Petites nouvelles du Sénégal

Publié le : , par  Stan Mackiewicz

Notre ami Stan Mackiewicz, membre du CIIP et très actif au sein du GREF (retraités éducateurs sans frontières), nous livre son témoignage, ses observations suite à un voyage solidaire au Sénégal dans un village peulh où se mêlent rêve et réalité…

Le projet qui nous amène là bas, à 200 km au nord est de Dakar et à 40 km de Louga, est porté conjointement par Ibrahima Dimé, de l’association des Sénégalais de l’Isère et par moi-même, au titre du GREF (retraités éducateurs sans frontières). Je vous passe les péripéties qui nous amènent dans ce village peulh, grâce à des financeurs publics essentiellement.
Nous y allons, d’une part pour mener un diagnostic des besoins de formation pour les femmes, d’autre part pour réceptionner le chantier d’une adduction d’eau pour l’école et d’un abreuvoir pour les animaux. A première vue, c’est un village très pauvre où les habitants survivent au rythme des saisons.

JPEGNous discutons franchement et librement avec les 4 hommes qui font autorité dans le village :

  • Cheikh Assan le chef de village, tout récemment élu, et qui est enseignant dans une école proche ; c’est le frère du responsable de l’association avec qui nous sommes en contact depuis trois ans.
  • Ahmed, jeune conseiller municipal, frère du précédent.
  • Boubakar, l’instituteur du village depuis 10 ans, à la carrure imposante.
  • Sakhnoun, le chef religieux, très intéressé par notre intervention.

Le gros intérêt de cette entrevue est qu’elle se déroule en ouolof, langue comprise par les Peulhs. Chacun s’exprime pour donner sa vision de l’avenir du village. En résumé, dans 10 ans :

  • le village est électrifié (merci le soleil).
  • Il a une case de santé, où les femmes pourront accoucher en toute confiance alors que la case actuelle est à 10 km, accessible en charrette.
  • Dispose d’une case pour les tout-petits et d’une salle pour la lecture, les réunions et les fêtes 
  • Tous les enfants, y compris ceux des hameaux éloignés, vont à l’école jusque 16 ans et tous les jeunes ont accès au web et communiquent avec le monde entier
  • Tous les habitants savent lire, écrire, compter et gérer leurs affaires.
  • Les cultures maraîchères qui entourent le village sont bien entretenues et les poulaillers dispersés dans tous les hameaux rapportent beaucoup de revenus aux femmes. 
  • Des arrosages automatiques font pousser l’herbe en toutes saisons et il n’y a plus besoin de transhumer femmes, enfants et troupeaux…


Le rêve quoi !

Surtout quand on voit l’état actuel du village paradoxalement très riche car, au total, il possède des troupeaux de 800 bœufs (il faut savoir qu’un bœuf vaut de 150 à 300 000 francs CFA ou 250 à 500 €).

Mais voilà qu’une jeune fille entre dans la pièce qui tient lieu de salle de réunion. Elle se présente ; nous la questionnons, comme nous venons de le faire pour la vingtaine d’autres femmes du village. Elle nous dit alors très timidement qu’elle a 16 ans, qu’elle a obtenu le diplôme de fin d’études du collège, qu’elle est mariée et qu’elle voudrait absolument continuer des études, mais ses parents s’y opposent. Nous lui disons qu’elle pourrait très bien jouer le rôle d’assistante aux alphabétiseurs.
Tout de même, nous sommes très gênés d’apprendre cela et après avoir tenu un discours où le talent oratoire d’Ibrahima a joué à plein sur l’intérêt fondamental de l’éducation des filles, l’émancipation économique des femmes, nous questionnons avec tact le chef de village sur la tradition du mariage précoce et lui demandons de nous dire ce qu’il en pense, lui qui est maître d’école. Il nous répond qu’il est intervenu en vain auprès des parents pour que la jeune poursuive ses études. Il constate que les traditions du mariage précoce sont très prégnantes dans les villages peulhs et que cela changera avec le temps grâce à la scolarisation des filles. Dont acte…

Tout cela pour dire qu’on se trouve confronté à des situations très problématiques alors qu’on est venu simplement accompagner les habitants dans leurs projets de développement local.

Pour terminer, quelques anecdotes sur la vie d’un quartier de Louga, où est né et a grandi mon ami Ibrahima. C’est fou le nombre de visites que nous avons faites ou que nos avons eues dans le quartier : visites de courtoisie, d’amitié, familiales. C’est là où j’ai beaucoup regretté de ne pas parler la langue locale pour saisir les échanges plein d’humour ou plus chargés d’émotions. Ici, on m’appelle désormais Samba car Stan est trop difficile à prononcer.
Enfin, terminons par l’accueil chaleureux, musical, coloré d’Abdou Diouf, ancien président. Un griot monté sur un magnifique cheval l’a fait danser au rythme africain et Ibrahima a dû lui fournir moult billets de 1000 pour lui faire cesser ses facéties.

Louga, décembre 2014

Article publié dans Inter-Peuples n°233, février 2015

Voyager autrement

AgendaTous les événements