Radicalisation liberticide en Israël

Publié le :

Les prisonnier.es politiques palestinien.nes ne sont pas les seul.es concerné.es par la répression mise en œuvre par l’État d’Israël. Les citoyen.nes israélien.nes eux-mêmes sont également la cible de législations de plus en plus liberticides, qui visent notamment les Palestinien.nes d’Israël et les militant.es anti-occupation. Le texte ci-dessous est extrait d’un article de Dominique Vidal, "L’inquiétante radicalisation des dirigeants israéliens", publié dans le numéro d’octobre de l’Anticapitaliste mensuel.

Les extrémistes au pouvoir en Israël le savent : leur fuite en avant pourrait susciter, à terme, des réactions négatives de l’opinion. Si l’absence d’alternative à gauche a poussé les Israéliens toujours plus vers la droite, cette évolution a (encore ?) des limites : selon une enquête d’opinion, la moitié des sondés n’estiment "pas sage" de poursuivre la colonisation de la Cisjordanie et 53 % s’opposent à son annexion. Voilà qui explique sans doute la deuxième dimension de la radicalisation de l’actuelle coalition : l’arsenal liberticide qu’elle a fait voter par la Knesset depuis le début de la décennie. Au cas où… En voici les morceaux de choix :

  • une loi interdit tout appel au "boycott d’une personne en raison de ses liens avec Israël ou des régions sous le contrôle d’Israël" (2011) ;
  • une autre prive de subventions d’État les organisations, institutions ou municipalités commémorant la Nakba, l’expulsion de 800 000 Palestiniens en 1948 (2011) ;
  • le même texte instaure des "comités d’admission" pour décider si une ou des personnes venant s’installer dans une localité ou une cité sont "convenables" (2011) ;
  • un amendement à la loi fondamentale sur le gouvernement porte à 3,25 % le seuil minimal en dessous duquel une formation politique ne peut pas être représentée à la Knesset (2014) ;
  • une loi contraint les organisations non gouvernementales (ONG) à déclarer plusieurs fois par an les subventions en provenance de gouvernements étrangers, si celles-ci représentent plus de la moitié de leur budget (2016) ;
  • unique au monde, un texte permet à 90 députés (sur 120) d’en expulser d’autres du Parlement, pour incitation, racisme ou soutien à la lutte armée (2016) ;
  • une autre législation accorde des pouvoirs exceptionnels à l’État contre les "organisations terroristes" en Israël, y compris leurs "membres passifs". Elle autorise le ministre de la Défense à confisquer sans jugement les biens des membres de ces organisations (2016) ;
  • une loi permet l’emprisonnement à partir de 12 ans de mineurs accusés de plusieurs crimes violents (2016) ;
  • une législation autorise Israël à refouler, à ses frontières, les personnes ou les représentants d’entreprises, de fondations ou d’associations appelant au boycott (2017). Une liste de vingt ONG bannies sera même publiée début 2018 ;
  • une autre loi, proposée par Bennett et votée en première lecture, permet au ministre de l’Éducation d’interdire à des associations dénonçant l’armée – en l’occurrence Breaking the silence qui mène campagne contre la violence de Tsahal dans les Territoires occupés – d’intervenir dans les établissements d’enseignement (2017) ;
  • destinée à protéger Benyamin Netanyahou, une législation interdit à la police d’informer le procureur général de l’existence de motifs d’inculpation dans le cadre d’enquêtes portant sur des personnalités publiques (2017) ;
  • une loi autorise le ministre de l’Intérieur à révoquer le droit de résidence à Jérusalem de Palestiniens suspectés de "déloyauté" vis-à-vis de l’État (2018) ;
  • quasiment totalitaire, la dernière loi en date permet au Premier ministre et au ministre de la Défense de déclarer la guerre seuls, sans consulter le cabinet de sécurité et a fortiori le gouvernement (2018).

Dominique Vidal

Article publié dans Inter-Peuples n°270, novembre 2018

Point de vue sur...

AgendaTous les événements