Lampedusa des peuples et des cultures de la Méditerranée

Publié le : , par  Philippe Savoye

Le 3 octobre 2013, au large des côtes de Lampedusa, prenait feu et chavirait un bateau transportant plusieurs centaines de ceux qu’on appelle "les migrants illégaux". Malgré la solidarité immédiate de marins et pêcheurs 368 enfants, femmes et hommes sont morts et plus d’une vingtaine sont portés disparus.

Début octobre, à l’occasion du premier anniversaire de cette tragédie, s’est déroulé le festival SABIR (un sabir est un système de communication utilisé par des populations ayant des langues différentes mais dans l’obligation de communiquer), à l’initiative du Comité 3 octobre, de l’association culturelle et d’éducation populaire de Sicile et de la ville de Lampedusa. L’objectif du festival est de renforcer le rôle de cette "porte de l’Europe" qu’est l’île, en pont entre les deux rives, en espace ouvert à la solidarité.
JPEG
Comme l’exprime, Tareke Bhrane [1] : le comité est né dans la foulée de la tragédie du 3 octobre 2013. Depuis rien n’a été fait en Italie pour devenir un modèle d’hospitalité digne de ce nom. Rien na été fait pour permettre aux familles des victimes de savoir où leurs proches sont enterrés. Pour donner vie à la mémoire, le comité a suscité un projet de loi (pas débattu à ce jour) pour que le 3 octobre devienne "Jour du Souvenir".

Le dossier "Vies à la dérive : réfugiés et migrants en péril en Méditerranée" que vient de publier Amnesty International atteste de la poursuite de cette situation dramatique, au-delà des "larmes de crocodile" politiques. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au 15 septembre, au moins 2 500 réfugiés et migrants sont morts depuis le début 2014 en tentant de traverser la Méditerranée. Ce qui se joue c’est le renforcement de la politique de "l’Europe forteresse".
Entre spectacles et animations, au cœur de ce festival des cultures méditerranéennes les rencontres "Migrants et Méditerranée".
Plusieurs axes sont retenus : la problématique des frontières et du premier accueil, la relation entre migration et développement, la campagne "l’Europe est moi aussi" sur les droits des migrants en Europe, le rôle des syndicats dans la promotion des droits des émigrants dans les pays de passage et la problématique des migrants disparus et décédés pendant leur voyage vers l’Europe.
Les échanges riches, sous forme d’ateliers, ont tourné sur les défis communs à relever de part et d’autre de la Méditerranée pour une démocratie réelle, une dignité partagée, la résistance commune aux accords de libre échange, la dénonciation de la militarisation des frontières, la préservation des droits sociaux en Europe et leur accès à toute population migrante. Partage des initiatives, renforcement des réseaux de solidarité et comme axes politiques majeurs : "abolition du règlement de Dublin, fin de la militarisation de la Méditerranée, développement des crédits sur les opérations de recherche et de secours ainsi que pour l’amélioration des infrastructures d’accueil, mise en place de parcours humanitaires légaux et sécurisés, permis de séjour humanitaire européen". (Mathieu Dargel)
Une cérémonie de commémoration en hommage aux migrants disparus le 3 octobre 2013 et au cours de l’année écoulée, marque l’engagement que "tant qu’il y aura gens décédés ou dispersée dans leur voyage migratoire il y aura une mère, un père, une sœur, un frère, un ami(e), un camarade qui exigeront vérité et justice !" (comité 3 octobre)

Article publié dans Inter-Peuples n°230, novembre 2014

Pour aller plus loin : le site du festival Sabir

Point de vue sur...

AgendaTous les événements