Iran : Continuité ou changement ? Théocratie ou Démocratie ?

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Juin 2013, élection présidentielle en Iran… de fait, l’occasion pour donner une apparence démocratique à un régime théocratique et réactionnaire. En effet, le pouvoir du président iranien est limité et surveillée par les instances nommées et contrôlées par le guide de la révolution, en l’occurrence et depuis 1989, l’Ayatollah Khamenei. Mais l’élection de M. Rohani à la présidence a provisoirement mis à l’abri le régime iranien d’une révolte populaire ou d’une implosion due aux clivages entre ses différentes composantes : l’héritage politique, économique et social des 8 années de présidence d’Ahmadi-Nejad est catastrophique. Cela menace non seulement la survie du régime islamique, mais aussi l’intégrité et l’indépendance du pays…

Ce dossier de presse décrypte l’organisation des pouvoirs dans un système théocratique, la situation de l’Iran au cœur des conflits régionaux, les enjeux du nucléaire (civil ou militaire ?), la société iranienne en quête de changement et la culture iranienne entre tradition et modernité. En compléments, données de base, chronologie de l’histoire moderne de l’Iran, bibliographie et sitographie.
Novembre 2013, 52 p., 6 €

Sommaire du dossier :
Introduction : Le régime théocratique et le mirage de la démocratie
Données de base
Chronologie : histoire moderne de l’Iran
L’organisation des pouvoirs dans un système théocratique
L’Iran au cœur des conflits régionaux
Les enjeux du nucléaire iranien : civil ou militaire ?
La société iranienne en quête de changement
La culture iranienne entre tradition et modernité
Bibliographie
Sitographie
Poésie : "horizon clair" de Ahmad Chamlou

Iran : Le régime théocratique et le mirage de la démocratie

En juin 2013 et dans une ambiance de crise politique, économique et sociale sans précédent, les Iraniens ont "choisi" leur nouveau président de la république. L’élection présidentielle, en Iran, est une occasion pour donner une apparence démocratique à un régime théocratique et réactionnaire. En effet, le président de la république, dans la Constitution iranienne n’a qu’un pouvoir limité et surveillé par les instances nommées et contrôlées par le guide de la révolution, en l’occurrence et depuis 1989, l’Ayatollah Khamenei. Ainsi, le guide est le chef des armées et des forces de la sécurité, il nomme les membres du conseil constitutionnel, les membres du conseil de discernement du régime et par ailleurs ses représentants surveillent le fonctionnement des administrations nationales et locales. Cette omniprésence d’un guide omnipotent relègue le président de la république à une simple potiche d’un système théocratique et dictatorial. De plus, l’élection présidentielle est complètement verrouillée afin d’empêcher la présence de toutes candidatures hors des hommes du sérail. Ainsi pour l’élection présidentielle de 2013, le Conseil constitutionnel a validé les candidatures de 8 personnes sur plus de 700 prétendants. Parmi les candidats écartés par le conseil constitutionnel on trouvait certains dignitaires du régime comme ayatollah Rafsandjani (ancien président de République) ou M. Rahim Machai (vice Président et proche conseiller du président Ahmadi-Néjad) et cela pour ne pas faire de l’ombre au guide de la révolution.
Cela étant dit, et en même temps, l’élection présidentielle en Iran a une valeur symbolique, elle est le seul moyen qui permet aux peuples iraniens d’exprimer ses illusions dans un changement démocratique ou de manifester son hostilité contre un régime liberticide dirigé par un despote réactionnaire.
Par ailleurs, cette élection présidentielle, était un moyen précieux pour le régime islamique de tenter de trouver un moyen pour mettre fin à la crise politique déclenchée par la réélection frauduleuse d’ Ahmadi-Néjad en 2009. En effet, le coup d’état électoral mené par la faction militaire du régime et avec l’aval de l’Ayatollah Khamenei, a non seulement déclenché un vaste mouvement de protestation, réprimé dans un bain de sang, mais a eu pour effet de mettre fin à une coalition entre les différentes factions conservatrices du régime islamique. La politique répressive contre le mouvement vert et leurs dirigeants, M. Moussavi et M. Karoubi, et les anciens dignitaires du régime comme M. Rafsandjani et M. Khatami (les anciens présidents de la République) a fortement aggravé les dissensions au sein du régime et fragilisé davantage sa légitimité. L’impasse politique et le fort mécontentement de la population vis à vis de la politique économique et sociale menée par le gouvernement d’Ahmadi-Nejad peut expliquer la victoire, dès le premier tour, de M. Rohani et l’échec cinglant des candidats soutenus par la faction droitière proche du dictateur iranien.
L’élection de M. Rohani a provisoirement mis à l’abri le régime iranien d’une révolte populaire ou d’une implosion due aux clivages entre ses différentes composantes. Mais cette réalité ne peut pas dissimuler les grandes difficultés du nouveau président iranien pour sauver le pays de l’héritage politique, économique et social catastrophique des 8 années de présidence d’Ahmadi-Nejad. Cela menace non seulement la survie du régime islamique, mais aussi l’intégrité et l’indépendance du pays.
En effet la politique socio-économique menée par le gouvernement d’Ahmadi- Néjad, ceci avec la bienveillance du guide ayatollah Khamenei, a enfoncé le pays dans un marasme économique sans précédent depuis la fin, en 1989, de la guerre Iran-Irak. Et cela malgré l’énorme revenu pétrolier du pays : plus de 600 milliards de dollars entre 2005 et 2012.

