Les quarante ans de Longo Maï

Publié le : , par  Marc Ollivier

En avril 1973, une trentaine de jeunes suisses, allemands, autrichiens et français sont allés dans les environs de Forcalquier en Provence pour construire sur 300 ha de terres abandonnées la première coopérative. Ils lui donnèrent le nom de Longo maï, « que cela dure longtemps » en provençal.
Cette démarche concrétisait les décisions prises lors d’un congrès rassemblant des jeunes de dix pays européens à Bâle (Suisse) en 1972 de créer « des zones expérimentales d’une Europe solidaire, pacifique et démocratique par une vie commune sur une base coopérative », dans le contexte de l’effervescence sociale et politique des événements de l’année 1968. Elle marquait le début de la création d’un réseau de dix lieux de vie collective peu à peu installés dans cinq pays européens (France, Suisse, Allemagne, Autriche, Ukraine) et au Costa Rica, qui rassemblent aujourd’hui quelques centaines de personnes de plusieurs nationalités décidées à « vivre autrement ».
Des lieux autogérés, sans salariat et avec une caisse commune, avec la propriété collective des terres et des biens immobiliers, où l’on pratique, entre autres, l’agriculture, l’élevage, l’artisanat semi-industriel, l’accueil de jeunes et de moins jeunes souhaitant participer aux activités du réseau.

Qu’est devenu Longo Maï ?

Mais Longo Maï pratique aussi l’édition de périodiques (en allemand et en français), l’animation d’une radio locale associative (radio Zinzine), ainsi que de multiples activités culturelles et politiques. C’est que les créateurs du réseau ont tenu à se différencier des expériences collectives de « retour à la terre » qui ont suivi 1968 en affirmant que les coopératives n’étaient pas leur objectif principal, mais seulement un choix de localisation de leurs modes de vie ; l’essentiel étant à leurs yeux de jouer un rôle actif et dynamique dans la vie sociale et politique des pays où ils s’installaient. C’est pourquoi ils se sont dotés dès le début de moyens de communication (presse et radio) pour être présents dans ces débats, et ont créé des réseaux très développés de contacts humains militant à leurs côtés.

Longo Maï rassemble des coalitions d’indociles

Les bagarres et luttes auxquelles participent les femmes et les hommes de Longo maï aujourd’hui sont diverses : solidarité avec les sans-papier, luttes contre le puçage électronique des animaux d’élevage, pour le droit à produire et échanger ses propres semences, pour la défense de la filière artisanale de l’élevage du mouton et de la transformation de la laine, et bien d’autres encore...

A l’occasion de ces campagnes, ils ont été capables de mobiliser des dizaines de milliers d’amis dans plusieurs pays (artistes, journalistes, écrivains, activistes de diverses qualifications) qui leur ont prêté l’appui de leurs compétences et procuré d’importantes contributions financières non seulement pour développer leur réseau mais surtout pour réaliser des actions de solidarité très significatives dans le sens de leurs engagements. Ils ont ainsi financé par exemple l’achat des locaux pour les activités du syndicat des ouvriers agricoles de la région d’Almeria en Andalousie et d’une grosse exploitation au Costa Rica pour accueillir des réfugiés du Salvador et du Nicaragua. Ils contribuent également à la résistance au délirant projet de la multinationale E.ON à Gardanne, qui veut brûler la forêt provençale pour en faire de l’électricité, ou au mégalomaniaque projet ITER, qui vise à maîtriser sur terre les processus de fusion nucléaire à l’œuvre au sein du soleil…

On les retrouve aussi en soutien aux luttes contre le projet d’aéroport inutile de Notre-Dame-des-Landes, contre le TGV dans le Val de Susa etc, bref en solidarité avec tous ceux qui pensent qu’il y en a marre que le seul profit privé, à plus ou moins court terme, détruise le cadre de vie, l’espoir, la vie tout court, d’une multitude d’êtres humains sur la planète … Si bien qu’aujourd’hui, le réseau Longo Maï ne nous apparaît plus simplement comme une simple organisation internationale de coopératives agricoles, mais comme un acteur social « sui generis » rassemblant autour de ces coopératives des milliers d’êtres humains décidés à consolider leurs moyens d’actions et à s’associer aux campagnes d’actions politiques et sociales qu’elles animent [1].

On comprend que « les autorités » aient parfois voulu déstabiliser de tels trublions, mais leurs attaques ont toujours été surmontées. Aujourd’hui Radio Zinzine émet en FM de Briançon à Aix-en-Provence, en numérique sur Marseille, et partout dans le monde via internet… Le réseau Longo Maï et ses expériences de vie proprement extra-ordinaires sont toujours là et fêtent leur 40ème anniversaire en faisant tourner à travers l’Europe une magnifique exposition sur leur histoire .

Nous leur souhaitons encore une longue vie.

[1Le site www.prolongomai.ch fournit une vue assez complète sur les diverses coopératives. Pour plus d’informations sur l’histoire du réseau, on peut aussi consulter, dans toutes les coopératives Longo Maï, l’ouvrage de Beatriz Graf « Longo Maï, révolte et utopie après 68 », éd. Thesis Verlag (série ars historica), ou le commander en librairie..

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