Réaction à l’article "Chine et développement durable" publié dans Inter-Peuples n°240

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Suite à l’article "Chine et développement durable", paru dans le n° 240 d’Inter-Peuples, en novembre dernier, signé par Jingyi Hao, stagiaire chinoise au CIIP en mai dernier, et portant sur une analyse du "développement durable en Chine", dans lequel l’auteure semble présenter comme positif le développement de l’énergie nucléaire - dont elle rappelle cependant qu’elle ne représente en Chine que 2% de la production énergétique -, nous avons reçu un courrier de Sonia Marmottant, pour Sortir du Nucléaire (SDN). Courrier dans lequel elle s’étonne que le CIIP, dont elle connaît les options anti-nucléaires bien connues de tous, ait laissé passer cette présentation positive de l’orientation nucléaire en Chine. Elle a raison.

Nous avions tenu à donner la parole à cette jeune stagiaire car nous ne proposons dans notre journal pratiquement aucune information sur ce pays. Mais nous avons manifestement manqué de vigilance en laissant "passer" les quelques lignes consacrées au développement - très marginal par ailleurs - de l’énergie nucléaire en Chine. Nous rappelons que le CIIP rejoint tout à fait le Réseau Sortir du Nucléaire lorsque celui-ci souligne que "l’énergie nucléaire n’est pas une alternative aux énergies fossiles, mais beaucoup plus une composante du système énergétique productiviste fondé sur ces énergies (charbon, pétrole…) dont le développement nous a conduit à la crise actuelle".
Nous sommes tout à fait d’accord avec les arguments développés par Sonia Marmottant reproduit ci-dessous. Merci à Sonia Marmottant, lectrice attentive de notre journal, de nous avoir alertés et qu’elle soit assurée que le CIIP sera toujours aux côtés du Réseau Sortir du Nucléaire pour exiger une rupture avec le nucléaire civil et militaire et une reconversion vers des énergies durables et "douces" sur fond de sobriété énergétique.

Bonjour,

Il arrive dans une louable dynamique de pluralité des points de vue que la revue Inter-Peuples publie des articles dont le contenu prête à débat ou n’est pas totalement compatible avec les idées habituellement défendues par le CIIP. Dans ce cas l’article est précédé d’un chapeau introductif précisant que le CIIP prend ses distances vis-à-vis de certains propos (en précisant bien lesquels)...

Je suis donc surprise que l’article "Chine et développement durable" de Jingyi Hao (revue n°240) ait été publié sans commentaire. En effet dans le paragraphe intitulé "les démarches pour réaliser un développement durable", la première citée est l’orientation vers le nucléaire. Rien dans l’article ne permet de mettre en doute le bien fondé de cette orientation (alors qu’est questionné par ailleurs l’intérêt des éco-quartiers) et que tout un paragraphe est consacré aux "limites" de la politique chinoise.

Au moment où se tient la COP21 et où les États nucléaristes, France et Chine en tête, entendent bien faire passer l’électricité nucléaire pour une solution au réchauffement climatique et un élément incontournable du développement durable, il est particulièrement important de contrer cette propagande, qui vise à sauver une industrie nucléaire en déclin et à maintenir le mythe de la puissance nucléaire, en particulier militaire.

Le réseau Sortir du Nucléaire, l’Observatoire du Nucléaire, le cabinet WISE Paris, entre autres, ont démontré pourquoi le nucléaire ne sauvera pas le climat.

Citons Yves Marignac, directeur de WISE-Paris : "Tout d’abord, le nucléaire émet indirectement, dans son cycle de vie, des gaz à effet de serre [...] quelques dizaines de grammes en moyenne, une valeur plus faible que les centaines de grammes des énergies fossiles, cependant non négligeable. Ces émissions indirectes doivent être comparées, pour mesurer les émissions que le nucléaire permet d’éviter, à celles qui auraient été émises, toutes choses égales par ailleurs, sans recours au nucléaire. L’industrie nucléaire ne s’embarrasse pas sur ce point et considère, afin de maximiser le bénéfice attribué à ses réacteurs, qu’un kWh nucléaire remplace un kWh de centrale électrique thermique au fioul ou au charbon. On pourrait, à l’inverse, considérer que chaque kWh nucléaire aurait pu être remplacé par une production à base d’énergies renouvelables, voire par des actions d’économie d’énergie permettant de se passer de l’électricité correspondante, ramenant ce bénéfice à zéro. Wise-Paris propose sur ce point une méthode de calcul réaliste : il s’agit de considérer qu’un kWh nucléaire produit à un moment donné remplace un kWh fourni par le reste du mix électrique réel du moment. Le résultat est édifiant. Il apparaît en effet que le nucléaire n’a eu qu’un rôle très marginal sur l’évolution des émissions. Sa contribution représente aujourd’hui environ 4 % des émissions réelles de CO2 liées à l’énergie. Cette contribution n’a jamais représenté plus de 6 % des émissions réelles, pic que le nucléaire a atteint en 2000.

