La France doit sortir du nucléaire : c’est un impératif de santé et de sécurité publiques

Publié le : , par  Marc Ollivier

Les dangers et les multiples problèmes de l’énergie nucléaire sont désormais bien connus

Tout le monde le sait aujourd’hui :
1/ La France n’est pas à l’abri d’un accident gravissime du type Tchernobyl ou Fukushima, selon la déclaration du président de l’ASN (Agence Nationale de Sécurité Nucléaire). Ce serait un drame pour tout le pays et au delà, pour toute l’Europe, . Les avertissements ont été nombreux...

2/ Il n’existe toujours pas de solution raisonnable pour le traitement des déchets nucléaires dont une partie resteront dangereux pendant plus de 100 000 ans (demi-vie moyenne des déchets) L’enfouissement des déchets en profondeur comme à Bure, où des dépenses préparatoires ont déjà été engagées, présente des risques importants qui ne peuvent pas être contrôlés pendant de telles durées.

3/ La majorité des centrales nucléaires françaises, conçues pour fonctionner une trentaine d’années, arrivent en fin de vie et devront être démantelées dans un avenir très proche. À la fin de 2017, 46 réacteurs sur 58 ont dépassé trente ans. C’est dire si un programme ambitieux de démantèlements est indispensable, en commençant par les plus délabrés. Mais au lieu de créer une industrie performante du démantèlement pour faciliter ces opérations et disposer d’un savoir-faire exportable dans le monde entier, le lobby nucléaire veut nous imposer une rénovation de ces centrales dont le coût gigantesque menacerait le financement des énergie renouvelables et mettrait en échec notre nécessaire transition énergétique. En décembre 2016 la Cour des comptes a évalué ce coût à 100 milliards d’euros, mais compte tenu de la propension d’EDF à d’énormes dépassements budgétaires et des aléas techniques déjà existants et à venir, il est impossible d’évaluer sérieusement les dépenses réelles qu’il faudrait financer pour prolonger la durée de vie normale de nos 58 réacteurs...

4/ Le nouveau modèle de centrale nucléaire EPR en construction à Flamanville et en Finlande se heurte à des impasses technologiques très graves qui retardent de plusieurs années les chantiers ouverts et conduisent à des dépassements budgétaires énormes. On vient d’apprendre qu’après dix ans de retard dans la construction de l’EPR commandé par la Finlande, AREVA est contrainte de payer une amende de 450 millions d’euros (aux frais des contribuables français) à son partenaire... Les mêmes problèmes, avec des années de retard et une explosion de son budget se manifestent également sur le chantier de l’EPR de Flamanville.

5/ Enfin ces problèmes technologiques, ajoutés à ceux du traitement des déchets, à l’explosion des coûts d’investissement, aux impasses actuelles du démantèlement et à l’extrême gravité des risques d’accidents majeurs, conduisent au déclin sensible et rapide de la filière énergétique nucléaire à l’échelle internationale.

6/ Notons également que les applications militaires de l’énergie nucléaire font l’objet d’une opposition résolue de la majorité des États de l’ONU. En effet, le 7 juillet 2017, c’est au nombre de 122 qu’ils ont adopté un "Traité d’interdiction des armes nucléaires" qui mentionne explicitement que "tous les États doivent se conformer en tout temps au Traité et que tout emploi d’armes nucléaires serait contraire aux règles du droit international applicable dans les conflits armés et serait également inacceptable au regard des principes de l’humanité". Ce nouveau traité vise également à faire progresser les négociations sur le désarmement nucléaire auquel se sont engagés les États disposant d’armes nucléaires en signant le Traité de non prolifération qui doit conduire, sous la pression des peuples menacés par ces armes, à la disparition de cet usage désastreux de l’énergie nucléaire. Malheureusement la France de Macron n’a pas saisi cette occasion pour proposer l’ouverture de telles négociations...

Face à une telle situation, est-il raisonnable de consacrer l’essentiel de nos investissements énergétiques à maintenir en activité cette filière nucléaire dangereuse, dépassée techniquement, ruineuse pour les finances publiques et qui nous interdirait toute évolution audacieuse du pays vers une transition énergétique moderne ?

Malgré ces graves dangers et ces problèmes insolubles, Emmanuel Macron, contrairement à plusieurs pays européens, s’obstine à maintenir la France sous les diktats du lobby nucléaire

