Honduras : pour faire barrage à la dictature, l’insurrection est légitime

Publié le : , par  Hélène Roux

Juan Orlando Hernandez (JOH), président sortant du Honduras se prépare à devenir le 27 janvier prochain, le chef d’un gouvernement "de facto" imposé, comme lors du coup d’Etat du 28 juin 2009, par la force militaire et en foulant aux pieds les institutions et la Constitution qui interdit expressément la réélection. Plusieurs éléments qui laissaient présager ce glissement vers la consolidation d’un régime autoritaire n’ont pas été pris en compte par les instances internationales pourtant promptes dans d’autres cas à applaudir la destitution de dirigeants accusés d’avoir enfreint la loi (Paraguay, Brésil) ; ou à s’indigner des velléités de se perpétuer au pouvoir des présidents vénézuélien ou bolivien. La question est moins de se prononcer sur le principe que de rappeler qu’au Honduras, la non-réélection vise à empêcher la répétition des épisodes dictatoriaux qui ont entaché l’histoire du pays.
La réélection ; le contrôle des institutions par le pouvoir exécutif ; la militarisation de la société et le soutien des États-Unis sont, selon l’analyste hondurien Joaquín Mejía, les quatre "péchés originels" préexistants que le processus électoral a exacerbés. En effet, c’est avant même sa prise de fonction en janvier 2014, que JOH, alors président du Congrès, fait approuver la création de la Police Militaire de l’ordre public (PMOP) et autres corps d’élites (TIGRES, COBRAS), chevilles ouvrières de la militarisation de la société. C’est également la majorité parlementaire de son parti qui élit les membres du Tribunal Suprême électoral en charge de superviser les élections de 2017. Enfin, ce sont des magistrats de la Cour Suprême de Justice redevables de leur poste à JOH qui ont donné l’aval à la suspension de l’indésirable prohibition de briguer un second mandat.

Dans ce contexte, le tour de passe-passe technologique qui a permis de renverser la tendance qui donnait au candidat de l’Alliance d’opposition à la dictature, Salvador Nasralla, une avance – irréversible aux dires des observateurs le soir de l’élection – n’est qu’un épisode de plus du feuilleton sanglant qui se joue au Honduras depuis 8 ans. Les missions internationales d’observation (Union Européenne - UE et Organisation des Etats Américains - OEA), pour lesquelles les élections constituent l’exercice démocratique par excellence, professent une singulière conception des principes de droit en s’accommodant du fait que celles-ci aient culminé par la restriction des garanties constitutionnelles et l’imposition d’un couvre-feu, le 1er décembre. Depuis, 2 comptabilités se déroulent en parallèle : d’un côté les chiffres du scrutin, de l’autre le bilan de la répression : 34 morts (imputés principalement à la PMOP), des centaines de blessés et détenus.

Pourtant, la stratégie de JOH pourrait se révéler une victoire à la Pyrrhus. La résistance ne faiblit pas et le mécontentement s’étend à des pans de la société qu’on attendait pas. Les COBRAS et les policiers qui, les 4 et 5 décembre, se sont mis en grève et refusé de réprimer les manifestations pacifiques, ont contribué à neutraliser le principal effet du couvre-feu : terroriser la population. Ceci est un message face auquel l’opposition doit, certes, rester circonspecte mais que le pouvoir aurait tort de sous-estimer. Par ailleurs, coïncidant avec une partie de l’establishment étatsunien, certains éminents représentants de l’entreprise privée s’inquiètent pour le futur de leurs négoces dans un pays rendu durablement ingouvernable par des protestations incessantes. La position de l’OEA qui, contre l’avis de Washington, a refusé de certifier les élections, reflète le dilemme qui étreint l’oligarchie locale et ses alliés du Nord, comment éteindre l’incendie attisé par la soif de pouvoir d’un seul homme ? Pour trancher cette question, l’Alliance invoque le droit à s’insurger contre un gouvernement usurpateur. Rejointe par d’autres forces politiques, elle appelle à une grève nationale du 20 au 27 janvier (date prévue pour l’intronisation du chef d’État).

Hélène Roux est chercheuse, journaliste indépendante et membre de la direction nationale de France Amérique Latine.

Article publié dans Inter-Peuples n°263, février 2018

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