Pêche du Nord contre subsistance du Sud

Publié le : - Date de modification : , par  Olivier Potet

Le poisson : une ressource limitée très convoitée

En 50 ans la consommation des pays occidentaux de poisson a doublé alors que les bancs sont à la limite de leurs épuisements, quand il ne sont pas épuisés (ex : la morue de l’Atlantique Nord). Le problème est aigu au Nord et les pêcheurs occidentaux, rejoints par la Chine et la Russie, se sont donc déplacés vers le Sud, concurrençant les pêcheurs artisanaux locaux dont les prises se sont raréfiées, bien qu’ils pêchent de plus en plus loin, s’exposant à des risques accrus.

La pêche industrielle est très concentrée : 10 pays totalisent prés de 60 % des captures et elle s’accompagne d’un gâchis certain car elle ne s’intéresse qu’à un nombre très limité d’espèces, rejetant à la mer les poissons "indésirables", morts, qui auraient fait le bonheur des locaux. De nombreux pays réservent une bande côtière à la pêche artisanale, mais les chalutiers industriels y font de fréquentes incursions illégales, détruisant les stocks et réduisant ainsi le poisson disponible pour l’alimentation locale, alors que dans certaines zones il est la source principale de protéines, voire de nourriture.

La solution "néolibérale"

Conscient qu’un effondrement généralisé de la ressource ruinerait les profits de la pêche industrielle, les instances internationales et certains pays ont avancé leur solution : réglementation des prises par des quotas avec privatisation de la ressource, en faisant confiance aux marchés contre les régularisations locales, et en créant un commerce des zones de pêche qui exclut de fait, voire de droit, les pêcheurs locaux, même de traditions millénaires (ex au Chili), ceci soit par des barrières financières soit par de la corruption lors de l’attribution des quotas.

Autres spoliations : les pêcheurs locaux sont atteints par des installations industrielles, portuaires ou touristiques qui limitent leurs zones pêchables côtières. Par endroits ils le sont aussi par des projets de préservation des mers qui entendent exclure les pêcheurs locaux de leurs zones de pêche traditionnelles, au lieu de leur confier la gestion de la ressource : d’une certaine manière là encore des intérêts du Nord (idéologico-écologiques) percutent ceux du Sud…

L’aquaculture : une fausse bonne solution

L’aquaculture s’est développée rapidement au Nord comme au Sud, se présentant comme un palliatif à la diminution des ressources. Pourtant à y regarder de près, elle est très contestable : les poissons d’élevage sont largement nourris de farine de poissons sauvages avec une forte déperdition calorique (rapport jusqu’à 4 à 1). Au Sud le développement des élevages de crevettes entraîne soit la disparition des lieux de reproduction des poissons pêchés par les locaux, soit la stérilisation par le sel de terres qui étaient jusque là dédiées aux cultures, alors même que l’essentiel de la production est exporté et n’enrichit pas la nourriture des locaux affamés par ces pratiques.

Conclusion : soyons solidaires ... et conscients de ce que nous mettons dans nos assiettes en résistant aux conditionnements des industriels.

Pour aller plus loin  :

  • Un numéro de la revue Alternatives Sud

     :
    Entre terre et mer : quel avenir pour la pêche ? Alternative sud – éditions Syllepse - volume 24, 2017 – 221 pages

  • Un article du Monde diplomatique

    L’Afrique dépouillée de ses poissons
    Le Monde diplomatique - N° 770 – mai 2018 – pages 14 & 15

  • Un film :
    Une pêche d’enfer - Réalisateur : Vincent Bruno - Production : CNCD 11.11.11 – 2006 - 13 minutes

Tous ces documents sont disponibles au Centre de doc’

Article publié dans Inter-Peuples n°268, été 2018

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