Le "Vivre ensemble" ça veut dire quoi ?

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C’est sous ce titre interpellant notre quotidien que Ras l’Front Isère a organisé à Voiron en début de mois les 10èmes rencontres départementales "luttes et résistance". Au fil des ans ce rassemblement est devenu un moment incontournable du début d’année… Une façon de mettre sur de bons rails nos luttes enrichies d’une réflexion partagée et d’échanges militants. Les organisateurs en dressent le cadre : "depuis des décennies des conflits armés (guerres économiques, pétrole…) ravagent le Proche et le Moyen-Orient aux dépens des populations civiles. L’Europe se trouve impliquée dans ces conflits et en subit les conséquences. Ces évènements agissent comme des accélérateurs des fractures de notre société", avec, en premier lieu une réponse sécuritaire…

Le "Vivre ensemble" ça veut dire quoi ?
Olivier Le Cour Grandmaison, Myriam Zerkaoui (RlF) et Omar Slaouti

Un premier débat s’intitule "la Réalité des Discriminations aujourd’hui" où Olivier Le Cour Grandmaison, enseignant en sciences politiques à l’université d’Evry-Val-d’Essonne précise la notion de "racisme d’Etat". La 3ème République s’est construite sur des bases coloniales, comme un Etat raciste et sexiste, tel l’indigénat par exemple. Et même si celui-ci disparut en 1945, des "pratiques de discrimination de population coloniale perdurent au fil du temps jusqu’à aujourd’hui". Deux exemples chiffrés étayent son analyse. En 1956, si 1,7 % de la population "européenne en France" est au chômage, pas moins de 25 % des Français musulmans d’Algérie le sont. Aujourd’hui, selon les enquêtes, 80 % des gens de couleur annoncent avoir été contrôlés dans les 5 ans… et 85 % des Blancs reconnaissent ne pas l’avoir été !
Si la France n’est plus aujourd’hui "un Etat raciste" car cela signifierait "reposer sur des dispositions juridiques où certaines parties de la population est détentrice de droits non équivalents", il existe un "racisme d’Etat" où la discrimination est assurée par les institutions au détriment de certaines parties de la population. Face à cette situation, la convergence des luttes est indispensable, mais elle ne peut se concevoir qu’en reconnaissant et en favorisant les luttes autonomes portées par les populations les plus discriminées elles-mêmes (jeunes des quartiers populaires, femmes, population de couleur…).

En droite ligne, tout naturellement, le second débat reprend le titre de cette soirée "le vivre ensemble ça veut dire quoi ?". Omar Slaouti professeur à Argenteuil, un porte-parole de la manifestation contre les violences policières et de la Marche pour la dignité et contre le racisme, en "tribun" l’introduit sans détours. "Si le vivre ensemble est un fait, puisque nous sommes dans une même société, nous vivons une situation de régression sociale (atteintes à la législation du travail, lois sécuritaires, etc.) avec un racisme qui prend chair, qui fait mal dans la chair pour ceux et celles qui subissent les contrôles. Ca fait mal ! Ca fait peur !"
Son intervention s’appuie sur "le racisme comme problème politique" qui se nourrit des inégalités sociales (en France, mais également dans le monde), car "notre société est structurée de cinq siècles d’esclavagisme et d’un siècle de colonialisme". "Les violences ne sont pas de la responsabilité de ceux qui vivent la répression policière, les ghettos, l’absence de travail, mais de la haine qu’ils produisent ". Avant de conclure : "plus que le vivre ensemble, l’objectif est la lutte ensemble car l’on sait que nous ne sommes pas égalitaires dans la société où l’État est discriminant".

Au-delà de ces propos qui interrogent notre réalité, force est de reconnaître que de telles rencontres apportent un souffle d’une solidarité à enraciner dans le quotidien.

Article publié dans Inter-Peuples n°263, février 2018

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