Les "Chibanis" font plier la SNCF

Publié le : , par  Jo Briant

"On a gagné !", s’exclament allègrement les Chibanis ("cheveux blancs") – ces retraités cheminots marocains- dans une allée du tribunal de grande instance de Paris (TGI). Fin janvier, la cour d’appel a condamné la SNCF pour "discrimination en matière de carrière et de retraite" de 848 cheminots de nationalité ou d’origine marocaine, confirmant ainsi les jugements rendus par le tribunal des prud’hommes de Paris en septembre 2015. Outre la reconnaissance du racisme dont ils ont été victimes, ils ont obtenu des dommages et intérêts conséquents pour "préjudice moral et de formation". La SNCF a indiqué prendre "acte de cette décision de justice", sans exclure… un pourvoi en cassation.

Un jugement qui n’efface pas certains "souvenirs douloureux"

Rappel : ces résidents marocains ont quitté leur terre d’origine dans les années 1970, attirés par des promesses d’embauche : c’étaient les "Trente glorieuses", et les patrons et les sociétés avaient besoin de bras… mais avec l’intention d’exploiter, de surexploiter ces travailleurs maghrébins. Ces Marocains, attirés par les promesses d’embauche de la SNCF, sont donc partis du Maroc au service de la SNCF, peu scrupuleuse d’exploiter une main d’œuvre bon marché. La grande majorité d’entre eux étaient des contractuels, avec un CDI de droit privé, et ne se sont pas vu bénéficier du statut des cheminots, plus avantageux et relevant d’une caisse de retraite spécifique. Et ils ont été de plus cantonnés aux plus bas niveaux de qualification et de salaires, ce qui les a pénalisés une fois à la retraite. Mais ce n’est pas tout. Alors qu’ils effectuaient les tâches les plus pénibles, les exposant à de graves risques d’accident du travail, leur protection sociale était ridicule : pas d’accès à la caisse de prévoyance de l’entreprise, et des pensions de réversion faibles pour les veuves des cheminots. C’est dire si le délibéré a suscité un immense soulagement parmi les centaines de Chibanis et leurs soutiens, qui avaient fait le déplacement jusqu’au TGI de Paris. Des "Vive la justice !" ont résonné dans l’allée du tribunal quand l’avocate des plaignants est arrivée vers l’assistance. "La justice a enfin reconnu les différences que la SNCF a faites entre nous et les Français", se réjouit un Chibani, approuvé bruyamment par l’assistance. Une fille de Chibani s’exclame : "Mon père et ses frères ont été humiliés et méprisés par la SNCF et l’État durant des décennies, c’est difficile à oublier".

Justice pour les Chibanis

Cette décision historique pourrait encourager des immigrés maghrébins à déposer plainte pour faire valoir leurs droits. A la sortie du tribunal, l’association Front Uni des immigrations et des quartiers populaires (FUQP) brandissait une banderole sur laquelle on pouvait lire : "Droit à la différence sans différence de droits"…
Un jugement qui doit nous encourager à élargir et intensifier nos actions, nos luttes pour les droits des migrants, anciennes et nouvelles générations. Non pas à leur place, mais avec eux. « Français, Immigrés : même combat ! ». Ce slogan des années 75 est toujours d’actualité…

Article publié dans Inter-Peuples n°264, mars 2018

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