Traite négrière, esclavage, colonialisme, néo-colonialisme… édito du n°247, juin 2016

Publié le : , par  CIIP

Des dizaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants ont souffert de la traite négrière et de l’esclavage. Capturés, transportés dans des conditions innommables, vendus, surexploités, soumis à ce Code de la Honte que fut le Code Noir, ils ont été victimes d’un des plus grands crimes perpétrés contre l’Humanité. Aujourd’hui, leurs descendants, qu’ils vivent en Afrique, dans les Antilles, à la Réunion, en Guyane, en Afrique ou dans l’Hexagone souffrent encore des conséquences de cette page macabre de l’Histoire : colonisation, néocolonialisme, système mafieux de la Françafrique, endettement, discrimination…

Se souvenir d’hier pour mieux construire demain : une conviction du Centre d’Information Inter-Peuples. Il s’agit bien de déconstruire le discours historique des dominants selon lequel l’histoire se résume en une succession d’événements et de chefs d’Etats, sans liens précis de causalité et de responsabilité collective. Si l’on dépasse par exemple la présentation trop souvent de type humanitaire du drame des migrants, notamment africains, qui prennent tous les risques pour fuir la misère, le chômage massif, le mal-développement pour un eldorado imaginaire, et si l’on essaie d’analyser les causes y compris lointaines de ces tentatives si fréquemment mortelles, on peut identifier les mécanismes et les processus qui ont engendré inévitablement ce drame extrême des migrants d’aujourd’hui : esclavage, colonisation, néo-colonialisme, pillage des richesses agricoles et minières, substitution des cultures d’exportation aux cultures vivrières, exploitation insensée par nos bateaux usines des richesses halieutiques des océans, dépeuplement de l’Afrique, endettement, plans d’ajustement structurel, instauration imposée du franc CFA, soutien aux dictateurs, maillage des bases militaires françaises, fréquentes interventions militaires françaises…

Il faut saluer le travail remarquable de mémoire, d’analyse, de déconstruction entrepris depuis plus de dix ans par le Comité Traite Négrière Esclavage, dont fait partie le CIIP, animé notamment par des camarades d’origine antillaise. Un Comité qui a entrepris ce travail de décryptage du passé esclavagiste, colonial, néocolonial. Et qui demande, avec de nombreuses organisations, qu’elles soient antillaises, réunionnaises, étasuniennes, africaines, une reconnaissance pleine et entière de ce crime contre l’humanité que fut l’esclavage négrier, reconnaissance qui implique un processus de réparation à la fois individuel en direction des descendants, arrière-descendants des esclaves, et collectif notamment en direction de l’Afrique. Un effacement de la dette financière de l’Afrique, odieuse et illégitime, s’impose au minimum, mais qui laisserait entière la dette humaine, économique, écologique de la France et de l’Europe accumulée tout au long de ces siècles d’asservissement et d’exploitation. Nous n’en avons pas fini avec l’Histoire...

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