Chine et développement durable

Publié le : , par  Jingyi Hao

Jingyi, stagiaire au CIIP au printemps, est une étudiante chinoise en “géographie et société” à l’Institut de Géographie Alpine. Spécialisée sur le développement durable dans le sud-est asiatique, Jingyi nous décrit le contexte environnemental chinois, au cœur d’une réalité fort complexe.

Bien que son économie soit dynamique, la Chine est cependant loin de la société harmonieuse revendiquée par ses dirigeants. De nombreux problèmes liés à l’environnement et aux questions sociales demeurent : multiples pollutions menaçant la santé des habitants, pauvreté, exode rural, etc. Cet article présente les démarches du développement durable et analyse leurs limites dans la situation actuelle.

Trois principales sources de pollution

La pollution de l’air due à l’usage quasi unique de charbon dans les villes est responsable de 70% des émissions de poussières, 90% de SO2, 67% d’oxyde de carbone, 70% de CO2. Dans certaines villes, la concentration de SO2 est de 2 à 5 fois supérieure à la norme reconnue par l’OMS. D’où l’importance des pluies acides qui couvrent plus d’un million de km2, ce qui induit une acidification des terres, avec un effet catastrophique pour l’agriculture et la forêt.
La pollution de l’eau, qu’il s’agisse des cours d’eau ou des nappes souterraines provient de l’industrie. En raison du prix élevé de son traitement, fréquemment les entreprises rejettent l’eau empoisonnée dans les rivières. A cela s’ajoute l’eau issue de l’agriculture chargée de pesticides, engrais chimiques. La toxicité et l’eutrophisation de l’eau sont des risques mortels pour les végétaux et les animaux aquatiques.
Enfin les déchets solides, souvent jetés directement sur le sol ou dans une rivière, sans tri ni traitement, augmentent de 7% par an. Les déchets municipaux augmentent eux de 4% liés en partie à une forte croissance démographique urbaine.

L’origine de la conscience de développement durable en Chine

La protection environnementale est une thématique ancienne en Chine avec l’adoption de lois et la création d’organismes gouvernementaux, sur "l’aménagement respectueux, la protection environnementale" dès l’époque de Xia et Shang (1500 ans avant J.-C.). A l’époque Zhou le régime est divisé en 4 départements : les montagnes, l’eau, les forêts et les marais. C’est l’approche qui prévalut jusqu’à la fin de la dernière dynastie de l’ancienne Chine. Guan Zhong, 645 av. J.-C, premier ministre de l’Etat Qi (État puissant pendant les périodes des Printemps, des Automnes et des Royaumes Combattants) fut un grand écologiste : interdiction de la coupe de bois au printemps, creusement dans les régions montagneuses, incinération des marais, taxe de culture pour les cultivateurs… La politique écologique doit favoriser l’harmonie de la société et des peuples. Ces idées continuent à se développer au IIIe siècle avant J.-C .

La renaissance de la conscience du développement durable depuis une trentaine d’années

A partir de 1980, la Chine s’ouvre au monde, priorisant le développement économique ; les aspects environnementaux et sociaux restant secondaires, aujourd’hui elle ne peut ignorer sa responsabilité sur l’environnement et le réchauffement climatique. L’Etat central annonce une stratégie de développement durable et adopte pléthore de lois, règlements, règles locales et normes touchant à la protection environnementale : la pollution de l’air et des eaux, les déchets solides, la production propre et les énergies nouvelles, la prévention des catastrophes naturelles, le prix de production agricole des pauvres, etc. Il veut améliorer l’hygiène, l’éducation, l’accès à l’eau potable et à un air sans pollution, protéger et satisfaire les besoins des populations les plus fragiles de la société.