Soulignons tout d’abord que les 58 réacteurs nucléaires français sont aussi un problème pour l’Europe, où plusieurs pays, notamment la plupart de nos voisins immédiats, ont décidé de sortir du nucléaire. Quelques uns ont refusé de construire des centrales nucléaires : c’est le cas de la Grèce, du Portugal, du Danemark, de l’Irlande ; d’autres ont décidé de fermer celles qu’ils avaient construites comme l’Italie ou l’Autriche (suite à des référendums) ; d’autres encore, parmi les plus importants, ont décidé d’arrêter progressivement leurs centrales jusqu’à leur fermeture définitive comme l’Allemagne, l’Espagne, la Suède ou la Belgique. Sans parler du Japon, qui a mis tous ses réacteurs à l’arrêt après Fukushima, officiellement pour renforcer leur sécurité, et n’a pu en redémarrer que six sur les 54 qui fonctionnaient avant l’accident ...
Finalement une dizaine de pays européens n’ont pas ou plus de centrales en activité, et quatre autres ont entrepris une sortie du nucléaire à brève échéance. Ces quinze pays, comme le Japon, témoignent que la sortie du nucléaire n’est pas une aventure utopique mais une évolution possible et logique de toute politique énergétique compte tenu des dangers et des coûts irrépressibles de l’énergie nucléaire. Les recherches les plus sérieuses ont précisé plusieurs scénarios solides pour démontrer qu’une telle sortie peut être également menée à bien dans un pays aussi nucléarisé que la France de 2018.
Pourquoi le président Macron, qui prétend être porteur de nouveauté et de modernisme, ne s’inspire-t-il pas de ces expériences concluantes pour organiser rationnellement le démantèlement du parc nucléaire français vieillissant et un développement maîtrisé des énergies renouvelables ?

Pendant sa campagne présidentielle, il a pris des engagements contradictoires selon les publics. À l’occasion de la World Nuclear Exhibition, il déclarait par exemple devant un parterre de géants de l’industrie nucléaire que "le nucléaire est une énergie sécurisée, bon marché et décarbonée", estimant alors qu’"arrêter le nucléaire n’est pas un choix d’avenir". Mais il confirmait par ailleurs vouloir "poursuivre l’objectif fixé par la Loi de transition énergétique de 50 % d’électricité d’origine nucléaire d’ici 2025" en ajoutant néanmoins ne pas savoir "s’il est atteignable".

Depuis son élection,Emmanuel Macron n’est pas sorti de ces intentions contradictoires et n’a pas engagé de programme d’actions stratégiques cohérentes en matière nucléaire. Il s’est d’abord dit prêt à maintenir le cap d’une réduction de la part du nucléaire de 75 % à 50 % à l’horizon 2025 et à rester dans les clous d’une augmentation des énergies renouvelables (ENR) à 32 % en 2030. Mais les outils qu’il déploie pour y parvenir sont aussi médiocres que cet objectif lui-même et condamnent la transition énergétique à une vague profession de foi. Le manque d’initiative affiché par Emmanuel Macron en la matière est déjà une capitulation face au lobby nucléaire.

Tant que les énergies renouvelables ne bénéficieront pas d’investissements publics et privés massifs, les déclarations de principe en matière de décroissance nucléaire continueront à sonner comme de simples vœux pieux.
Car de tels investissements ne sont pas envisageables conjointement à ceux que nécessite le renouvellement de la filière nucléaire : les travaux titanesques pour prolonger la durée de vie des centrales sont estimés à un minimum de 100 milliards d’euros. Le projet CIGÉO pour l’enfouissement des déchets nucléaires se chiffre quant à lui à 34,5 milliards d’euros. Le président défend aussi le nucléaire de 4e génération et se dit favorable à la construction de nouveaux EPR en France et à l’étranger ; enfin il annonce la modernisation des deux composantes (navale et aéroportée) de la force de frappe française. Des objectifs incohérents !

Le 7 novembre dernier, coup de tonnerre à la sortie du conseil des ministres  : Nicolas Hulot annonce qu’il sera « difficile » de tenir l’objectif de réduction à 50% de la part de l’électricité d’origine nucléaire d’ici 2025 et que, par conséquent, le gouvernement y renonce. Pourtant, en juillet 2017, Nicolas Hulot lui-même s’était livré à un chiffrage des réacteurs à fermer (jusqu’à 17, puis jusqu’à 25), laissant entrevoir des actions concrètes…

Mais en termes de décisions concrètes, le président ne semble pas vouloir utiliser son quinquennat pour fermer les premiers réacteurs : aucun calendrier de fermetures n’est prévu pour le moment (hormis pour Fessenheim).
Emmanuel Macron préfère se réfugier derrière le gendarme du nucléaire en déclarant que "c’est en fonction des travaux que l’ASN imposera qu’on pourra faire des comparatifs (pour savoir) si ça vaut la peine de prolonger tous les réacteurs, une partie des réacteurs ou aucun, et s’il faut en contrepartie construire ou pas des nouveaux réacteurs à court terme" [2]. Pourtant, selon la Cour des Comptes, "à hypothèses constantes de consommation et d’exportation d’électricité" d’ici à 2025, le plafonnement à 63,2 GW signifie très concrètement la mise à l’arrêt de 17 à 20 réacteurs". Côté Emmanuel Macron, le compte n’y est pas.

