Un automne électoral ambigu… A quand un printemps pour les Malgaches ?

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Superficiellement Madagascar vit au rythme de la campagne électorale où l’argent coule à flot pour certains candidats. Aucune limite à la propagande (c’est ainsi qu’est appelée la campagne électorale) pour devenir "le nouveau roi malgache". Les ariary se comptent en milliards d’ariary (en centaines de milliers d’euros et pour certains en millions d’euros), alors que 92 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et achète l’huile à la cuillère, la tomate, l’oignon ou la cigarette à l’unité. Les tee-shirts se distribuent à chaque meeting (un Malgache astucieux peut s’en procurer trente-trois différents – soit un par candidat–, histoire de voire venir pendant le quinquennat présidentiel). La population y reçoit "sa quote-part" (bien souvent les personnes qui participent à un meeting peuvent recevoir 5 000 ariary -1,80 €-… Chacun quitte son travail pour une telle aubaine ; fin septembre, à Antsirabe la population n’a reçu que 1 000 ariary… affrontements, intervention de la police).
Les élections, maintes fois reportées, se déroulent les 25 octobre (premier tour) et 20 décembre (second tour et élections législatives), sous pression de la communauté internationale. Pour éviter (ou limiter ?) la fraude, un bulletin unique est imprimé (en Afrique du Sud !). Il porte le nom des 33 candidats, leur photo ainsi que leur numéro d’ordre (mais qu’en est-il, quand on sait qu’au minimum un tiers de la population est analphabète ?). L’espoir porté par une majorité de Malgaches est de clore l’impasse politique (près de cinq années depuis le dernier coup d’état et un fonctionnement institutionnel "de transition"),
que le résultat soit accepté par tous les candidats (crainte d’un retour à la case départ),

  • que l’insécurité s’éloigne (violences quotidiennes, qui ont schématiquement trois causes. Elles sont liées aux attaques des dahalos –grand banditisme avec vol de zébus–, phénomène récurent exacerbé quand les politiciens ont besoin d’argent ; un zébu se vend entre 900 et 1 000 € aux Comores. L’absence d’un Etat de droit, auquel il faut lier la corruption –une personne arrêtée peut être libérée en quelques heures, selon ses moyens – : les actes nocturnes rendent très dangereux tout déplacement dès la nuit tombée. Et la notion de survie où quelle que soit sa pauvreté, on peut être victime d’autrui)
  • et qu’enfin une véritable lutte contre la pauvreté s’organise (et bien peu croit en cette promesse).

Visiblement tous les coups sont permis (surtout les coups bas). Un candidat a reçu en don de l’étranger 350 4X4, qu’il promet d’offrir à la police et à l’armée une fois les élections passées quels que soient les résultats (on peut s’interroger sur les contreparties d’une telle générosité). Ne souhaitant pas qu’ils servent, le pouvoir en place les bloque dans le port de Tamatave. Chacun souhaite faire meeting sur le site d’Antsonjombe, à Antananarivo, seul espace qui permet d’accueillir une foule en nombre, mais à ce jour seul un candidat en a reçu l’autorisation, alors qu’"à chaque fois on nous prie de prendre un autre rendez-vous" se plaint un candidat dans L’Hebdo du 4 octobre (Initialement il a été décidé que toutes les demandes seraient traitées en même temps). D’autres ont leurs affiches, tee-shirts et flyers bloqués par les douanes. Dans la presse, information et publicité électorale sont mêlées…

Comme le souligne le mensuel malgache R.O.I de septembre : "c’est en promettant n’importe quoi, qu’on gouverne n’importe comment". Cette revue a interpellé l’ensemble des candidats. Il est à souligner qu’aucun des principaux prétendants ne s’est situé quant à l’interpellation "jouons la transparence sur votre état de santé, votre patrimoine, votre fonds de campagne et vous sources de financement" ! Toavina Ralambomahay, dans son ouvrage "Madagascar dans une crise interminable" (Ed. L’Harmattan, Etudes africaines, 2011/02, 138 p.) précise : "les trois problèmes fondamentaux de Madagascar sont l’orgueil des personnalités malgaches (politiques ou de la société civile), la crédibilité des élections et le rôle encore prépondérant des considérations ethniques".

"Auparavant, 70% des Malgaches vivaient en dessous du seuil de pauvreté maintenant nous sommes à 92% !, souligne Sarah Saraha Georget Rabeharisoa, présidente du parti Vert malgache et l’une des deux femmes candidates à ces élections. Donc en quelques années, les chiffres ont explosé, la pauvreté n’a cessé de grimper. Madagascar est parmi les 15 pays les plus pauvres au monde. Sachant qu’il n’est pas en état de guerre civile, c’est d’autant plus inacceptable !"

Alors souhaitons au peuple malgache, qui vit dans la dignité tout en étant confronté à la survie au quotidien, qu’une page positive s’ouvre à lui… (à suivre…)

Philippe Savoye
5 octobre 2013, en direct de Madagascar

Article paru dans Inter-Peuples n°221, novembre 2013

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