Quels sont les buts de la guerre engagée par la France au Mali ? Grenoble, le 21 janvier 2013

Publié le : , par  CIIP

L’armée française est intervenue au Mali officiellement pour libérer ce pays de divers groupes "djihadistes" armés terrorisant les populations du nord du pays, se livrant à des activités criminelles (enlèvement d’otages, trafics d’armes et de drogues etc...) et menaçant d’investir Bamako pour faire du Mali une nouvelle Somalie.
La responsabilité des citoyens français est engagée dans cette opération puisque dans notre pays le peuple est en principe souverain..
Comment analyser les motivations et les objectifs de cette intervention militaire ? Quelle position adopter vis à vis de la politique de notre gouvernement ? Dans quelles actions nous engager sur le terrain de la société civile en France et au Mali, notamment avec la communauté des Maliens en France ?
Telles sont les questions auxquelles nous devons répondre pour orienter et dimensionner les activités du CIIP concernées par la présence militaire de l’armée française dans le Sahel africain.

Texte du communiqué diffusé le 21 janvier 2013

La France est entrée en guerre au Mali le 10 janvier dernier et achemine dans ce pays des forces terrestres importantes. Cette intervention militaire est présentée comme une réponse à une demande du Président malien par intérim (dépourvu de toute légitimité), pour barrer la route à une offensive en direction de Bamako des groupes de "djihadistes" lourdement armés qui terrorisent les populations du nord Mali depuis plusieurs mois.

Les exactions criminelles de ces groupes, leur contribution aux trafics de drogues, de cigarettes, d’armes et aux prises d’otages, ainsi que la dictature soi-disant religieuse qu’ils exercent sur ces populations sont une réalité absolument inacceptable, au point que plus de 200.000 réfugiés ont fui cette région en direction de Bamako ou des pays voisins. C’est pourquoi nous comprenons les réactions de soulagement et le soutien exprimés par les Maliens après le coup d’arrêt porté aux offensives de ces groupes par les frappes aériennes françaises, en apportant un renfort décisif à l’armée malienne.

Sérieuses réserves du CIIP face à cette intervention
Le CIIP, en solidarité avec le peuple malien, exprime cependant des réserves sur ce type d’intervention. En effet, l’expérience historique des interventions, notamment militaires, de la France en Afrique, ne témoigne pas réellement de son attachement à la souveraineté des peuples ou à un véritable soutien aux forces démocratique. La France a ainsi trempé dans le coup d’état contre Modibo Keita, le premier président démocratiquement élu du Mali, dans l’assassinat de Thomas Sankara au Burkina Faso, dans le soutien à tous les dictateurs dévoués à ses intérêts au Cameroun, au Tchad, au Niger, au Gabon, etc. Elle porte de lourdes responsabilités dans le génocide au Rwanda et par son ingérence dans les conflits intérieurs en Côte d’Ivoire. Il n’est donc pas possible de croire que l’intervention française au Mali soit d’abord motivée par une volonté de libération des Maliens.

Et ce d’autant plus que la domination des groupes djihadistes au nord Mali est bien la conséquence des responsabilités françaises dans l’affaiblissement de l’état malien et des interventions des USA et de leurs alliés au Moyen Orient, en Afghanistan et en Libye, a fait émerger de nouveaux acteurs dans cet immense territoire du cœur de l’Afrique. Des acteurs difficiles à manipuler pour les enjeux géostratégiques des multinationales et des réseaux politico-financiers de la Françafrique et de tous les pays dominants de l’empire néolibéral. Le monde entier en prend conscience après la prise d’otage géante et meurtrière à In Amenas en Algérie et l’implication brutale de tous les pays voisins, depuis l’Algérie jusqu’au Tchad en passant par le Niger, la Mauritanie, le Burkina Faso, etc. dans la guerre engagée contre ces djihadistes.

Mali, France : enjeux et questions
Au delà du coup d’arrêt porté par l’aviation française aux entreprises de ces groupes, quelles perspectives la réaction militaire engagée par la France ouvre-t-elle aux peuples ainsi entraînés dans ce conflit ? La reconstruction d’un état démocratique au Mali, débarrassé de la classe politique corrompue soutenue par la France sous le règne de l’ex-président Amadou Toumani Touré, sera-t-elle possible avec la présence dans ce pays de l’armée française et de la MISMA, une force militaire créée par le Conseil de sécurité, qui serait composée de contingents venant des pays de la CEDEAO, c’est à dire des pays totalement vassalisés par les intérêts de la Françafrique ? Les forces démocratiques maliennes pourront-elles faire respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de leur pays, avec au surplus l’intervention multilatérale de l’Union Européenne annoncée, pour former et équiper l’armée malienne ? En ce qui nous concerne, en France, aurons-nous la garantie que les buts réels de cette guerre et les objectifs poursuivis par son prévisible prolongement, seront démocratiquement débattus au Parlement et clairement présentés à l’ensemble des citoyens ? Poser ces questions souligne les mobilisations qui nous attendent pour restaurer la démocratie non seulement au Mali, mais aussi dans notre pays pour y faire respecter les principes républicains. Car cette nouvelle guerre aura des effets directs sur la population française, prise en otage par des dispositifs antiterroristes de plus en plus renforcés et de plus en plus attentatoires aux libertés, notamment par le renforcement du plan Vigipirate.

Échec de 50 années de pseudo "coopération franco-africaine"…
Pour une alternative

Pour ce qui concerne le Centre d’Information Inter-Peuples, nous sommes résolus à renforcer nos relations de solidarité avec les forces démocratiques du Mali et de tous les pays engagés dans cette crise majeure, en Afrique du nord et occidentale, qui luttent depuis longtemps pour construire et faire vivre sur leurs territoires des sociétés libérées des convoitises impérialistes du capitalisme mondialisé.
Au Mali en particulier, le CIIP a décidé de soutenir l’appel lancé par les populations de la commune de Faléa, sur les confins frontaliers avec le Sénégal et la Guinée, qui résistent au projet d’une multinationale canadienne d’ouvrir une mine d’uranium sur leur territoire, projet pour lequel l’ex président corrompu leur avait accordé un permis d’exploration sans la moindre concertation avec les habitants. Nous diffuserons leur appel dans notre prochain bulletin mensuel pour montrer un exemple des liens de solidarité que nous pouvons renforcer avec les organisations de la société civile du Mali. Nous avons écrit au président de la région Rhône-Alpes pour l’engager à y répondre.

En conclusion, la crise malienne et cette nouvelle intervention militaire française révèlent l’échec de 50 années de "pseudo-coopération" avec l’Afrique et du modèle de "développement" ou plutôt de "mal-développement" qui ont été imposés aux peuples africains par tout un système économique et politique dominant. Le plus urgent aujourd’hui est de donner au Mali et au peuple malien les conditions économiques, sociales et politiques de sa souveraineté, ce qui doit passer par un processus constituant.

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