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Evolution des émissions mondiales de CO2 liées à l’énergie
Source : d’après WRI* (CAIT2), IRC* (EDGAR, TSP, 2015),

Ainsi, le développement du nucléaire jusqu’à son niveau actuel n’a jamais été en mesure ne serait-ce que d’infléchir significativement la croissance vertigineuse des émissions.

Le nucléaire n’apparaît donc pas comme une alternative aux énergies fossiles, mais beaucoup plus comme une composante du système énergétique productiviste fondé sur ces énergies dont le développement nous a conduit à la crise actuelle. Ce constat, établi à l’échelle mondiale, s’applique d’ailleurs aussi dans les pays qui ont le plus développé le recours au nucléaire. Les États-Unis, par exemple, qui exploitent un quart du parc nucléaire mondial, sont aussi restés longtemps les premiers émetteurs de gaz à effet de serre de la planète, avant d’être dépassés par la Chine.

L’exemple de la France est encore plus significatif. Avec près de 80 % d’électricité nucléaire, celle-ci a poussé le rôle de cette énergie plus que tout autre pays. Cet effort, qui lui a valu une réduction de 15 % environ de l’ensemble de ses émissions de gaz à effet de serre, lui permet certes de se targuer d’un niveau d’émissions par habitant plus faible que de nombreux pays développés. Mais la France consomme toujours beaucoup d’énergie, dépend toujours à 70 % des énergies fossiles (contre 80 % au niveau mondial), et ses émissions de gaz à effet de serre restent quatre fois supérieures au niveau recommandé par le GIEC.

L’urgence commande de se concentrer sur les solutions les plus efficaces et de les combiner de la façon la plus cohérente et rapide possible. L’enjeu est une transformation profonde du système énergétique, s’appuyant d’abord sur des efforts de maîtrise de la consommation d’énergie, et sur le déploiement des énergies renouvelables au plus près des potentiels territoriaux. Ces filières sont désormais matures, et leur capacité à se déployer pour réduire les émissions de CO2 est, en termes de coût, de délais et de performance, sans commune mesure avec le nucléaire. Cette transformation doit intervenir au plus vite.

Le doublement de la capacité nucléaire recommandé par Nuclear for Climate représente, compte tenu du vieillissement du parc actuel, un effort de construction de réacteurs dans le monde sans commune mesure avec les niveaux actuels de construction, très supérieur au rythme moyen observé dans le passé, et difficilement atteignable en l’état des capacités industrielles de la filière. Un tel développement constituerait un investissement majeur pour une contribution qui resterait mineure.

On ne peut investir un euro qu’une fois. Partout dans le monde, les solutions plus performantes, plus compétitives et plus rapides de la transition énergétique seraient retardées par l’engagement de nouveaux réacteurs." (Tribune publiée dans Reporterre le 24/11/2015).

Enfin et surtout, il ne faut pas oublier que le développement ou le maintien du nucléaire signifie la perpétuation du risque d’accident nucléaire, l’accroissement des stocks de déchets radioactifs, la poursuite des rejets quotidiens de radionucléides dans l’environnement - alors qu’il est reconnu que toute augmentation de la radioactivité représente un risque sanitaire.

A voir : l’infographie du Réseau Sortir du Nucléaire, le dossier de l’Observatoire du nucléaire.

Pétition : http://www.sortirdunucleaire.org/CO2-mensonge-EDF

Merci de relayer ce correctif,
Cordialement,

Sonia Marmottant, pour Sortir du Nucléaire Isère

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