Rwanda 1994-2014 : 20 ans d’impunité

Publié le : , par  CIIP

édito avril 2014

7 avril 1994, le lendemain même de l’attentat mortel contre l’avion du président rwandais Habyarimana, le génocide commençait au Rwanda. Près d’un million de martyrs - essentiellement des Tutsis mais aussi un certain nombre de Hutus "modérés" -, un génocide perpétré en une centaine de jours. Vingt ans après, de nombreuses questions restent sans réponse, mais pour le moins un fort soupçon s’impose, à savoir celui relatif à la responsabilité de l’Etat français et de son armée.

Tout d’abord, les responsables politiques français - sous la Présidence de François Mitterrand - savaient qu’un génocide pouvait survenir au Rwanda. Plusieurs massacres à caractère génocidaire avaient été perpétrés sous la responsabilité des autorités rwandaises – en octobre 1990, entre janvier et mars 1991, en mars et août 1992, en janvier 1993, alors même que la France soutenait fortement le président Habyarimana. L’existence d’un plan visant à massacrer les Tutsis à grande échelle fut confirmée par la suite par diverses ONG, ce que les autorités françaises ne pouvaient ignorer. En janvier 1993, Jean Carbonare, alors président de Survie, était intervenu au 20 h. de France 2 pour alerter l’opinion et dénoncer les massacres organisés : "Nous pouvons faire quelque chose", disait-il. Mais les responsables politiques français ne firent rien.

Ajoutons que la France a encadré, formé l’armée et la gendarmerie rwandaises, qu’avant le génocide, la livraison d’armes a été massive et régulière, y compris du 19 avril au 18 juillet 1994, en plein génocide. Durant le génocide lui-même, l’ordre est donné par l’amiral Lanxade – responsable militaire de haut grade - de ne pas intervenir pour faire cesser les massacres. Pendant l’opération Turquoise - cette vaste opération d’initiative française visant à exfiltrer les auteurs Hutus des massacres et à les évacuer au Zaïre (juin-août 1994) - les soldats français n’arrêtent aucun génocidaire rwandais, mais au contraire les aident à passer au Zaïre (devenu par la suite République démocratique du Congo). A la fin du génocide, la France fait évacuer le colonel Bagosora, le cerveau du génocide, premier officier rwandais formé par l’Ecole militaire à Paris.

Comment oublier la formule de François Mitterrand, prononcée durant l’été 1994 : "Dans ces pays là, un génocide ce n’est pas très important". Une phrase qui résume à elle seule le mépris et le cynisme de la politique française en Afrique et particulièrement au Rwanda… Il y a bien eu un rapport parlementaire suite à une mission dirigée par Paul Quilès qui reconnut que la France avait certes commis des "erreurs", mais qu’elle ne pouvait être soupçonnée de la moindre responsabilité. Ce "Rapport Quilès" est contredit par de nombreux documents contenus dans les tomes d’annexes censés l’étayer ! L’association Survie a mené et continue à mener de nombreux travaux d’enquête qui convergent tous - faits précis à l’appui - vers la responsabilité manifeste de l’Etat français dans ce génocide rwandais. Vingt ans après il est plus qu’urgent et impératif que toute la lumière soit faite sur la responsabilité de l’Etat français et de son armée, et que les responsables français soient jugés pour leurs actes. Il en va de la bonne marche de nos institutions, de notre démocratie, et de l’exigence impérative d’une toute autre relation entre la France et l’Afrique….

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