Argentine : prison à perpétuité pour les tortionnaires

Publié le : , par  Jo Briant

Minutieux, les bourreaux s’activent. Ils s’acharnent. Leurs mains ne tremblent pas. Pas une once de pitié ne les tenaille. Les cris de douleur de leurs victimes ne sont pas étouffés. Leurs corps martyrisés frémissent de peur, de souffrance et d’angoisse. Pour leurs tortionnaires, ce ne sont que des vermines marxistes qu’il faut exterminer. Derrière les colonnes blanches et imposantes de l’École mécanique de la marine (Esma) à Buenos Aires, des femmes, des hommes ont tutoyé l’horreur pendant les années de la dictature en Argentine (1976-1983) avec les Videla et l’amiral Émilio Massera. On a séquestré à tour de bras des militants de gauche, des défenseurs des droits humains. Il n’y avait pas d’âge pour être retenu dans l’un des 400 centres clandestins de détention, torture et disparition qui ont essaimé. L’Esma était le plus important. Certains corps mutilés étaient jetés dans les eaux du Rio de la Plata. Cette guerre sale était sélective et massive. Ce terrorisme d’État pour imposer un libéralisme économique décomplexé fera 30 000 victimes durant ces sept années. "Je ne veux pas parler de sale guerre. Je préfère parler d’une guerre juste qui n’est pas encore finie", osait encore assumer avec arrogance Videla lors du procès de 2010 du plan Condor. Cette internationale du crime menée par les dictateurs qui ont ensanglanté l’Amérique latine durant la seconde moitié du XXe siècle. Le satrape Videla est mort il y a quatre ans… derrière les barreaux. Ce qui ne fut pas le sort - hélas !- du dictateur chilien Augusto Pinochet.

Justice a été rendue partiellement en novembre dernier

En Argentine, le plus important procès des violations des droits de l’homme sous la dictature a pris fin le 29 novembre dernier : 54 anciens militaires étaient jugés pour crime contre l’humanité contre 789 victimes. Pour la première fois la justice argentine a prononcé des condamnations à l’encontre des responsables des "vols de la mort" de l’Esma au terme d’un méga procès considéré comme l’un des plus importants. Cinquante quatre inculpés ont dû répondre de leur monstruosité à l’encontre des 789 victimes. Pour le troisième procès des crimes perpétrés au sein de l’Esma, qui a débuté en 2012, près de 800 témoins ont défilé à la barre. Onze accusés n’entendront jamais le verdict final dicté contre 48 des prévenus car décédés durant la procédure. Trois autres ont été exemptés pour raisons de santé. Seuls six inculpés ont été acquittés. Vingt neuf autres ont écopé de la prison à perpétuité et les autres de peines allant de huit à vingt cinq ans d’emprisonnement. Dans le box, trois d’entre eux ont déjà été jugés pour tortures, enlèvements et assassinats : Ricardo Cavallo, Jorge Acosta dit "le Tigre" et Alfredo Astiz. Ce dernier, surnommé "l’Ange blond de la mort", a également été condamné par contumace à la prison à vie par la justice française en 1990 pour les enlèvements et assassinats en 1977 de deux religieuses françaises.

Après ce procès, la page sur les années de plomb est loin d’être définitivement tournée. La justice argentine poursuit son travail. 449 criminels purgent leur peine à domicile, 420 procès devront encore livrer de bien pénibles faits. Quant à l’Esma, elle accueille, depuis 2004, un musée de la Mémoire en hommage aux 30 000 victimes. Six ans plus tôt, le président de l’époque, Carlos Menem, voulait détruire le monument pour satisfaire l’armée, en le transformant en un parc avec un monument symbole de la "réconciliation"… bien sûr sans procès.

Article publié dans Inter-Peuples n°262, janvier 2018

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