Le Burkina-Faso abandonne le coton transgénique !

Publié le : , par  Philippe Savoye

Cette nouvelle, ô combien importante, est rendue publique suite à la parution d’un rapport très documenté, rédigé par les professeurs Brian Dowd-Uribe, de l’Université de San Francisco et Matthew A. Schnurr, de celle de Dalhousie. Rapport rendu public par le journal AfricanAffairs de l’université d’Oxford.

"Les compagnies prévoient de réduire la quantité de semences de coton Bt, de 53 % en 2015/2016 à 30% en 2016/2017, avec comme objectif d’atteindre un retour complet au coton non-OGM pour la saison 2017/2018. Elles réclament aussi 280 millions de dollars de compensation à Monsanto, en contre partie des pertes dues à la baisse de qualité depuis 2010".

Comment en est-on arrivé là ?

Selon ce rapport [1] (relayé par différentes associations et organes de presse : Les amis de la Terre, Sedelan, le CCFD, etc.), la qualité supérieure du coton burkinabé, qui en faisait sa réputation, a connu un rapide déclin depuis que Monsanto y a introduit le "gène Bt" » dans des semences burkinabè, en pensant que cela n’allait pas affecter la qualité du coton produit. Commercialisé au Burkina Faso à partir de 2009, après une série d’essais considérés comme "satisfaisants", le coton Bt n’a finalement pas tenu ses promesses. La modification génétique qui devait le rendre résistant aux parasites a aussi eu pour effet de lui faire perdre de sa qualité : le coton burkinabè, apprécié entre autres par la longueur de ses fibres et le taux de fibres, est devenu un coton "ordinaire". Phénomène constaté dès la première année par les cotonculteurs. Le problème de la qualité persista et, lors de la saison 2014/2015, les deux tiers de la production nationale furent classés comme en qualité inférieure et de longueur moyenne ; un seul tiers conservant son classement comme fibre de longueur moyenne à grande. Le taux de fibres se situait bien en dessous des 42% qui correspondent à la valeur moyenne atteinte avec des cultures non génétiquement modifiées, souligne le rapport, qui précise également que cette situation "a sapé la réputation du coton burkinabé et lui a fait perdre de sa valeur sur les marchés internationaux. Si l’on ajoute à cela la baisse de la quantité globale de fibres due à un taux de fibres plus faible, ces caractéristiques d’une qualité inférieure des cultivars GM ont compromis la position économique des compagnies cotonnières burkinabé."

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Culture du coton au Burkina Faso

Petit retour en arrière…

En 2011, alors que le gouvernement décrète que 80 % des cultures de coton seraient OGM, le "Syndicat National des Travailleurs de l’Agro Pastorale" (Syntap) prône leur arrêt immédiat. Rencontré lors du FSM de Dakar, Ousmane Tiendrébéogo, son secrétaire général m’invite à Houndé afin de me faire découvrir la réalité villageoise. "Avec les OGM, aucun paysan d’Afrique n’est souverain. La paysannerie a été marchandée. L’accaparement des terres ne s’effectue pas seulement par les dollars, mais également par les OGM. Au Burkina, on a poussé les paysans à cultiver du coton OGM en leur disant que le rendement à l’hectare serait de quatre tonnes (contre deux pour le conventionnel), qu’il nécessiterait que deux traitements pesticides (contre six). Économie de temps, de fatigue, gain plus élevé. Les résultats ne sont pas conformes aux annonces… Avant, lors de la récolte en coton conventionnel, un paysan gagnait 1,8 millions de francs, aujourd’hui le poids est moindre et le gain de 500 à 600 000 F… Le gouvernement soutient les OGM car nos dirigeants n’ont pas la volonté d’agir contre les multinationales qui dominent le commercial, l’économie et… le politique".

Aujourd’hui le vent a tourné

Au moment où de nombreux pays africains sont en discussion sur le développement ou non des cultures OGM, leur abandon par le Burkina Faso, qui en était l’un des plus fervents défenseurs, remet sérieusement en cause cette technologie. Relayé par les acteurs de la société civile le débat sur la souveraineté alimentaire des pays africains, prend encore plus de force. Y aura-t-il un "effet domino" ? Souhaitons-le !


Article publié dans Inter-peuples n°244, mars 2016

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