Mali : faible participation pour les élections législatives

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Sous la protection de l’armée française et de l’armée malienne (en restructuration avec l’assistance de l’Union européenne), c’est à dire sous une tutelle objective des intérêts français, une nouvelle étape de l’opération "Serval" a été franchie avec l’organisation d’élections législatives en décembre dernier. Le taux de participation, déjà peu élevé pour élire le nouveau président (Ibrahim Boubacar Keita) en juillet dernier, a encore diminué jusqu’à près de 37% lors de ces élections parlementaires. Nous avons demandé à nos amis maliens de la CORMI à Grenoble (Coordination des Maliens de l’Isère) de commenter les résultats de cette consultation, qui a vu le parti du nouveau président élu en juillet dernier arriver en tête avec près de 40% des sièges dans le nouveau parlement.

Les Maliens étaient de nouveau appelés à voter en cette année 2013, décidément riche en événements politiques, au cours d’élections législatives. Ce scrutin, destiné à consacrer le retour de l’ordre constitutionnel au Mali depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012, s’est déroulé dans une atmosphère très calme, voire trop calme pour un pays si désireux de retrouver la stabilité après la guerre, le coup d’Etat et l’occupation.

A l’issue du premier tour tenu le 24 novembre 2013 un second tour eut lieu le 15 décembre pour départager les candidats encore en lice. Contrairement à l’élection présidentielle qui s’était tenue aux mois de juillet et août derniers, ces législatives ont connu un taux de participation plus faible, avec 38,4% au premier tour et 37,24% au second tour. Sur les 147 sièges de députés à l’Assemblée nationale, chambre unique du parlement malien, le "Rassemblement Pour le Mali" (RPM), parti du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) obtient la part du lion avec 60 sièges. Il est suivi par "l’Alliance pour la Démocratie au Mali" (ADEMA) avec 20 sièges et "l’Union pour la République et la Démocratie" (URD) de Soumaïla Cissé, qui obtient 17 sièges (c’était le candidat battu au second tour des élections présidentielles par IBK). La prépondérance de ces trois formations politiques confirme la mainmise des partis politiques traditionnels sur la vie institutionnelle au Mali : le RPM et l’URD sont tous deux issus de scissions de l’ADEMA qui fut la majorité au pouvoir sous la présidence de Alpha Oumar Konaré de 1992 à 2002. Douze autres partis se partagent les sièges restants, dont certains perdent des sièges par rapport à l’assemblée sortante.
Le changement attendu n’aura donc pas lieu pour les partis politiques, mais plutôt pour les personnes, puisque 21 députés seulement ont été réélus : la nouvelle assemblée est composée de personnalités pour la plupart inconnues du grand public. Plusieurs ténors ont été battus, tandis que d’autres préféraient trouver leur place dans le gouvernement d’IBK, puisqu’au Mali, où le cumul des mandats n’existe pas (pas encore ?), la fonction de député est incompatible avec toute autre fonction. Les espoirs placés par les Maliens sur la nouvelle Assemblée nationale sont nombreux. Nous n’en citerons que deux : la restauration de la crédibilité de l’institution parlementaire et l’animation d’une opposition politique efficace.

La restauration de la crédibilité de l’institution parlementaire

La Constitution du Mali, copiée en grande partie sur celle de la France, comme c’est souvent le cas en Afrique francophone, accorde peu de pouvoir au Parlement face à l’exécutif. De ce fait, l’Assemblée nationale malienne avait fini par devenir, sous la présidence d’ATT, une simple chambre d’enregistrement où les députés votaient massivement et sans amendements des textes toujours préparés par le gouvernement, quitte parfois à s’en désolidariser ensuite devant l’opinion publique. Les indemnités exorbitantes des députés et la multiplication des scandales financiers impliquant ces derniers avaient fini par entacher sérieusement l’image du Parlement dans l’esprit du public malien.
Même si le taux de participation est plus élevé que lors des législatives précédentes et que, d’une façon générale, les élections législatives suscitent moins d’intérêt que l’élection présidentielle, l’attitude des partis politiques déroute parfois leurs électeurs car les alliances entre candidats ne correspondent nullement à des directives politiques mais plutôt à une tactique pour gagner le plus de sièges. On a ainsi vu des partis politiques tantôt se faire la guerre, tantôt former une alliance suivant les circonscriptions. Ce qui démontre combien l’ancrage des barons locaux est plus important pour gagner une élection que l’image et les programmes de leurs formations politiques. Dans cette course au pouvoir, même les rebelles indépendantistes ne sont pas restés en marge, puisque certains de leurs cadres se sont fait élire dans la région de Kidal sur les listes du parti d’IBK. Il s’agit notamment de Mohamed Ag Intalla, fondateur du "Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad" (HCUA), fils d’un important chef de clan, et de Ahmad Ag Bibi, membre du "Mouvement National de Libération de l’Azawad" (MNLA). Auparavant ils appartenaient à l’ADEMA et siégeaient à l’Assemblée nationale avant de rejoindre la rébellion en 2012.

L’animation d’une opposition politique efficace

Depuis la révolution de mars 1991, la vie politique malienne est marquée par une pléthore de partis politiques et un vide sur les bancs de l’opposition. La plupart des formations évitent de se mettre en contradiction avec le pouvoir exécutif, même lorsque celui-ci ne dispose pas d’une majorité à l’Assemblée nationale.
A la suite du coup d’Etat du 22 mars 2012, les députés reçurent leur part de blâme et furent accusés d’avoir livré le pays sans contrôle à ATT, qui l’avait livré à son tour aux groupes armés. L’opinion attend désormais des députés qu’ils jouent le rôle d’un véritable contre-pouvoir et surveillent les activités de l’exécutif. Si le candidat Soumaïla Cissé, arrivé au second tour de l’élection présidentielle et désormais élu député, a déjà affirmé sa volonté d’animer une opposition politique, certains élus de son parti se sont prononcés clairement contre ce choix. Or, en l’absence d’une opposition politique forte, il est à craindre qu’on assiste de nouveau à un festival des brigands...
Le Parlement est le socle de la démocratie et son hémicycle est le plus important forum dans un Etat de droit. Il convient donc que les nouveaux élus jouissent pleinement de leurs prérogatives et exigent des comptes du gouvernement sur son action au nom du service public. Pour cela, il appartient à l’ensemble des formations politiques de travailler pour restaurer le pouvoir du parlement et permettre aux parlementaires de mieux participer aux questions importantes et aux décisions prises par le gouvernement.

CORMI (Coordination des Maliens de l’Isère)

Article paru dans Inter-Peuples n°224, février 2014

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