté internationale n’ont réagi. De même que les grandes puissances occidentales laissent leur allié le roi d’Arabie Saoudite bombarder et massacrer les populations yéménites, ou encore Bachar El Assad bombarder et gazer les populations syriennes, et restent indifférentes face aux massacres ethniques dont est l’objet la population Rohingya.

Ce drame peut nous paraître loin de nos préoccupations "domestiques" quotidiennes, cependant nous n’avons pas le droit de nous désintéresser de ces violations extrêmes perpétrées à l’encontre de toute une population. Le Centre d’Information Inter-Peuples a toujours relié le "ici" et le "là-bas", les solidarités immédiates et lointaines. C’est pourquoi nous avons appuyé l’appel à un rassemblement de soutien aux Rohingyas le 16 septembre dernier Place Félix Poulat (cf. Inter-Peuples n° 259, p. 7) où nous étions présents. Et nous continuerons à alerter, informer, manifester notre soutien. Car la solidarité internationale avec les peuples opprimés, où qu’ils vivent, en lutte pour leurs droits, est indivisible !

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