Les démarches pour réaliser un développement durable 

  • Évaluation de ressources : Énergie nucléaire  : le pays s’oriente vers le nucléaire. Les énergies traditionnelles ne sont plus suffisantes et les autres types d’énergies écologiques ne peuvent satisfaire les besoins en consommation. Si, en France, 78% de l’électricité provient de l’énergie nucléaire, il n’est que de 2% en Chine. Les dirigeants encouragent cette énergie qui pourrait satisfaire la consommation de masse. Énergie solaire : en forte croissance, le nombre de panneaux solaires a doublé entre 2012 et 2013. Elle est efficacement distribuée sur le littoral à l’est et dans les espaces continentaux au nord-ouest. De plus, l’usage de chauffe-eau solaire est très populaire, en 2009 il représente en Chine 80,3% de son usage mondial. Cette énergie n’a pas de contrainte d’espace, qu’il soit rural ou urbain. Mais elle est dépendante de sa situation géographique, sa production a dû être abandonnée dans les plateaux du nord.
  • Mobilités durables : Voitures au gaz naturel : encouragée par l’Etat, la production de ces véhicules s’intensifie. La consommation du gaz est moindre au regard d’un véhicule à essence, le gaz émet moins de gaz polluants, il est plus sain puisque sans benzène ni plomb. Vélo électrique : marché très populaire car c’est un moyen de transport pratique, économique et écologique. Reste à régler la question du retraitement des batteries inutilisables.
  • Protection de l’environnement  :
  1. Traitement de l’eau polluée, 4 axes d’amélioration :
    • contrôle plus strict par l’Etat de la pollution liée au rejet des eaux industrielles. Les entreprises les plus polluantes sont taxées et soutenues financièrement pour l’installation et l’amélioration d’équipement de traitement des eaux usées ;
    • investissement de l’Etat dans la prévention et le contrôle de la pollution de l’eau : augmentation du taux de traitement inoffensif des eaux usées, réutilisation des eaux usées dans l’industrie et l’agriculture, introduction des technologies des pays développés ;
    • suppression des produits polluants dans la production tels que phosphore dans les surfactants synthétiques, méthamidophos dans les pesticides, etc. éducation sur la protection de l’environnement et des ressources en eau afin de développer la conscience. Ces mêmes lois et règlements sont appliquées à l’échelle nationale.
  2. Reforestation Dans les régions où la sécheresse prédomine (principalement dans le nord et le nord-ouest) s’intensifient les plantations de végétaux : les terres cultivées sont reboisées afin d’augmenter les surfaces vertes et améliorer la qualité de la terre. Par ailleurs, de plus en plus de parcs naturels sont créés. Ces 427 parcs écologiques sont à la base de forêts naturelles et artificielles. Ils sont des espaces verts et des lieux de loisirs aux habitants.
  3. Projets coopératifs pour améliorer les quartiers ou construire les éco-quartiers dans les mégapoles/métropoles. Avec l’augmentation de leur population, le rôle de la "durabilité" se pose au sein des villes qui se transforment en mégapoles. Sous une idéologie utopique d’aménagement du territoire, des projets de "ville du futur", "ville écologique" ont démarré dans certaines grandes métropoles comme Wuhan et Shenyang. C’est la réalisation d’un micro-écosystème dans une partie de la ville avec des matériaux de construction et des technologies avancées de la gestion. Actuellement ces projets se conçoivent principalement en coopération avec la France. Ces éco-quartiers peuvent être une solution pour une ville polluée et très densifiée mais est-ce une solution efficace ou un lieu refuge pour certains groupes de la société, ceux qui ont assez d’argent pour en profiter ?
  4. Retour aux espaces ruraux. L’Etat encourage le retour aux espaces ruraux pour équilibrer la répartition des populations et résoudre des problèmes économiques et sociaux. L’essentiel est d’y créer de l’emploi et d’y améliorer les infrastructures informatiques et technologiques. L’orientation est d’encourager la transformation de l’industrie traditionnelle vers la multi-industrie : trouver une ou plusieurs spécialités d’une zone, encourager le tourisme rural, créer des intermédiaires de produit agricole entre le rural et l’urbain, ce qui permettra de faire également progresser l’économie locale (régionale).

Les limites

Malgré tout, actuellement la croissance de la population urbaine se poursuit, ce qui a pour effet premier une immense concentration d’usage énergétique qui accentue la pollution (ex : concentration de l’air conditionné). Sur la question du vieillissement de la population, à partir de 2015, l’Etat permet désormais d’avoir deux enfants par couple, mais avec un système de sécurité sociale incomplet et le stress financier des jeunes, non pris en compte par cette nouvelle loi.
Dans les espaces naturels, où le tourisme est de plus en plus pratiqué, il manque une gestion et une surveillance de la qualité de l’environnement. Les locaux profitent de la nature et gagnent de l’argent plus facilement mais ne protègent pas la nature. La majorité des touristes n’a pas conscience de l’écotourisme, ce qui provoque des problèmes environnementaux.

Conclusion

Faut-il être optimiste ou pessimiste ? La Chine, un pays en plein développement, "fait la course" avec d’autres pays sur les plans économiques, technologiques, sans oublier les conditions sociale et environnementale. Si elle est dans une situation délicate pour un développement stable à long terme, elle doit intégrer la dimension "développement durable" en tant que pays majeur. La phase actuelle est-elle similaire à celle qu’a connue la France ces dernières années ? La notion de "durabilité" n’est pas un fait mais un progrès dans le temps. Aussi, l’orientation chinoise est positive, mais elle doit bien communiquer avec les pays qui ont une expérience en la matière et demeurer stricte dans sa pratique.

Article publié dans Inter-Peuples n°240, novembre 2015

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