"Du Second Souffle" - Bouquins sans frontières

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Toutes actions en rapport avec le livre, le texte, la lecture ou l’écriture et la francophonie

Quand l’association Bouquins sans frontières a-t-elle été créée ? Avec quel objectif principal au départ ?

L’association Bouquins sans frontières a été créée en juin 2013, à Villeneuve à partir d’un constat : les associations solidaires qui reçoivent des dons sont souvent peu adaptées lorsqu’il s’agit du livre, qui n’est pas prioritaire par rapport aux autres types de dons qu’elles reçoivent. L’idée de créer une “bouquinerie solidaire”, est donc née de ce constat. Très rapidement, l’association s’est appuyée sur le bénévolat de réfugiés envoyés par l’Apardap et cette évolution nous a conduit à découvrir que le livre, la lecture et l’écriture, s’ils paraissaient l’objet apparent de l’association, en constituaient, dans les faits, le moyen.

Il faut faire ici un excursus pour préciser que la particularité de notre association depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, est l’absence de médiation entre des bénévoles qui gèrent et des publics qui bénéficient de leur action ; le conseil d’administration et le bureau sont entièrement entre les mains de ceux à qui l’association s’adresse, ce qui en fait un outil d’intégration citoyenne exceptionnel. D’où la récente modification de notre objet social qui est la lutte contre toutes les formes d’exclusion, sans les catégoriser ni les hiérarchiser, au moyen du livre. Plus particulièrement, il s’agit de donner un “Second Souffle”, aux livres comme aux individus, en dynamisant et en professionnalisant la filière du livre d’occasion, ici, sur l’agglomération grenobloise, mais aussi en direction de l’Afrique subsaharienne francophone.

Comment l’association a-t-elle évolué ? Quelles ont été ses principales initiatives, actions, interventions ?

Avant d’entrer plus dans le détail des actions, il faut préciser que l’association n’a jusqu’à présent bénéficié d’aucune subvention et qu’elle s’est toujours autofinancée ; une des conséquences de cette situation est que nous avons fonctionné jusqu’à présent comme des “bricoleurs”, au sens noble que donne Lévis-Strauss à ce mot, en l’opposant à l’“ingénieur”. Ce qui nous importait avant tout, était de penser un système cohérent — le diable se niche dans les détails ! — et nous souhaitons, dans les deux années à venir, lancer nos programmes dans trois directions : la médiation (pédagogique, culturelle), la dynamisation et la professionnalisation de la filière du livre solidaire (en France et en Afrique subsaharienne), la réalisation éditoriale et l’édition.

L’année 2018, qui verra l’achèvement des travaux du Pôle de solidarité internationale de la ville de Grenoble à l’automne, sera consacrée à la finalisation des programmes et à leur financement ; l’année 2019, à leur lancement, notamment à travers la Grande Collecte de livres, au printemps, la Ire Foire annuelle du livre ancien et d’occasion de la ville de Grenoble, en juin, et un séminaire sur la création d’un Guichet unique du don de livre, en octobre. Comme vous le voyez, nous souhaitons, sans renoncer à être des “bricoleurs” devenir aussi des “ingénieurs”.

De manière plus précise et rétrospective, ici, sur la région, nous avons mené une première expérience de bouquinerie solidaire, la Librerie, qui a fonctionné de septembre 2015 à avril 2016, et qui reprendra dans ses locaux neuf à l’automne 2018, au Pôle S.I. ; la première boîte de bouquiniste a été inaugurée par le maire Éric Piolle, le 22 septembre 2017, au square Silvestri. Elle fonctionne le lundi, mercredi et samedi, de 14 à 16 h. À l’international, nous avons mené une grande enquête à Dakar sur les “libraires par terre”, de 2013 à 2014 ; nous avons animé un atelier à Conakry, en février 2016, au terme duquel a été créée l’Association des bouquinistes de Guinée, forte aujourd’hui de 300 membres ; l’A.B.G. a pu nouer des liens contractuels avec les autorités municipales de la ville de Conakry et veut lancer un programme d’installation de 150 boîtes de bouquiniste. Ajoutons que rien n’eût été possible sans le soutien de la ville de Grenoble, à travers son adjoint au maire, Bernard Macret, et aussi celui de la Direction des relations internationale, à travers son directeur Éric Recoura. N’oublions pas de saluer ici Culture et Développement, à travers son co-directeur Francisco d’Almeida, dont l’aide a été décisive, à un moment critique de nos débuts.

Comment l’association fonctionne-t-elle ? Qui participe aux actions, initiatives, permanences devant les kiosques ? Quelle place est-elle faite à des migrants ?

Comme il a été dit, l’association fonctionne sans médiation, les membres du bureau sont tous, à un titre ou à un autre, victimes d’une forme d’exclusion ; ce terme, ne nous définit pas ; Nous nous voyons plutôt comme les acteurs de notre propre “inclusion”. Pour prendre un exemple, la boîte de bouquiniste est gérée en totale autonomie, par deux personnes, un binôme donc ; ce que l’on peut constater, c’est que ces personnes trouvent, à travers cette place occupée, une “exhaustion sociale” revalorisante, qui elle-même entraîne des effets.

La place des migrants était très majoritaire initialement ; aujourd’hui, animés par ce souci de davantage de mixité et de ne pas catégoriser ou hiérarchiser entre les formes d’exclusion, nous allons vers plus de diversité.

Bouquins sans frontières
Pôle de solidarité internationale
5, rue Federico Garcia Lorca 38100 Grenoble
contact chez bouquins-sans-frontieres.fr
https://bouquinssansfrontieres.wordpress.com/

Article publié dans Inter-Peuples n°261, décembre 2017

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