Ma mission en Palestine 21-25 novembre 2014

Publié le : , par  Bernard Macret

Bernard Macret – Adjoint municipal aux solidarités internationales - nous propose le compte-rendu de son voyage et de sa mission en Palestine en novembre dernier. Rappel : Grenoble est jumelé avec Bethléem. Un voyage solidaire au cours duquel il a pu vérifier à quel point le peuple palestinien est opprimé et privé de sa terre et de ses droits par Israël et sa politique coloniale, mais aussi à quel point ce peuple palestinien est attaché à sa terre et résiste de toutes ses forces et appelle la communauté internationale, notamment l’Union Européenne, à exercer enfin une forte pression sur Israël pour le forcer à négocier une paix juste et à stopper immédiatement sa politique criminelle de colonisation. Nous n’oublierons jamais les bombardements meurtriers et dévastateurs de cet été sur la population de Gaza. Enfin une demande : que la Municipalité grenobloise décide de suspendre son jumelage avec la ville israélienne de Rehovot.

Voici quelques informations sur ma mission en Palestine en tant qu’adjoint aux solidarités internationales de la ville de Grenoble. Un des objectifs a été notre participation à la Conférence Internationale sur le thème : les autorités locales au cœur de l’état palestinien.
Cette conférence s’est déroulée les 21 et 22 novembre à Ramallah, puis les organisateurs nous ont fait visiter les villes palestiniennes de Hébron et Bethléem le 23 novembre.
Les 24 et 25 novembre la délégation de Grenoble s’est rendue à Bethléem pour rencontrer Suzan Sahori, responsable de Bethleem Fair Trade Artisans avec qui nous avons une coopération très poussée. Nous avons rencontré également les guides palestiniens que nous avons formés, la directrice du centre de santé mentale, des responsables de l’université, des responsables de la formation des infirmières coopérant avec des établissements hospitaliers de Grenoble.

Dès le 20 novembre les difficultés ont commencé à l’aéroport de Tel Aviv : certaines délégations ont été retenues, dont un adjoint au maire d’Aubervilliers pendant cinq heures. Nous n’avons pas eu ce problème, si ce n’est une fouille en règle à Zurich et une fouille de nos valises sans notre présence.

Lors de cette conférence tous les participants étaient d’accord pour la fin de l’occupation. Les maires des grandes villes palestiniennes telles que Naplouse, Jéricho, Bethléem, Ramallah, Hébron ainsi que beaucoup d’autres communes plus petites étaient présents. Vingt-deux villes françaises étaient présentes, c’était la délégation la plus importante. Des grandes villes du Danemark, d’Italie, des Pays-Bas, de la Suède, d’Allemagne, d’Angleterre, … étaient également présentes, ainsi que le maire de Johannesburg.
Les thèmes les plus souvent abordés ont été la décentralisation et la relation des villes au futur Etat palestinien, les problèmes de liaison entre les villes, le problème de l’eau actuellement achetée à Israël, l’électricité, la gestion des déchets, la reconstruction de Gaza.
A été également évoquée la place des jeunes et des femmes pas encore assez présents dans le processus de construction de l’Etat palestinien .
La maire de Bethléem, Vera Baboun a mis l’accent sur l’importance de la place des femmes. C’est une femme au charisme exceptionnel. Elle a été très applaudie lors de la conférence. Elle a également évoqué le mur de huit mètres de haut surmonté de fil de fer qui entoure Bethléem, et la présence de soixante-dix mille colons israéliens autour de la ville. J’ai été également très frappé par le témoignage du maire d’Hébron, qui a évoqué la présence de quatre cent colons protégés par l’armée israélienne qui occupent le centre ville et utilisent des rues inaccessibles aux Palestiniens. La situation est épouvantable, j’ai pu le vérifier, j’ai dû passer par des tourniquets et des portiques de sécurité ainsi qu’un long couloir équipé de caméras. La ségrégation est au cœur de cette ville.
La Palestine compte cinquante-six universités, de nombreux jeunes sont donc diplômés. On déplore cependant un chômage massif.
En dépit de toutes ces difficultés, les Palestiniens ne veulent pas être considérés comme des victimes. Au contraire j’ai constaté un volontarisme et une énergie très importante pour construire ce pays.

Au cours de la conférence, a été également abordée la question des zones A, B et C, les zones C étant les territoires les plus occupés par Israël, où les Palestiniens ne peuvent n’y investir ni construire. Le problème de la zone agricole de Cisjordanie est également très préoccupant. Vingt-sept mille colons y sont présents et empêchent les Palestiniens de cultiver les terres.

Hanan Ashrawi, un des personnages les plus importants de l’OLP a rappelé la violation des droits internationaux. Elle demande à l’Europe et aux Etats-Unis d’envoyer un message clair à Israël afin de l’obliger à arrêter la colonisation et à reconnaître les frontières de 1967. (22% seulement du territoire de la Palestine). Elle prône un Etat palestinien multipartis et insiste sur l’importance de la solidarité internationale.

Ce qui m’a le plus interpellé au cours de cette mission :
la volonté des femmes palestiniennes à Bethléem, leur énergie, leur dynamisme, leur détermination.
Le nombre de Palestiniens ayant effectué de nombreuses années de prison pour des raisons politiques.
le courage exceptionnel, inouï de jeunes Palestiniens qui mènent un combat non-violent dans une expérience hors du commun appelée "la tente des nations" à Bethléem. (je reviendrai sur cette expérience ultérieurement)
les difficultés de la vie quotidienne pour les Palestiniens. J’ai pu les mesurer en prenant les transports en commun : contrôles armés aux check-points, panique et stress que cela suscite.
l’arrivée à Jérusalem dans un bus palestinien qui circulait sur une voie séparée, à côté d’une voie de bus et d’une voie de tram israéliens dans lesquels les Palestiniens ne montent jamais.

Le seul espoir c’est la reconnaissance de l’Etat palestinien avant qu’il n’y ait plus de terre.
Des contacts se nouent entre jeunesse israélienne et palestinienne, c’est aussi un espoir.

Bernard Macret,
adjoint aux solidarités internationales
le 30 novembre 2014

Article publié dans Inter-Peuples n°232, janvier 2014

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