Selon le dernier rapport de la commission d’enquête du parlement iranien, l’économie du pays est entrée en récession en 2011 et en 2012 le taux de croissance du PIB était de – 5,2%. En même temps le pays souffre d’une situation de stagflation, autrement dit, d’un taux de chômage qui varie selon les différentes statistiques entre 15 et 20% et le taux d’inflation est d’au moins 35%. Dans une analyse effectuée par la revue The Economist sur l’indice de misère dans 96 États, l’Iran occupe, avec un indice de misère de 40% en 2012, le 3e rang mondial. La monnaie nationale iranienne (Rial) a perdu, depuis l’année 2011, 75% de sa valeur face à l’Euro. Cela a aggravé l’inflation ainsi que le pouvoir d’achat de la population qui a chuté de 72% entre 2005 et 2012. Alors que le salaire minimum équivaut à 6 dollars par jour, le seuil de pauvreté a été estimé à 11 dollars par jour. Selon la fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) citée par le journal La Croix du vendredi 14 juin 2013, plus de 50% des 75 millions d’Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté. En effet, les travailleurs des entreprises de moins de 10 salariés ne sont pas couverts par les dispositifs de loi entrée en vigueur depuis 1981 en matière de droit du travail. Cela prive une part importante des salariés iraniens d’une protection et d’une couverture sociale.
De plus, l’embargo criminel imposé à l’Iran par les grandes puissances a aggravé les conséquences néfastes de la politique économique du régime dont la principale victime est la population iranienne. Nous pouvons condamner le choix de l’Iran en matière énergétique ou même dénoncer le comportement et les discours provocateurs et irresponsables d’Ahmadi-Néjad, mais cela ne met pas en cause le droit de tous les pays - dont l’Iran - à maitriser la technologie nucléaire et à son usage pacifique. Le désarmement nucléaire doit commencer par les États qui possèdent un arsenal atomique : entre autres les grandes puissances membres du Conseil de Sécurité de l’ONU et, pour ce qui est de la région du Moyen Orient, l’Etat d’Israël ou encore le Pakistan et l’Inde.
D’autre part, nous pensons que les peuples iraniens et palestiniens sont les grandes victimes du conflit qui oppose le régime réactionnaire de Téhéran au gouvernement colonisateur et criminel israélien et son protecteur étasunien. Car ce conflit permet au régime des ayatollahs de renforcer les sentiments nationalistes de la population contre des menaces extérieures. En même temps cela permet au gouvernement israélien de continuer, sans crainte, sa politique criminelle de colonisation et de persécution du peuple palestinien. Et enfin l’impérialisme étasunien utilise cette situation pour poursuivre sa politique de vente d’ armes et d’hégémonie dans cette région du monde.
Pour nous l’élection de M. Rohani à la présidence de la République n’est qu’une tentative pour sortir le régime islamique de l’impasse politique, économique et sociale et de desserrer l’étau des sanctions internationales qui menacent sa survie. La renaissance d’un Iran laïque et démocratique passe par la fin de la théocratie et le renversement de la République Islamique et de son guide, l’Ayatollah Khamenei, qui réprime les aspirations des peuples d’Iran à la liberté et la justice sociale.

CIIP et Iran Solidarités,
Octobre 2013

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