"Etat du mal-logement en Isère" 

Publié le : , par  Philippe Savoye

Savez-vous que l’espérance de vie d’une personne qui vit à la rue en France, "cataloguée" SDF, est de 49 ans, soit à un niveau semblable à un Nigérien ou un Malien, par exemple et… 30 ans de moins qu’une personne de notre pays qui vit dans des conditions "normales" ? Oui, la rue tue, souvent à petit feu, mais elle tue ! Et pas seulement l’hiver !

Comme chaque année l’association ‘Un Toit pour Tous’, dans le prolongement du rapport de la fondation Abbé Pierre, publie "l’état du mal logement en Isère". L’association fournit des données chiffrées qui interrogent quant à la capacité des instances publiques, d’assurer la simple application des textes de loi, à commencer par l’article L 300-1 du Code de la construction et de l’habitation "Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l’article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par L’État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d’État, n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir". Le rapport apporte des données précises :

  • En Isère il manque 9 838 logements sociaux au 1er janvier 2015 au titre de la loi SRU (loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain), dont 7 757 sur la Métro (2 700 à Grenoble, 882 à Meylan, 852 à Seyssinet, 681 à Sassenage, 563 à Saint-Egrève…)
  • Sur les 24 168 demandeurs de logement social en 2014, seulement 9 152 ont été attributaires d’un logement.
  • Plus de 5 000 ménages vivent en situation de surpeuplement aggravés.

Et en termes d’hébergement :

  • En décembre dernier, on dénombrait 4 795 personnes à la recherche d’un hébergement et 2 496 furent sans solution ! Le réseau Alerte précise que ce chiffre a quasiment doublé en deux ans… Alors que l’accueil inconditionnel en centre d’hébergement est inscrit dans la loi. Ce principe vise à ce que toute personne confrontée à de "graves difficultés, notamment économiques, familiales, de logement, de santé ou d’insertion" puisse être admise dans un CHRS jusqu’à ce qu’elle puisse "accéder ou recouvrer son autonomie personnelle et sociale" (article 345-1 du Code de l’Action Sociale et des Familles).
JPEG - 155.2 ko
"Hiver comme été, vivre à la rue tue"
Photo : P. Savoye

Lors d’un débat organisé en novembre dernier par Un Toit pour Tous sur "les conséquences de l’absence de logement sur la santé", les représentants de Médecins du Monde précisent que sur les 1 300 patients reçus au Centre d’Accueil, de Soins et d’Orientation, en 2014, plus de 9 personnes sur 10 sont en situation de mal logement : "l’insécurité constante et la dureté des conditions demandent aux personnes vivant à la rue une vigilance de tous les instants, vigilance qui redouble d’autant plus la nuit. Cet état continuel de vigilance conduit à un épuisement complet pouvant nécessiter une hospitalisation, celle-ci ayant un coût supérieur à une prise en charge en hébergement ou dans un logement". Le nombre de personnes accueillies dans les accueils de jour est en constante augmentation : le Fournil en reçoit en moyenne 80 par jour, Point d’Eau une centaine par matinée, le local des femmes (associations Femmes SDF), une quinzaine…

Le collectif Alerte précise "la situation de l’hébergement pour les populations en grande précarité est alarmante en Isère. D’une part l’offre de logement et d’hébergement est très inférieure à la demande. D’autre part, la puissance publique se restreint le plus souvent à proposer un hébergement seul et non un logement avec accompagnement social… L’absence de logement est génératrice d’un rejet social, lui-même générateur de marginalisation et de désocialisation criminogène".

Ne pas disposer d’un logement ni d’hébergement est un facteur aggravant de la précarité et entraîne des répercussions sur la santé physique et mentale, la scolarisation des enfants. L’accès à un Toit est un droit, et au-delà de ce droit, c’est de la dignité humaine dont il est question !

Article paru dans Inter-Peuples n°246, mai 2016

Région Rhône-Alpes

AgendaTous les événements

août 2017 :

Rien pour ce mois

juillet 2017 | septembre 2017