Depuis ce recul gouvernemental, une confusion totale s’est installée au sommet de l’État.
D’une part le ministre d’Etat Nicolas Hulot, lors d’une audition devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, le mercredi 14 février a déclaré « On travaille à élaborer une méthode qui sera utilisée pour déterminer la trajectoire de diminution de la taille du parc nucléaire. Je crois à un futur 100% renouvelable". Cela nécessite "qu’on y aille à fond et qu’on change d’échelle". La France a deux choix, a-t-il développé, "soit reconstruire des réacteurs nucléaires dont on sait qu’ils sont coûteux, (avec une logique implacable de non maîtrise des coûts…) et qu’ils laissent un héritage de déchets", soit développer massivement les énergies renouvelables.
Mais d’autre part, le Président de la République, Emmanuel Macron, a indiqué devant des journalistes, qu’il n’excluait pas l’option de construire de nouveaux réacteurs nucléaires  !
Et ces discordances gouvernementales faisaient suite à l’annonce le 30 janvier par Philippe Sasseigne, directeur du parc nucléaire chez EDF, de son intention de ne pas arrêter de réacteurs avant 2029 (Fessenheim excepté) et de prolonger la durée de fonctionnement des centrales jusqu’à 50, voire 60 ans... On peut ainsi se demander si les intérêts privés intéressés par les milliards nécessaires pour rénover les centrales ne sont pas le véritable pouvoir qui trace la politique nucléaire de la France ...

Comment sortir d’un tel méli-mélo, alors qu’on ne sait toujours pas ce que fera notre gouvernement des centrales françaises à bout de souffle ?
Nicolas Hulot souhaite « faire de la consultation publique sur la future programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui doit s’ouvrir en mars, "un grand rendez-vous démocratique pour dessiner une transformation très profonde de notre rapport à l’énergie".
On peut cependant parier sans trop de risques, dans ce contexte de confusion et de laisser-faire gouvernemental, que nous n’aurons pas droit à un référendum sur le choix de sortir du nucléaire...

7ème anniversaire de la catastrophe de Fukushima : de très nombreuses manifestations sont organisées dans toute la France pour exprimer l’exaspération de la population face à l’inertie gouvernementale.

L’association « Sortir du nucléaire » a cité de nombreux exemples des manifestations organisées dans toute la France (ainsi que dans d’autres pays) pour rappeler comme tous les ans depuis le 11 mars 2011 l’explosion de la centrale de Fukushima, qui n’est toujours pas définitivement maîtrisée aujourd’hui.

Citons quelques unes de ces commémorations : par exemple le 9 mars à Besançon, le 10 mars à Lyon, Montargis, Clermont-Ferrand, ainsi qu’à Strasbourg avec un rassemblement franco-allemand place Kléber, le 11 mars à Nice et nationalement à Paris place de la République « pour la sortie du nucléaire », le 15 mars à Flamanville en présence de l’ex premier ministre japonais Naoto Kan, les 17, 19 et 20 mars à Grenoble, Valence et Lyon pour accueillir 3 familles japonaises venues pour témoigner devant la commission des droits de l’homme à Genève, etc …L’association « Sortir du nucléaire » s’implique aussi dans la votation citoyenne organisée par la France insoumise elle invite les citoyens à s’exprimer, entre le 11 et le 18 mars sur internet et dans des milliers de points de vote mis en place dans toute la France, pour voter en faveur d’une sortie du nucléaire. Il s’agit du nucléaire civil et militaire : l’arrêt de tous les réacteurs nucléaires dans les meilleurs délais possibles, par le développement des énergies renouvelables, les économies d’énergie, l’efficacité énergétique et la participation active de la France à la lutte contre la dissémination nucléaire pour l’abolition des armes nucléaires au niveau mondial.

Toutes ces manifestations montrent clairement une prise de conscience qui s’élargit et s’approfondit au sein de la population sur les immenses dangers que font peser les centrales nucléaires sur notre santé et notre sécurité, comme l’ont montré les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima. Prise de conscience également des risques spécifiques révélés par les nombreux problèmes techniques et technologiques qui se multiplient dans le parc nucléaire français. La résistance vigoureuse de la société civile au projet THOR piloté par AREVA près de Narbonne, destiné à "brûler" des déchets nucléaires, en témoigne. Le fardeau financier écrasant que ferait peser sur toute la population la prolongation dangereuse de la durée de vie de nos centrales nucléaires au delà de toute raison est également bien compris.

Pour nous prémunir de ces dangers avant qu’il soit trop tard, nous avons besoin d’une orientation stratégique radicalement nouvelle : celle d’une sortie du nucléaire, déjà choisie par nos voisins européens allemands, italiens, autrichiens, espagnols, belges, etc. Comme eux, pour garantir notre santé et notre sécurité, nous devons développer massivement les énergies renouvelables et améliorer l’efficacité de la consommation d’électricité dans les principaux secteurs économiques (bâtiment, transports, industries, etc.). De telles mesures sont seules capables de garantir la réussite de notre difficile transition énergétique, et non le rafistolage de centrales nucléaires dangereuses et sans avenir, comme le souligne un appel de personnalités à signer une pétition réclamant la mise en oeuvre d’une telle stratégie.

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