Nous ne voulons plus de cette Europe

Publié le : , par  Roseline Vachetta

"Si on demande où se trouve le centre de l’Europe, certains répondront Bruxelles (centre politique de l’Union européenne), Londres (centre économique et financier), Paris ou Berlin(en tant que foyers culturels). Pour moi, le centre symbolique de l’Europe, c’est la petite île de Lampedusa, au sud de l’Italie. Car c’est là qu’échouent chaque jour les cadavres d’immigrants clandestins venus d’Afrique. Je trouve ça dégueulasse."
Cette très belle et juste phrase de Henning Mankell, romancier suédois décédé le 5 octobre, n’a hélas pas inspiré les dirigeants européens lorsqu’ils se sont réunis sur la question des migrants. Au contraire ils ont affiché une fois de plus leur cynisme. En effet, la libre circulation à l’intérieur de l’Espace Schengen a donc été supprimée, les frontières rétablies partiellement en Allemagne, Autriche, Slovaquie, sans doute demain en Pologne et en République Tchèque, et un mur de barbelés est construit en Hongrie... Depuis 1995, à 30 reprises, les frontières entre les États de l’espace Schengen ont été momentanément rétablies, dans la quasi totalité des cas il s’agissait pour l’Europe du capital d’essayer d’empêcher les manifestations anti G8 ou anti OTAN, et de se donner les moyens légaux de les réprimer sauvagement… Rétablir les frontières en droit européen, c’est légal s’"il y a menace grave pour l’ordre public et la sécurité à l’intérieur de l’espace Schengen". Le faire maintenant c’est envoyer le message que les migrants sont "le danger à nos portes", en prenant consciemment le risque d’ouvrir grand la boite de Pandore des peurs et des fantasmes identitaires.

Le rétablissement des frontières c’est aussi le renforcement de la coopération des polices et des armées avec l’augmentation du nombre de policiers et de militaires qui va avec. Bruit des bottes partout ! Le renforcement des hot-spots en Grèce, en Italie et en Hongrie doit permettre d’opérer un tri entre les réfugiés qui fuient la guerre et ceux qui fuient la misère...
Cette politique contre les migrants, non seulement est un scandale en terme simplement d’humanité, mais s’aventure et s’enfonce dangereusement sur le terrain des partis xénophobes, racistes, fascistes pour certains, nombreux aujourd’hui en Europe. Elle autorise de fait les manifestations populaires de rejet de l’étranger et les actes racistes. Elle va permettre le renforcement des mesures discriminatoires prises par les gouvernements européens.

Le 10 octobre, le CIIP a pris toute sa place dans la journée de solidarité avec les migrants et nous allons continuer à nous battre avec beaucoup d’autres pour l’accueil, et dans des conditions dignes, de tous et toutes les réfugiés quelles que soient les raisons de leurs migrations, l’ouverture de toutes les frontières, la liberté de circulation et d’installation pour tous et toutes. La première riposte à leur barbarie est de défendre ces exigences contre notre gouvernement et contre leur citadelle européenne. Notre Europe est celle de l’ouverture et de la solidarité, celle qui se vit sur cette petite île de Lampedusa !

Article publié dans Inter-Peuples n°240, novembre 2015

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