Maroc : faux procès contre journalistes et formateurs Maati Monjib et ses six compagnons traînés en justice

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Ces sept activistes sont poursuivis pour leurs activités de promotion des droits humains dans le cadre de la répression contre les militants qui ont participé au Mouvement du 20-Février, après une phase de harcèlement systématique des associations concernées (AMJI, ADN, AMEJ, Centre Ibn Rochd) et dans la tradition marocaine des procès politiques. On notera en particulier le grave chef d’inculpation retenu contre les cinq premiers : ATTEINTE A LA SECURITE INTERIEURE DE L’ETAT.
Et cela pour avoir organisé des formations à l’utilisation de l’application Story Maker (logiciel libre), formations dispensées par le Centre Ibn Rochd et l’AMEJ, en partenariat avec l’ONG néerlandaise Free Press Unlimited, et pour avoir reçu à cet effet des financements en provenance de l’étranger. Ils encourent des peines pouvant aller jusqu’à CINQ ANS DE PRISON.
Les deux derniers sont accusés d’avoir omis de notifier au Secrétariat Général du Gouvernement, réception d’un financement venant de l’étranger (pour le bénéfice des actions de leur association - l’AMJI), et ce en vertu d’une réglementation dont les modalités d’application sont à géométrie variable. Ils risquent des condamnations pouvant aller jusqu’à une amende de 10.000 dhs.

Poursuites et harcèlement

Le 31 août 2015, Maâti Monjib qui rentrait au Maroc après un séjour en France a été retardé à l’aéroport, il lui a été signifié qu’il était recherché pour atteinte à la sécurité de l’État. Par la suite il a été convoqué et interrogé par la police, puis interdit de sortie du territoire. A la suite de sa grève de la faim en septembre, cette interdiction a été déclarée levée… puis rétablie... suite à quoi il a poursuivi une nouvelle grève de la faim en octobre, au siège de la section locale de l’Association Marocaine des Droits Humains (AMDH), pendant 24 jours ! (qu’il a à la grave dégradation de son état de santé du fait ses problèmes cardiaques et de diabète) Parallèlement il a été victime d’un harcèlement médiatique intense, et d’accusation de malversation financières et fiscales !

Qui est Maâti Monjib ?
C’est un militant des droits humains, universitaire, historien et journaliste. Dans sa jeunesse, à l’époque de la dictature d’Hassan II, suite à ses activités dans le mouvement étudiant en lutte pour la démocratisation du Maroc, il avait dû s’exiler au Sénégal et en France.
Quand il a pu revenir dans son pays 18 ans plus tard, il a multiplié les initiatives pour la démocratisation du Maroc, créé en 2007 à Rabat le Centre Ibn Rochd d’Études et Communication, fondé Freedom Now, comité de protection des journalistes, et participé à celle de l’AMJI (Association marocaine pour le journalisme d’investigation). Il a initié et animé un dialogue entre les militants démocrates laïques de gauche et les islamistes. Dans le cadre de ses activités associatives, depuis 2009 et 2015, il a assuré la formation de centaines de journalistes et blogueurs, organisé des dizaines de séminaires sur le droit et l’accès à l’information et la liberté de la presse, les droits de la femme et sur la violence au Maroc, participé à des rencontres internationales sur la liberté de la presse, et dirigé le Festival de la Liberté de la Presse au Maroc. Il est aussi le correspondant au Maroc du réseau international Helsinki Citizens’Assembly
Rédacteur et Conseiller scientifique de l’excellente revue mensuelle d’histoire Zamane (Casablanca). Il est l’auteur de rapports sur la situation au Maroc et ouvrages de référence sur la monarchie marocaine.
Titulaire de deux doctorats en Histoire, diplômé de plusieurs universités (Cheikh Anta Diop de Dakar, Paul Valéry de Montpellier, Institut catholique de Lyon, il a été enseignant dans plusieurs universités (Meknes, Gainsville en Floride, Saint Louis du Sénégal…), il est aujourd’hui professeur d’histoire contemporaine à l’Institut d’études africaines de l’Université Mohammed V à Rabat.

Les autorités marocaines s’acharnent contre les esprits libres

Maâti Monjib a été convoqué pour atteinte à la sécurité de l’Etat au tribunal d’instance de Rabat avec 6 autres personnes, ses collaborateurs, journalistes et membres d’associations :

  • Hisham Almiraat, 40 ans, médecin, ancien directeur de Global Voices Advocacy, fondateur et ex-président de l’Association des Droits numériques (ADN) ;
  • Hicham Mansouri, 36 ans, chargé de projet à l’Association marocaine pour le Journalisme d’Investigation (AMJI) ;
  • Mohamed Sber, 45 ans, président de l’Association marocaine d’Education de la Jeunesse (AMEJ) ; 
  • Abdessamad Aït Aïcha, 32 ans, ancien coordinateur du projet de formation du Centre Ibn Rochd, journaliste et membre de l’AMJI ;
  • Rachid Tarik, 63 ans, journaliste, président en exercice de l’AMJI ;- Maria Moukrim, 40 ans, journaliste, ancienne présidente de l’AMJI.

Une première audience du procès a eu lieu le 27 janvier 2016. Le procès a été renvoyé au 23 mars. (Ironie de l’histoire, c’est le 51e anniversaire du grand soulèvement populaire du 23 mars 1965). Monjib et ses co-inculpés risquent 5 ans de prison !

Soutenir Monjib et ses co-inculpés !

Un comité international a été constitué, visant la levée de toutes les formes d’abus commis contre le professeur Monjib. Il est présidé par Abdellah Hammoudi comprend des personnalités universitaires et des écrivains comme Noam Chomsky, Abdellatif Laabi, Richard Falk, Alain Gresh, Mohamed Harbi, etc.
Il appelle le gouvernement marocain à respecter son droit à la libre circulation et à mettre un terme à toutes les formes de harcèlement dont il est l’objet et que toutes les charges le concernant ainsi que ces co-inculpés soient levées.

Ce Comité national pour le soutien des sept inculpés appelle à signer la présente pétition qui demande aux autorités marocaines de respecter leurs engagements de protéger l’exercice des droits civiques et politiques.

Pour plus d’infos s’adresser à : « Contacts : soutienmaatimonjib chez gmail.com »

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