Soutenons la population de FALEA elle refuse une mine d’uranium sur ses terres ( mai 2013 )

Publié le : , par  Marc Ollivier

Partout, et en particulier sur le continent africain, nous assistons aujourd’hui à une course intense aux matières premières et aux terres agricoles. Le respect de l’environnement, la justice sociale et les principes élémentaires de la démocratie sont piétinés par des investisseurs internationaux poussés par leur soif de profit...
C’est le constat amer qu’ont dû faire les habitants de la petite commune de Faléa, dans le Cercle de Kéniéba au sud-ouest du Mali, proche des frontières avec le Sénégal et la Guinée. Confrontés à un projet d’une mine d’uranium sur leur territoire, ils se sont mobilisés depuis 2010 avec leur municipalité et l’appui de l’association ARACF (Association des Amis et Ressortissants de la Commune de Faléa) et des élus du Cercle de Kéniéba .

Grâce à la solidarité de quelques ONG et de municipalités comme la Ville de Genève, les habitants de Faléa ont ainsi réalisé une étude du « point zéro radiologique », mis en place une unité de communication satellitaire, animé des séances de formations et créé une radio locale pour diffuser des connaissances sur l’extraction minière, le cadre légal et les droits des citoyens dans les quatre langues parlées par les populations [1].

En collaboration avec l’IPPNW [2] et l’uraniumnetwork, l’association ARACF a organisé à Bamako en mars 2012 une conférence internationale sur le thème « Uranium Santé et Environnement ». Le manque de moyens de l’État du Mali pour instruire la population a eu pour conséquence un flou juridique – une sorte de création de vastes espaces de non droit – qui est exploité, sans hésitations par les multinationales bien dotées de conseils juridiques [3]. Au sein des villages, les populations ne connaissent pas leur droits, stipulés dans le code minier malien, et encore moins le fonctionnement d’une Étude d’impact environnemental et social (EIES). Ce sont les raisons pour lesquelles l’ARACF demande conseil et appui.

Objectifs de l’ARACF

La mise en place d’une démocratie ne se décrète pas d’en haut. Cela se construit sur la base d’une démocratie locale activement vécue. L’ARACF veut informer l’ensemble des 17’000 habitants de 21 villages de Falea sur leurs droits et organiser une consultation populaire, prévue par l’EIES.

  • Une délégation d’habitants (surtout de femmes ) de Faléa doit pouvoir se rendre à Arlit au Niger pour découvrir les avantages et les conséquences de l’extraction de l’uranium.
  • En collaboration avec Adama TRAORE et Segun OLA mettre en place un spectacle itinérant pour la narration des savoirs nécessaires est envisagée.
  • Équiper la Mairie et la rendre capable d’organiser une consultation populaire en « bonne et due forme ».

Déroulement du projet

  • Dans les mois à venir 21 personnes surtout des femmes de Faléa vont se rendre à Arlit au Niger pour rencontrer des habitants et les représentants de la société civile. Un voyage de deux semaines pour découvrir la situation de l’extraction de l’uranium, les projets de renaturations des sites etc... Il serait souhaitable qu’une délégation de Arlit puisse également venir visiter les 21 villages de Faléa.
  • Cet échange de savoirs devrait être bien documenté et servir ensuite dans la constitution des code miniers du futur. Il y aura une consultation populaire à Faléa en novembre 2013 pour dire oui ou non à l’implantation d’une mine d’uranium.
  • Le réalisateur malien Adama TRAORE (www.actesept.org) a pris contact avec l’ARACF, l’initiative citoyenne des habitants de Falea, et proposé son soutien. D’autres amis nous ont mis en relation avec Segun OLA (www.segunola.com), un autre metteur en scène africain de cirque et de théâtre. Résultat : le projet d’une mise en scène musicale relayée par des scènes théâtrales, danse et cirque (en intégrant quelques habitants de Faléa) qui expliquera dans les quatre langues vernaculaires locales les thématiques suivantes qui s’imposent dans le contexte actuel :

- Des informations concernant l’uranium. Comment expliquer à des personnes une matière qu’on peut toucher mais qui émet des ondes qui ne puent pas, qui ne font pas de bruit, qui ne se voient pas au point que même les hommes et les femmes "civilisés du Nord" sont aveuglés par les mensonges dominants [4] Ce spectacle tentera d’exprimer le bouleversement de l’imaginaire collectif et de l’angoisse des habitants de Faléa face aux incertitudes de leur devenir.

- La mise en scène expliquera les droits de la Commune et de ses habitants dans la nouvelle organisation territoriale du Mali, mise en place en 1995 selon le modèle français, sans oublier les coutumes ancestrales permettant de prendre des décisions souvent plus sages que celles de notre démocratie moderne et mercantile.

- La narration théâtrale pourra expliquer le déroulement de la consultation populaire et où le respect ou le non-respect de telles décisions exprimés par les populations locales peuvent mener.

Bref, il y a matière à faire un spectacle, qui, après les représentations dans les 21 villages de Faléa, pourrait être présenté ailleurs en Afrique et également dans des villes solidaires en Europe comme par exemple Genève ou Munich. Dans "l’Europe de l’initiative pour les matières premières", dans cette Europe qui s’est transformée - sous le manteau d’un discours démocratique - en terrain de jeux pour des oligarchies financières.

La consultation populaire

Une conseillère municipale française est en train d’élaborer le modus d’exécution d’une consultation populaire adapté la la situation malienne. ARACF souhaite le concours de l’AWEPA [5] et d’autres conseils – riches d’une expérience en Afrique – pour accompagner et pour appuyer le déroulement exemplaire d’une telle initiative. Des observateurs au nombre de 21 sont invités à venir témoigner dans chacun des villages du déroulement correct du scrutin.

Moyens humains et réalisation :

  • Les voyages des délégations vers Arlit et à Faléa seront organisés par l’ARACF, accompagnés d’une équipe malienne pour la réalisation d’un documentaire de 30 minutes . Un comité de vigilance international surveillera et parrainera le bon déroulement.
  • Les réalisateurs de la narration théâtrale bénéficieront d’un budget de départ et engageront dans chaque région africaine où le spectacle sera reproduit, quelques acteurs locaux amateurs. Des représentations en Europe font partie du concept.
  • Les 21 observateurs venant de différents Communes de l’Union européenne prendront les frais de leurs déplacement en charge.
  • L’équipement de la Mairie et le recensement préalable nécessaire pour préparer le bon déroulement de la consultation nécessitent aussi des moyens financiers.

Dernières nouvelles

Une délégation des habitants de Faléa a été reçue par plusieurs ministres à Bamako

Pour signer l’appel de la population de Falea

Vous pouvez soutenir l’appel international lancé par l’ARACF en vous connectant au site de cette association

Le présent article reprend des informations diffusées par le Forum Civique Européen (Hannes Lammler - lammler chez forumcivique.org) et l’ARACF (Prof Many CAMARA - many.camara chez mbf21.de)

[1Les parlementaires européens Eva JOLY et Michel RIVASI après leur visite à Faléa en mars 2011 ont adhéré à l’Association ARACF

[2Internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire, Prix Nobel 1985

[3Plus de soixante concessions d’exploration ou d’extraction attribué annuellement par le gouvernement du MALI

[4Notre partenaire Umwelt Institut Munich a publié un texte : En vérité tout est mensonge - les mensonges du lobby nucléaire.

[5Parlementaires européens avec l’Afrique voir www.awepa.org

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