107 500 !

Publié le : , par  Philippe Savoye

107 500 personnes, chiffre qui correspond au nombre d’habitants d’Echirolles, Eybens, Fontaine et Saint-Martin-d’Hères réunis. 107 500, nombre de migrants recensés par l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures (Frontex) - chargée de la surveillance des limites de l’espace Schengen -, pour le seul mois de juillet 2015 ! Ce chiffre est le troisième mois consécutif d’une statistique record depuis 2008, année où cette agence comptabilise l’arrivée des migrants. Selon cette même source, 340 000 personnes ont traversé les frontières de l’Union sur les sept premiers mois de l’année : le chiffre total d’entrées en 2014 (280 000) est d’ores et déjà dépassé. Triste comptabilité qui gomme, toutes ces Femmes, ces Hommes, ces Enfants qui ont perdu la vie ans dans "un voyage sans retour"…

Le mois d’août est rythmé par des chiffres plus alarmants les uns que les autres : des dizaines de personnes asphyxiées dans la cale d’un bateau, 4 400 migrants secourus par les Italiens au large de la Libye, le 22, soixante-dix morts dans un camion abandonné en Autriche, en moins de 24 heures, plus de 7 000 migrants arrivent en Serbie après avoir traversé la Macédoine, le 23 selon le HCR, etc. La liste est très, très longue…

Selon les statistiques de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 250 000 personnes ont traversé la Méditerranée durant les huit premiers mois de l’année… et plus de 2 000 hommes, femmes et enfants y ont perdu la vie !
Les drames se rapprochant de nos frontières, les chiffres les plus marquant font la une de l’actualité certains jours et chacun y va de sa solution égocentrique : qui bâtit un mur, qui renvoie vers le pays voisin cette population qui n’accepte que des chrétiens, qui veut renforcer le dispositif militaire Frontex, qui développe les centres de rétention… Et même ceux qui font preuve d’une ouverture d’esprit occultent délibérément les causes de cette situation. Réunis à Antananarivo, des représentants d’organisations de la société civile africaine nous apportent leur regard :
« Le discours politique et médiatique dominant présente toujours l’immigration comme un problème à résoudre et les immigrés comme un facteur permanent d’insécurité. Qu’il s’agisse de la régularisation des sans-papiers, de l’intégration des générations issues de l’immigration ou de la place de l’islam dans les sociétés européennes, l’immigration est diabolisée : soit sur le mode direct et clair du racisme et de la xénophobie qui fait des immigrés les boucs émissaires de la crise ; soit le mode exclusif autour des questions de l’insécurité. Ces deux approches ont une matrice commune : elles occultent le fait que l’immigré n’est pas seul à l’origine de sa propre migration. Leur immense majorité est en effet le produit des mécanismes sociaux de domination et d’exploitation qui caractérisent nos sociétés à l’échelle mondiale… »

Les mouvements migratoires sont constitutifs de l’histoire des sociétés humaines depuis l’origine. Loin d’être un obstacle à leur développement, ils en sont un puissant facteur de progrès. Il y a aujourd’hui migration et migration. L’une qui ne s’avoue pas comme telle, qui se qualifie de libre circulation et qui est liée au fonctionnement des systèmes économiques, culturels et scientifiques mondialisés. L’autre (la plus importante) que l’on peut qualifier de migration contrainte, produit de toute une série de causes qui forment la trame de la mondialisation capitaliste : la misère, l’inégalité entre pays riches et pays pauvres et la mauvaise gouvernance qui, loin de se réduire, se creusent de manière abyssale sous les coups de la dette et du système de prix imposé par l’OMC, le FMI et la Banque mondiale. Les guerres impérialistes, néocolonialistes, ou civiles, les catastrophes naturelles, l’insécurité sous toutes ses formes provoquent également des mouvements migratoires.

Il est aujourd’hui possible d’opposer à la construction du monde sur le mode de la domination et de la concurrence entre individus, peuples et territoires, une construction sur le mode de la paix, la coopération et le développement durable.
Lors d’un colloque organisé par le CCFD, en mai dernier, Nina Marx, chargé de mission concluait ainsi : l’idée d’une nouvelle gouvernance mondiale de la mobilité des personnes est une approche devenue récurrente ces dernières années. Elle semble pertinente comme outil de construction de la marche du monde dans différents secteurs du développement social et humain et pour divers acteurs politiques-clés. Elle apparait comme une alternative possible à la vision répressive, sclérosée et inefficace mise en œuvre dans plusieurs zones du monde, notamment aux frontières de l’Europe et des USA.

Migrer n’est pas un acte de "plaisir", mais comme le souligne Jean Ziegler "un état de nécessité qui annule l’illégalité" !

Le 29 août 2015

Article publié dans Inter-Peuples n°239, septembre - octobre 2015

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