Au Maroc il faut défendre Amina Morad et Benacer Ismaïni

Publié le : , par  Marc Ollivier

A l’issue d’un simulacre de procès à rebondissements dignes du roi Ubu, le pouvoir marocain vient de condamner à un an de prison ferme et 10.000 Dirhams d’amende (environ mille euros) ces deux militants d’une association de Ouarzazate. Leur crime est de défendre les victimes des abus commis par les institutions de microcrédit marocaines qui imposent des taux d’intérêts usuraires principalement aux mères de familles dans le besoin.

Première manœuvre : les banquiers déposent plainte

La mascarade a commencé avec un dépôt de plainte il y a trois ans contre ces militants « pour escroquerie, diffamation et menaces » par quatre de ces institutions financières. En effet Amina Morad et Benacer Smaïni avaient créé une association de défense de leurs victimes qui a vite compté des milliers d’adhérentes. Toutefois le procès a avorté en première instance : devant la forte mobilisation des victimes et le soutien qu’elles obtenaient tant au Maroc qu’auprès d’ONG internationales comme le CADTM, les quatre institutions financières plaignantes ont décidé de retirer leur plainte, ce qui a conduit le tribunal à blanchir les deux militants. [1]

Deuxième manœuvre : le procureur mobilise un nouveau plaignant

Il s’agit de l’’association INMAA, manipulée par l’AMSED (Association Marocaine de Solidarité et de Développement) créée en 1992 par les pouvoirs publics pour faciliter et encadrer l’expansion du microcrédit au Maroc. C’est donc un instrument du pouvoir politique qui se manifeste à travers l’INMAA. Du coup la solidarité avec l’association s’est élargie et ce procès en appel a été renvoyé plusieurs fois parce que des preuves s’accumulaient sur les agissements illégaux des institutions du microcrédit : élargissement abusif du domaine initial aux prêts à la consommation, taux d’intérêt abusifs, pressions et violences etc...

La volonté des cercles dirigeants d’intimider les pauvres qui osent protester

Finalement c’est le 28 janvier 2014 que le tribunal a tenu une session où toutes ces manœuvres ont été clairement dévoilées : en effet ni l’INMAA ni son avocat ni aucun témoin à charge ne se sont présentés tandis que la défense a été empêchée de citer des témoignages et de fournir ses preuves sur les dérapages des banques du microcrédit. Et c’est un juge envoyé de Rabat qui est venu le 11 février prononcer un verdict scandaleux : un an de prison ferme et de lourdes amendes à l’encontre de militants associatifs qui ne font que soutenir les protestations parfaitement légitimes de pauvres gens victimes de la rapacité des banques et d’un pouvoir politique prédateur...

Ce défi doit être relevé

Comme dit la députée européenne Marie-Christine Vergiat dans un communiqué : « Il s’agit de faire peur aux victimes et de stopper le mouvement et la solidarité que l’opinion publique nationale et internationale manifestent à leur égard ».
En effet une large solidarité se développe pour défendre Amina Morad et Benacer Ismaïni :

  • Les deux militants condamnés ont décidé, avec les organisations marocaines qui les soutiennent, de former un pourvoi en cassation contre leur condamnation. Un pool d’avocat s’est constitué pour rédiger le mémorandum nécessaire et une solidarité financière nationale et internationale est en cours d’organisation.
  • Par ailleurs une caravane de solidarité se prépare pour la fin avril, avec des délégations du Maroc et d’autres pays, à Ouarzazate et dans plusieurs villes de la région, pour faire entendre raison à la justice et aux pouvoirs publics marocains. En effet les actions de soutien aux victimes de la finance prédatrice devraient au contraire être encouragées et aidées par un roi qui se présente comme « le roi des pauvres » !
  • Signalons enfin qu’une pétition est ouverte sur internet pour demander l’acquittement de ces militants exemplaires. Pour la signer, connectez vous au site :

http://www.cyberacteurs.org/cyberactions/solidarite-victimes-microcredits-ourzazate-740.html

[1Voir le compte-rendu de la soirée de solidarité du 5 /12/2014 organisée par Maroc Solidarités Citoyennes, le CIIP et le CADTM avec le soutien d’ATTAC 38, de la LDH 38, de la LIFPL et de Femmes égalité, dans Interpeuples de janvier 2014

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