Quelle Europe pour demain ? édito du n°248, été 2016

Publié le : , par  CIIP

Le Brexit crée une situation nouvelle. La sortie de l’un des pays membres de l’Union européenne (UE) est une involution du processus européen, une sorte de dé-création, un début d’éclatement peut être, l’UE n’ayant, depuis sa fondation, connu que des processus d’intégration de nouveaux pays. Le Brexit ouvre une crise dans la gouvernance européenne. Mais plus profondément il ouvre une crise du sens : faut-il abandonner l’idée d’un destin commun des peuples européens et se barricader dans nos États respectifs ou bien décider de bâtir enfin une autre Europe ?

Le Brexit est l’expression d’une rupture de confiance profonde dans l’UE, essentiellement dans les classes populaires, autour de deux problèmes fondamentaux : l’absence de démocratie et les très mauvais résultats en terme de progrès, de solidarité, de justice sociale.

Car l’UE, c’est le trou noir de la démocratie : des tonnes de décisions opaques sont prises dans des cénacles pour la plupart non élus par les peuples. Le Parlement, seul instance élue au suffrage universel est celle qui a le moins de pouvoir ! Et pourtant les directives européennes s’imposent aux peuples par les Parlements nationaux qui consacrent 80 % de leur activité à la transposition des règles européennes dans le droit national. L’UE méprise la volonté des peuples quand elle est contraire aux impératifs de la finance, comme cela a été le cas lors du référendum en Grèce par exemple.

L’UE, c’est le recul du progrès, de la justice sociale, de la coopération entre les peuples. Ses traités instituent la mise en concurrence totale, la baisse du prix du travail, la libéralisation de tous les services publics, etc., ils ont des retombées dramatiques pour des millions de salariés, de précaires et de chômeurs.
L’UE c’est aussi la fermeture drastique de ses frontières, la création de Frontex contre les migrants ou encore l’accord inique conclu avec la Turquie pour qu’elle "gère" ces réfugiés qui fuient les guerres ou la misère dont la responsabilité incombe en grande partie aux politique impérialistes des États occidentaux.

Cela provoque le rejet des élites mais aussi les divisions et les peurs porteuses de tous les nationalismes. Ainsi, la campagne pour le référendum en Grande Bretagne a été nauséabonde, xénophobe, émaillée de propos et d’actes racistes contre les immigrés des États de l’Est de l’Europe, notamment les Polonais, une manifestation publique ouvertement raciste, ce qui ne s’était pas vu en Grande Bretagne depuis les années 70, a même pu avoir lieu ! Le Brexit a un goût amer, celui d’une victoire de la droite du parti conservateur et de l’UKIP, les conditions de vies des classes populaires en Grande Bretagne demain seront encore plus dures. Les partis nationalistes et d’extrême droite en Europe triomphent, et réclament la sortie de l’UE et donc des référendums dans chaque pays européen.

Nous ne voulons plus de cette Europe austéritaire mais nous ne nous réjouissons pas de la victoire des nationalistes. Nous voulons et nous agissons pour une autre Europe, celle de la coopération et de l’égalité entre les peuples, celle qui supprimera Frontex, celle qui décidera l’annulation des dettes illégitimes, qui permettra l’harmonisation par le haut des droits sociaux, des salaires, de la protection sociale, qui remettra en cause la politique agricole commune, meurtrière pour l’agriculture paysanne ici et partout dans le monde. Une Europe qui donne la parole et le pouvoir de décision au plus grand nombre pour que ses besoins, son avenir, soient pris en compte.

L’enjeu est crucial, une course de vitesse peut s’engager entre le projet de tous ceux qui luttent pour une Europe sociale et solidaire et celui de ceux qui veulent construire l’Europe des nationalismes. Alors sur ce terrain aussi, "on lâche rien !".

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